LES PIONNIERS : PAUL ANDRE
UN DES PREMIERS AGENTS DE GROUPES ETRANGERS EN BELGIQUE
Racponté par Jean Jième
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LES DEBUTS
Très tôt, Paul André se découvre une vocation pour le milieu de la musique ; non pas comme artiste ou musicien mais plutôt en tant qu'agent de spectacle. Il entame toute une série de contacts à l'étranger et notamment avec l'agence artistique de Paul Ackett en Hollande et l'impresario Van den Hemel.
Le marché anglais sera plus difficile à défricher. En attendant, Paul lit méthodiquement la bible du show-business, le Melody Maker et se tient ainsi au courant de l'évolution de la pop music outre-manche. A cette époque, en Belgique, peu d'agents s'intéressent aux groupes étrangers.
Il existe plusieurs explications à cela : soit la demande du public n'est pas suffisante, soit le groupe n'est pas assez connu, soit il coûte trop cher. A part le Nord, en France les agences proposent leurs propres artistes, leurs locomotives habituelles mais se fichent pas mal des anglais.
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Paul André fait partie du petit noyau de copains qui avec Piero Kenroll, Jean-Pierre Pauwen alias Zorbec, Christian Mertens et quelques autres formeront le Club des Aigles.
Il se sent poussé dans le dos par cette bande de passionnés qui milite intensément pour faire reconnaître le vrai rock en Belgique. Ceux-ci l'exhortent à essayer de trouver un groupe anglais qui, passant par la Hollande ou l'Allemagne, viendrait donner un concert à Bruxelles.
Zorbek, Christian, Piero devant le Cheetah |
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Alors Paul se met en chasse et recueille une information intéressante. Le manager des Sunlights et du club Twenty Club à Mouscron, Jean Van Loo, a engagé les Kinks pour quelques dates dans le Nord de la France. Paul saute sur l'occasion et signe le contrat. Et le 19 mars 1965, les créateurs de You really got me donnent un concert à la Salle Régina à Bruxelles.
LES PINK FLOYD
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Dans la foulée, Paul profitera de tournées européennes qui se dérouleront autour de notre pays pour engager Manfred Mann et les méconnus Pink Floyd.
Début 68, les Pink Floyd sont à Bruxelles où ils participent à une émission sur les ondes de la RTB. Paul les a engagés pour trois concerts.
Le 22 février, ils sont attendus à la salle Rijschool à Louvain . Le lendemain, ils sont à Anvers au Pannenhuis et le 24 à Bruxelles au Cheetah Club pour quelques jours. Pink Floyd avec Syd Barrett fournie à la presse belge par leur agence de Londres.
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Jo Dekmine, le patron du Théâtre 140, est un personnage qui foisonne d'idées. C'est un avant-gardiste culturel tous azimuts, hyper branché, totalement en avance sur son temps. C'est un grand amateur de pop art, du Living Theatre, de spectacles underground. Il apprécie autant Barbara et Ferré que les groupes rock. Il a tout de suite été séduit par la richesse du style musical des Pink Floyd.
Il les veut dans son théâtre. Malgré l'indifférence et même l'hostilité de certains complètement allergiques à ce « genre de musique » (lire l'incroyable article, non signé, paru dans le Pourquoi Pas du 2 mai 68 - on se demande qui en est l'auteur ?)
Paul André est donc contacté par Dekmine. Ils définissent ensemble les dates des deux futurs concerts respectivement fixés aux 4 et 5 mai prochains.
Paul téléphone aussitôt à Londres. Là-bas on lui apprend que c'est l'agent hollandais Van den Hemel qui a pris les Pink Floyd sous contrat pour deux semaines, dans le cadre d'une tournée dans différents clubs en France et en Hollande.
Contact est pris entre les deux hommes. Van den Hemel inscrit sur son planning les deux dates prévues pour le 140.
Le samedi 4 mai 1968, jour du premier concert, c'est la grande foule. Mais c'est également le bordel aux frontières de la France. Depuis quelques jours, le pays a entamé sa drôle de révolution. Les trains et les vols sont paralysés. C'est ainsi que le groupe qui se balade entre la Hollande et l'hexagone se retrouve calé. Le camion de matériel, lui, est bien arrivé à bon port par la route.
Dekmine fulmine. Il arpente le hall de son Théâtre de long en large. Il a sa tête des mauvais jours. On l'entend vociférer : "C'est une honte, c'est un scandale". Le pauvre Paul André ne sait que faire. Toute la journée il est resté en contact avec l'agence britannique et avec Van den Hemel qui sont dans l'incapacité de faire évoluer la situation. Paul, épuisé, à bout de nerfs perd soudain connaissance et s'étale de tout son long dans une traverse du 140. Le concert est annulé et reporté au lendemain.
(voir photo prise par Erik Machielsen de Jo Dekmine sur le podium pendant le montage du matériel).

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Pink floyd au Théâtre 140- mai 68 ©jean jième
Le concert du lendemain est un triomphe. En lisant les critiques, force est de constater qu'il y a désormais deux types de réactions. Il y a ceux et celles qui, après avoir plus ou moins accepté le rock, grâce aux Beatles, peinent à accepter de nouveaux courants musicaux. Et puis il y a les autres qui poussent à davantage de recherche.
PREMIERS CONTACTS AVEC LES AGENCES A LONDRES
Au fil du temps, sur le plan belge, Paul est parvenu à se tisser un petit réseau de responsables de salles de spectacles en Flandres comme en Wallonie. Jacques Braipson à Liège, Ian Cabooter à Hasselt, Louis Devries à Anvers, André Gitton au Luxembourg, Leo Sax à Gand, Pierre Moinse à Mons, Robert Trébor à Valenciennes, Constant Defourny à Liège etc …
Après sa mésaventure avec l'impressario Van den Hemel, Paul ne veut plus d'intermédiaires. Il franchit la Manche et s'en va directement à Londres rencontrer les directeurs d'agence. Dans un premier temps, ceux-ci ne lui proposent que des groupes peu connus chez nous. Patiemment, Paul essaie de faire comprendre aux anglais qu'il lui faudrait des noms. Mais alors il se heurte à des exigences de cachet exorbitant. Les Anglais (c'est bien connu) n'aiment pas beaucoup les français et nous confondent avec eux.
Paul ne tarde pas à les persuader que le potentiel économique belge n'a rien à voir avec celui des français. Ne fut-ce que parce que la Belgique est vingt fois plus petite que l'hexagone. Par contre, nous sommes à la croisée de quatre frontières, ce qui sur le plan stratégique est très intéressant pour la promotion des musiciens britanniques. Après tout si la Hollande a ouvert la voie, pourquoi la Belgique ne suivrait-elle pas son exemple ? Les Anglais se montrent sensibles à ce type d'arguments. Les offres deviennent de plus en plus intéressantes.
TOURNEE AVEC THE EQUALS
Pour satisfaire la demande des patrons de salle, Paul est tenu de faire venir des groupes commerciaux. Il réalise sa première affaire intéressante avec les Equals , un groupe qualifié de pop-reggae. Leur titre Baby come back est en tête de tous les hits parades. Paul les engage pour trois concerts. Mais, une fois revenu en Belgique, il parvient à les placer cinq fois sur le même week-end. Il est intéressant de signaler que The Equals fut l'un des premiers groupes multiraciaux à s'imposer au niveau international. Et c'est en Belgique et aux Pays-Bas qu'ils connurent leurs premiers succès. Baby come back fut numéro 1 chez nous en 1967, un an avant qu 'il ne le devienne en Grande-Bretagne.
Paul raconte : « Tout se passe bien le vendredi, ainsi que les deux prestations du samedi, tout comme l'après-midi du dimanche à Zelzate. Lorsqu'ils quittent la localité vers dix-neuf heures, ils savent qu'ils ont deux heures de route à tirer jusque Wuustwezel, petit village du Nord du pays près de la frontière hollandaise. Pas de problème, ils ne sont attendus que vers vingt-deux heures. Misère, les voitures et la camionnette qui emportent musiciens et matériel se perdent dans les plates campagnes flamandes. Après des heures d'errance, la majorité de l'équipe arrive à bon port. Seul le batteur manque à l'appel. Le patron de la salle est furibard. On discute, on temporise, on cherche à trouver une solution. Finalement le groupe jouera mais avec un batteur du coin » .
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The Equals était constitué de Derv (lead singer) et de Lincoln Gordon, deux faux-jumeaux d'origine Malgache. Ils étaient accompagnés de deux blancs : le bassiste Pat Lloyd et le batteur John Hall qui faisaient les chœurs aux côtés de d'un sculptural guitariste noir affublé d'une perruque blonde, Eddy Grant.
Il avait fait de Hautes Etudes en Angleterre, ce qui était rarissime, à l'époque. Et bien c'est ce haut diplômé qui ne chantait pas dans Baby come back qui allait connaître des années plus tard en 1979 une carrière internationale de chanteur funk reggae avec son album Living on the front line. Et surtout Do you feel my love? Electric Avenue, Gimme Hope Jo'Anna.
http://www.youtube.com/watch?v=_IGn0C-fk6Y
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Par la suite, Paul André repartira pour Londres pour signer plusieurs tournées avec les Web qu'il promènera dans toute une série de villes et de villages de Flandres et de Wallonie.
Ensuite ce sera au tour du groupe The Gun un trio constitué de deux frères, Adrian et Paul Gurvitz, qui vient de sortir un hit Race with the devil. Plus tard, Paul G. formera avec Mike Kellie, l'ex batteur des Spooky Tooth le groupe Parrish and Gurvitz.
Premier groupe qui sera produit par George Martin, après la séparation avec les Beatles. Adrian G. de son côté jouera avec Buddy Miles. Ensuite, les deux frères se retrouvent au sein de Three man army. Ils forment un trio avec Ginger Baker (Cream) qu'ils baptisent The Gurvitz Baker Army. Quelques années plus tard, Adrian obtient, seul, un hit monumental avec le slow Classic.
http://www.youtube.com/watch?v=iHrwgvhX3ko |
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Mais ce ne sont pas les tournées de province qui l'excitent. Il vise plutôt les grandes salles de concert et pourquoi pas les festivals. Précisément, le directeur de la publicité du Royal Automobile Club veut toucher le public jeune. Il donc penche pour un spectacle musical. Il contacte Paul André et lui confie la mission d'organiser la programmation du RAC POP Festival. La grande salle du Palais 10 du Heysel est réquisitionnée pour la circonstance.
Paul finit par porter son choix sur un plateau ambitieux. Il engage Colosseum groupe fondé par le batteur Jon Hiseman, avec à ses côtés le bassiste Tony Reeves et le sax-tenor Dick Heckstall-Smith, tous les trois, ex-membres du John Mayall's Bluesbreakers. En support act East of Eaden, groupe irlandais, qui se taillera plus tard une solide réputation. Marble et les anciens Shakespeares qui après s'être expatriés de Belgique revenaient pour la toute première fois sous le nom éphémère de Heavyweight avec la même équipe qu'auparavant. Les Gun sont au menu. Et pour la partie belge les Pebbles et les Tenderfoot Kids.
Paul ne dispose toujours pas d'un bureau convenable pour s'étendre. Il prend contact alors avec le Secrétariat des Artistes plus ou moins déserté par Jean Martin, en tournée permanente avec les Wallace Collection. Il travaille alors un moment avec sa femme et secrétaire Nicole, sur le département international. |
LES RESEAUX ARTISTIQUES EN FRANCE
Sur le plan des salles de spectacles, la France est divisée en réseaux, selon les départements. Dans chacun d'entre eux, des agents prospectent leur région. Une de leurs préoccupations majeures consiste à engager des groupes anglais à des prix raisonnables.
Jean-Michel Boris, qui travaille à cette époque pour l'Olympia, entre en rapport avec le représentant du Nord de la France, un certain Eugène Bernard, patron de deux dancings. L'un est situé à Lens, l'autre à Condé-sur-Escaut. Il sait qu'il a pu obtenir des conditions nettement plus avantageuses que dans le reste de l'hexagone... grâce à Paul.
Eugène, en effet, a déjà accueilli les Web et les Equals dans son étalissement... à des tarifs belges. Il téléphone aussitôt chez Paul et lui propose de l'accompagner à Paris pour assister à la réunion qui se tiendra à l'Olympia, en présence des principaux agents français. Là-bas, il se retrouve en face de René Valéry, de Crespin, de Vuillermain et de quelques autres. Au terme de la réunion, Jean-Michel Boris se montre très impressionné par les contacts que Paul a déjà établi avec Londres. Il lui propose un bureau à l'Olympia. Mais les autres agents font de la surenchère. Valéry a un argument qui va décider Paul à opérer un choix. Il lui explique que s'occuper uniquement de l'Olympia est insuffisant. Lui, il lui propose le Palais d'hiver à Lyon, des villes importantes comme le Creuzot, St Etienne et plusieurs autres grands complexes prestigieux répartis dans tout le pays. Perplexe Paul finit par se ranger à son offre.
Lorsqu'il débarque à Paris dans ses nouveaux bureaux, Paul contacte aussitôt les Anglais… qui l'accueillent plutôt froidement. Compréhensible ! Ils savent qu'en arrivant sur la place de Paris, Paul va essayer de faire baisser leurs exigences en matière de cachets. Au bout de quelques semaines, Paul se rend compte qu'il a fait le mauvais choix en acceptant la proposition de Valéry. Les Anglais maintiennent leur blocus sur leurs groupes et maintiennent leurs prix.
De son côté Valéry est déçu : les affaires ne suivent pas, comme prévu. Il exige alors que Paul paie un loyer.
LOUIS DESALME : L' "ESCROC" AU CŒUR TENDRE
Sur ces entrefaites, Louis Desalme entre en scène. Natif de la région de Liège, « P'tit Louis » est un personnage incroyable. Ancien catcheur de foire reconverti en sorteur de boite de nuit, il aime les paillettes, le monde clinquant du show-business avec ses belles nanas, le whisky à gogo, et l'argent facile. Il adore fréquenter la faune des artistes de cabaret. Et bientôt celle des musiciens et des chanteurs. Lorsqu'il débarque à Paris, en 1969 Louis a déjà quelques jolies petites escroqueries à son actif. Il s'est notamment distingué à Genève où il a organisé un festival pop. Le problème c'est qu'il a filé avec la caisse. Comme d'habitude !
Mais comme c'est un beau parleur qui ment et manipule avec un culot extraordinaire, René Valéry se laisse séduire. Il le trouve à la fois vulgaire mais si sympathique. Un homme aussi caricatural ne peut qu'impressionner et donc faire des affaires. Il incite donc Paul André à travailler avec lui sur le marché français. Immédiatement, le liégeois se met au travail, contacte des dizaines de salles de spectacles dans toute la France et propose à tort et à travers tous les noms d'artistes dont rêvent les patrons d'établissement. Paul assiste, médusé, à son invraisemblable technique pour toucher des acomptes.
« Vous voulez les Rolling Stones ? Pas de problème, je les engage pour bientôt. Donnez-moi un acompte et vous êtes le premier sur ma liste ».
Là où le personnage de Louis Desalme se montre fascinant c'est qu'il est à la fois capable de bluffer la fine fleur du show-business parisien (sans jamais avoir un sou en poche) mais également, si nécessaire de payer de sa propre personne. Un jour qu'il n'avait plus de quoi se payer l'hôtel, il dit à Claudia (attachée de presse) avec laquelle il avait des contacts à Paris :
-Viens, accompagnes-moi on va à la Foire du Trône.
Elle le suit. Louis se dirige alors vers une baraque foraine où on pratique la lutte. Il demande de pouvoir se mesurer au catcheur de service. Après quelques passes, Claudia assiste estomaquée à la victoire expresse de P'tit Louis qui écrase son adversaire de tout son poids en le plaquant au sol. Face à une foule de badauds hilares et enthousiaste. Il remporte le prix de son exhibition et repart avec de quoi payer sa chambre d'hôtel.
TECHNIQUES POUR PARAITRE IMPORTANT
Ce personnage hâbleur et haut en couleur sait se servir du moindre prétexte, de la moindre occasion pour se faire passer pour quelqu'un d'important. Deux exemples illustrent sa technique.
Louis a besoin de tickets d'avion pour faire venir un groupe anglais. Comme il n'a pas les moyens de payer le moindre acompte, il sait qu'il va devoir y aller au bluff. L'essentiel est de se faire passer pour un homme d'affaires important. La chance va le servir. En se rendant dans une agence de voyages du centre de Paris, il repère une décapotable garée un peu plus loin. Le chauffeur attend visiblement son patron. Louis se dirige jovialement vers lui et l'implique aussitôt dans son jeu en lui racontant qu'il fait l'objet d'un pari. Il dit qu'il a fait croire à l'une des femmes de l'agence d'en face qu'il disposait d'une berline avec chauffeur.
Tout ce que le bonhomme a à faire est de le déposer devant l'agence. En contrepartie, Louis lui glisse un billet . Le gars accepte. Louis s'installe à l'arrière de l'américaine et se fait donc déposer quelques mètres plus loin. Au moment de descendre, il fait mine de ne pas savoir manoeuvrer la portière. Du coup, le chauffeur descend et va lui ouvrir. Les membres du personnel de l'agence ont tout vu derrière leur vitrine. Louis peut maintenant entrer en se présentant comme « Louis Desalme, imprésario! » TOUJOURS LES GROSSES BAGNOLES
Une autre fois, Louis accueille dans son bureau un important représentant de l'Olympia. Il a débarqué avec sa Rolls et son chauffeur l'attend en bas. Les deux hommes discutent. Après quelques minutes d'entretien, Louis demande à son interlocuteur de l'excuser car il a une petite affaire à régler d'urgence. Astucieusement, Louis lui demande nonchalamment s'il peut emprunter la Rolls ? Stupéfaction, hésitations, acceptation ! Et voilà notre baroudeur, le front toujours luisant de sueur, la mèche rebelle plaquée sur le front comme Elvis, qui monte dans la Rolls et se fait déposer devant un troquet parisien.
On peut aisément imaginer la tête du gogo avec lequel il avait rendez-vous en assistant à l'arrivée spectaculaire de « notre grand seigneur ». Le client n'a pu, une nouvelle fois, que se laisser berner par son irrésistible culot et dès lors s'engager pour un nouveau contrat bidon avec un bel acompte à la clé.
Les avatars de Desalme sont légions au point qu'on pourrait écrire un livre sur ses frasques. Mais il ne faudrait pas occulter ses bons aspects. Car il avait bon cœur d'or. Sorte de Robin moderne, égaré dans la jungle parisienne, il escroquait ceux qui avaient les moyens et n'hésitait pas à en faire bénéficier ceux qu'il prenait en sympathie. Il offrait des verres à tour de bras, invitait au restaurant pour une bonne bouffe ou pour un spectacle. Et puis, il y allait toujours d'un petit billet pour que son invité puisse prendre un taxi, le soir, pour rentrer.
Paul ne tarde à réaliser qu'il est en train de se faire griller dans le métier. En effet la plupart des agents l'assimile à Louis. Un comble ! Alors que c'est Valéry qui lui a imposé Desalme. Lassé par toutes ses frasques, Paul décide de rentrer provisoirement sur la Belgique.
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JEAN JIEME, LE DEUXIEME HOMME
Pour se développer et maintenir sa crédibilité auprès des professionnels du show-business, Paul ne peut plus continuer à travailler tout seul. Il lui faut un associé pour s'occuper de l'intendance. Et puis aussi une adresse, un bureau, un téléphone et la possibilité de voyager. Bref une organisation qui turbine à temps plein.
L'occasion se présente en la personne de Jean Jième. Les deux hommes se connaissent depuis plusieurs années ; ils se sont souvent croisés sans jamais véritablement se fréquenter. Jième se destine à la carrière de réalisateur de cinéma et il y est fermement décidé. Rien ne laisse prévoir qu'il rejoindra un jour Paul dans sa profession.
Mai 67, à la sortie d'un service militaire de quinze mois qui l'a isolé d'une période extraordinaire sur le plan de la créativité, Jième décide de mettre provisoirement une sourdine à ses aspirations de cinéaste. Il lui faut gagner des sous s'il veut rester indépendant et ne pas céder aux appels pressants de ses parents qui souhaiteraient le voir occuper un emploi stable.
Il lui faut trouver une alternative. Et vite. Ce sera la photographie et les reportages. Jième se sent à la fois attiré par la photo et par le milieu rock. En effet, les orchestres (comme on disait à l'époque) fleurissent un peu partout. Ils ont besoin de photos pour leur pub et leurs pochettes de disques. Jième se lance dans la brèche. Quelques mois plus tard, lorsqu'il croise la route du groupe anglais The Shakespeares, les choses prennent une toute autre tournure. A leur demande, il devient leur manager. Désormais, la route de Paul et la sienne ont toutes les chances de se croiser. Et c'est ce qui va se passer. Pourtant il faudra attendre la fin 1969 et le retour définitif des Shakespeares à Londres pour que leurs routes se rapprochent définitivement. |
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CREATION DE L'AGENCE CENTURY
J.Jieme se retrouve sans job. Paul l'apprend et lui propose de le seconder dans son projet de création d'une agence de spectacle.
Objectif commun : nouer des contacts professionnels avec les agences pop anglaises. L'association prend rapidement corps. Jieme se met à chercher une maison pour établir le quartier général. Ce sera à Schaerbeek, au 7 rue des pensées.
Dès novembre 69, les deux associés se lancent dans les premiers Pop Hot Shows, soutenus par Piero Kenroll qui vient d'entrer chez Télé Moustique comme journaliste de la rubrique pop du magazine.
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La plupart des groupes de rock belges se sont faufilés au 7 de la rue des pensées par cette petite porte. Nous occupions Paul et moi le bureau en façade. (voir fenètres sur la gauche). C'est là que nous nous sommes mis à créer notre réseau de contacts avec les agences artistiques de Londres, d'Amsterdam et de Paris. Plusieurs de leurs représentants sont venus sur place. Que de rendez-vous, de réunions et également de fêtes et de bon temps ! Tous les musiciens qui sont passés par Century s'en rappellent.
Dans la même maison, vivait également Bernard Ker, l'initiateur et le présentateur des deux free shows à Woluwe et du Pop Circus à Liège. |



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Parmi les groupes britanniques que nous avons fait venir en Belgique, en France ou ailleurs : Audience, Atomic Rooster, Genesis, Van der Graaf Generator, Fynn Mc Cool, Pretty Things, Black Widow, Jackson Heights, The Nice, The Gun, The Equals, Uriah Heep, Pink Floyd, Edgar Broughton Band, Pete Bown and Piblokto, Humble Pie, Blossom Toes, Spooky Tooth, Yes, Wild Angels, Rory Gallagher, Slade, Savoy Brown, Stud,The greatest show on earth, The Tremeloes, Whisbone Ash, Parrish and Gurvitz, Soft Machine, Bond and Brown, Majority One, Judas Jump, Robert Wyatt, Kevin Ayers, Stray, Family, Rare Bird, Gypsy, Cristie, Taste. Sans oublier nos amis hollandais : Golden Earrings, Ekseption, The Sweet, Cuby and the Blizzards...
Van der Graaf Generator et Genesis ont venus à Bruxelles dans le courant de 1971. Leur premier concert eut lieu à la Ferme V.
Plus d'infos sur les pionniers du rock : Portraits de Piero Kenroll, Paul André, Paul Coerten, Erik Machielsen, Jean Martin, Jean-Noël Coghe, Le Secrétariat des Artistes
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