GENESIS ET LA BELGIQUE
SA PREMIÈRE VENUE DATE DU 7 MARS 1971
raconté par Jean Jième

CENTURY AGENCY
Printemps 1970. L’agence Century est en pleine activité depuis le début de l’année. Paul André et moi sommes parvenus à créer des contacts de plus en plus fructueux avec les agences de spectacle à Londres. Nos cinq Pop Hot Shows nous ont particulièrement aidés à nous faire connaître davantage.
Nous sommes désormais suffisamment considérés par le petit monde fermé du showbiz de la pop que pour recevoir quotidiennement plusieurs coups de fil d’Angleterre et des autres pays limitrophes, qui nous adressent des propositions pour engager leurs groupes.
Pour nous tenir au courant de l’évolution phénoménale de la pop music, nous parcourrons chaque semaine la bible du show business : le Melody Maker. Ainsi ne sommes-nous pas pris au dépourvu lorsque certaines agences tentent (parfois) de nous vanter les mérites (immérités) de leurs poulains.
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En effet, dans ce métier, il vaut mieux se tenir informé en permanence et avoir assez de flair que pour ne pas céder à l’envie de miser sur un mauvais cheval.
Il faut savoir qu’à l’époque notre pays bénéficiait déjà d’un réel capital de sympathie auprès des Anglais.
Tout d’abord parce que nous parlions volontiers leur langue, mais aussi parce que la Belgique se trouvait au carrefour de plusieurs pays : France, Hollande, Allemagne.
Notre petit pays représentait donc une sorte de tête de pont sur le continent, ce qui permettait de tester le niveau de popularité des groupes british qui y débarquaient.
C'est ce qui explique que c'est sur le sol belge que les Who, Kinks, Moody Blues, Pink Floyd, sont venus donner leurs premières prestations sur le continent. Avant le public français.
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POP SHOP

Genesis©Paul Coerten
Côté télévision, le service des Variétés de la RTB orchestré par Nicolas Résimont et Ernest Blondeel a finalement accepté le principe d’une émission pop « exclusivement » destinée aux jeunes. Elle a été confiée à Pierre Meyer, qui en est devenu le producteur. Le nom de l’émission : Pop Shop. Son heure de diffusion : les jeudis à 18H20.
Bien entendu, dès l’annonce de cette nouvelle, saluée tous les fanas de bonne musique, nous avons immédiatement pris contact avec Pierre Meyer pour lui expliquer que notre spécialité consistait à faire venir mensuellement des groupes d’Angleterre.
Ce dernier comprend très vite qu’avec notre concours il ne devra pas beaucoup se fatiguer pour entamer des démarches auprès des agences anglaises. Le boulot lui sera mâché et servi sur un plateau d'argent. Forcément ! Car nous avons besoin de lui.
Nous lui faisons la proposition suivante : dans la mesure du possible, il nous engagera les groupes anglais que nous faisons venir pour la première fois en Belgique. A Paul André et à moi de leur trouver des galas. A lui de les prendre dans son émission. Pour les Anglais, c’est la solution idéale. D’une part leurs artistes auront du travail sur le continent, d’autre part, ils se feront connaître en passant à la télé.
Nous lui avons expliqué que si la plupart d’entre eux n’étaient pas encore de grosses vedettes, certains le deviendraient à terme … Nous ne pouvions pas mieux dire !
Grâce à cette formule, nous ferons ainsi venir des dizaines d’artistes à des prix défiants toute concurrence. Parmi eux, Genesis, Vander Graaf Generator, Stud, Black Widow, Savoy Brown, East of Eden et tant d’autres.
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CLOSE UP - PHOTOS RARES D'ÉPOQUE
Pour la promotion du groupe, Tony Stratton Smith nous a envoyé à l'époque des dizaines de photos ( format 18 x 24 sur papier glacé) de chacun des membres du groupe. Seul manquait Steve Hackett. Je suis sûr qu'il nous pardonnera ce qui n'est pas un oubli de notre part.

Peter Gabriel (vocal et flûte) |

Tony Banks (claviers) |

Phil Collins (drums) |

Mike Rutherford (basse) |
GENESIS À LA FERME V.
A ma connaissance, aucune photos de Genesis n'ont été prises ce jour-là à la Ferme V. Sans doute, le manque
de lumière y est-il pour quelque chose. Quant aux appareils avec flashs, ils ne courraient pas les rues.
Avis aux amateurs qui auraient immortalisé ce moment "historique".

J’ai bien entraperçu le nom du groupe dans le Melody Maker au programme de toute une série de clubs londoniens. Mais, apparemment, ils ne sont pas encore très connus. Style trop personnel ? Trop spécial ? Pas pour longtemps.
Piero Kenroll, jeune journaliste à Télé Moustique, entretient des contacts réguliers avec la firme Charisma Records et son boss Tony Stratton Smith. Ce dernier vient de lui faire parvenir un album de Genesis. Depuis, il l'écoute en boucle et se prend à rêver de le découvrir sur une scène belge.
Lorsque Paul me fait part de sa proposition de faire venir Genesis à Bruxelles, je n’ai pas encore écouté leur album Trespass. Ce que je ne vais pas tarder à faire. |
Ce n'est pas tout. Piero nous explique qu’avec deux copains, ils ont débusqué un lieu insolite dans la commune de Woluwe-St-Lambert, une vieille ferme, pratiquement à l’abandon, qui pourrait fort bien servir de lieu de concerts pop. En fait, il s’agit de la ferme Verheyleweghen, qui bientôt s’appellera plus simplement Ferme V.

Après renseignements, Paul finit par débusquer l’agence qui s’occupe de Genesis. Il s’agit de Terry King Associated. Il y retrouve une vieille connaissance, Peter Gomely, qui se montre à la fois surpris et enthousiaste face à sa demande.
En quelques jours, un accord oral est conclu. Il stipule que Genesis se produira le dimanche 7 mars à Bruxelles, suivi le mardi 9 d’une captation télé dans Pop Shop. Nous arrivons à convenir d’un prix forfaitaire de deux cent livres sterlings… ce qui peut paraître dérisoire aujourd’hui ; mais à l’époque cela représentait 600 euros ; ce qui n’était pas si mal que ça.
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COMPTE-RENDU DU CONCERT
par Piero Kenroll
Autour de moi Steve Hackett, Phil Collins, Michael Rutherford, et Tony Banks sont assis. Seul Peter Gabriel est debout derrière une grosse caisse, armé d’une flûte traversière et d’un tambourin. Cette attitude laisse présager une prestation relativement calme, à la manière d’un groupe folk. Pendant que je m’évacue tant bien que mal du côté de la « salle », Peter Gabriel commence à raconter une histoire. Surprise ! Il essaie de le faire en français. Et sa prononciation hésitante, son accent, ses petites erreurs, ajoutent encore de la saveur à son récit qui donne d’emblée dans l’absurde ou le surréalisme.
Ses efforts lui valent la sympathie générale et dès la deuxième chanson tout le monde est sous le charme. « Stagnation » est encore une composition plutôt douce, mais dès « The Light » l’impact des morceaux, leurs contrastes, les alternances de passages doux avec des explosions instrumentales en puissance vont aller crescendo.
Pourtant, chaque fois, Peter prend son temps pour introduire le titre suivant. Toujours avec cette même candeur désarçonnante. Lorsqu’il mime la décapitation du petit garçon d’un coup de maillet comme évoquée dans « Musical Box » et conclut, l’air désolé et toujours dans son français hésitant, par « Il est moart » on l’est aussi : de rire. Mais les moments qui suivent sont captivants et l’assistance est en extase. Le rythme galopant de « The Knife » achève le travail. Plus moyen de rester assis, c’est le délire dans la salle. Les quelques trois cent personnes présentes vivent un moment historique et, le plus fort, c’est que beaucoup s’en rendent compte !
Lire la suite : La Ferme V et Genesis - Gravé dans le rock
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LA BIO ORIGINALE MADE IN ENGLAND

GENESIS - PRESSE ANGLAISE

Article paru dans Sounds/Jerry Gilbert

Article paru dans Melody Maker/Michael Watts

Melody Maker/Chris Welch - 1970
QUELQUES MOIS PLUS TARD ... À JEMELLE
ET À LIÈGE : LA GLOIRE !
Un an plus tard, nous ferons revenir Genesis dans le cadre du Festival de Jemelle, le 8 août 1971 ainsi qu'au Théâtre du Trocadéro à Liège avec en première partie le groupe belge Recreation, le 24 janvier 1972. Sans oublier un concert inoubliable à Woluwé-St-Pierre, un autre à Charleroi où la beauté de la salle a enchanté le groupe.

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26 JANVIER 1974
SUPER SHOW À FOREST NATIONAL

Genesis à Forest National le 26 janvier 1974 - photo@Coerten
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COMPTE-RENDU DU CONCERT
par Piero Kenroll
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Comme l'année passée au Cirque Royal, ce sont les yeux fluorescents et les ailes de chauve-souris de Peter Gabriel chantant « Watcher Of The Skies » qui ouvrent le concert.
Mais cette fois il y a un double écran géant en forme d'ailes derrière le groupe. Des images y sont projetées, étranges, imposantes, splendides.
C'est immédiatement l'émerveillement des spectateurs dont beaucoup voient le groupe pour la première fois.Tous les morceaux de l'album « Selling England By The Pound » défilent. Grand maître de la cérémonie Peter, incarne, mimes ou costumes à l'appui, les personnages de ses chansons.
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Il est chevalier, jardinier, colonial… Puis, surprise, voilà Phil Collins qui quitte sa batterie et, les mains dans les poches, accompagné par Mike Rutherford à la guitare acoustique, se promène en chantant « More Fool Me ». Qu'est-ce qu'il chante bien ! Aussi bien que Peter, à défaut d'être, lui aussi, un showman. Showman, acteur, bête de scène ? Comment qualifier Peter Gabriel lorsqu'il devient un vieillard pour interpréter « Musical Box » ?
Il est à ce point convaincant que ça vous remue les tripes.
Les diverses facettes de Peter Gabriel
Fin du morceau : la salle est en extase, les applaudissements n'en finissent plus, mais l'apothéose doit encore venir.
C'est « Supper's Ready ». La musique est magnifique, la mise en scène ne lui cède en rien. Transformé en Christ, en fleur, Peter devient finalement le dragon de l'Apocalypse et à ce moment… La scène entière semble prendre feu ! Projections d'images de flammes animées. Eblouissant. Musique et spectacle sont si parfaitement en accord que l'impact émotionnel est porté à l'extrême.
Près de moi, il y a un gars à genoux en train de pleurer et un autre qui se tape la tête par terre en criant « C'est trop ! C'est trop ! ». Manifestement Genesis a emporté les spectateurs très haut. La redescente sur terre va être dure… Très dure… Trop !
Car, applaudit à tout rompre, salué par des hurlements, ovationné, adoré… Le groupe ne revient pas pour un rappel. Les spectateurs n'en croient pas leurs yeux quand les lumières de la salle se rallument, signifiant que tout est fini. Pas de rappel ? Quel mépris ! Alors, c'est l'émeute…
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Peter, un acteur extraordinaire
photo©Coerten
Des projectiles divers sont lancés vers la scène, certains s'en prennent aux fauteuils, des huées retentissent… Je cours vers les coulisses. Une bouteille de bière passe à dix centimètres de ma tête et éclate quelques mètres devant mes pieds.
Malgré mon laisser-passer, pas moyen d'accéder. Les roadies, qui ne me connaissent pas, semblent effrayés à l'idée qu'on pourrait s'en prendre aux musiciens. Faut pas exagérer tout de même !
Mais c'est la panique. Trois quart d'heures après la fin du spectacle, c'est finalement la police qui fait évacuer la salle.

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Lire l'interview de Peter Gabriel dans Gravé dans le Rock : Les grands concerts 1974
THE LAMB
LIES DOWN

Genesis©Paul Coerten
 
Genesis©Paul Coerten
ÉPILOGUE
Il est indéniable que la cote d’amour engendrée par la prestation de Genesis à la Ferme V, leur passage dans l’émission Pop Shop, le tam tam savamment orchestré par Piero dans sa rubrique rock de Télé Moustique et le réveil des disquaires (qui se sont mis à vendre leurs albums) a contribué à doubler la confiance de ce « jeune groupe » plein de promesses.
Cet engouement spontané, hors des frontières du Royaume-Uni, a sûrement encouragé Tony Stratton Smith à croire encore un peu plus en ses poulains.
D’ailleurs Peter Gabriel est toujours resté reconnaissant envers Piero de l’avoir pour la première fois fait sortir de son île. Il a également prouvé sa gratitude envers le photographe Paul Coerten, (qui suivit sa carrière durant de longues années) en acceptant de préfacer son magnifique album photos Golden Years.
Quant à moi, je me souviens de sa simplicité et de sa gentillesse, lorsqu’il prit sur ses genoux ma petite fille Nathalie, dans mon rez de chaussée de la rue Gratry à Schaerbeek.
Oui, vraiment, dans l’histoire du show-biz belge, Genesis reste bel et bien un cas unique.
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PRÉFACE DE PETER GABRIEL DANS
GOLDEN YEARS - Paul Coerten

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