PREMIÈRE VENUE DES
PINK FLOYD EN BELGIQUE raconté par Jean Jième

C'est dans les années 1960 que trois étudiants en architecture, Roger Waters, Rick Wright, et Nick Mason, décident de fonder les Pink Floyd. Bientôt rejoint par Syd Barrett, chanteur et compositeur génial, le groupe se forge une solide réputation en se produisant dans les clubs londoniens huppés.
Syd Barrett sera à l'origine de la majorité des titres que comportera leur premier et magistral album « The Piper At The Gates of Down » qui sort en 1967. L'album fait état d'une liberté totale au niveau sonore et explore de nouveaux chemins sur le plan des arrangements et de la structure mélodique.
Mais Syd Barrett, borderline au plus haut degré, sombre peu à peu dans l'incohérence la plus totale. Enfermé dans un asile, il est remplacé par David Gilmour.
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Un nouvel album sort en 1969 « A Saucerful of Secrets » suivi de « Ummagumma » où l'improvisation est plus que jamais utilisée. Mais leurs recherches musicales font un bide. La revanche viendra en 1970. L e groupe édite « Atom Heart Mother », l'un des disques culte du mouvement rock progressif. « Meddle », qui sort en 1971, reste dans la continuité expérimentale et progressive de l'album précédent.
C'est alors que Pink Floyd passe du statut de groupe de rock progressif underground à celui de méga groupe avec l'album de Dark Side of The Moon en 1973. Dès lors, Pink Floyd cartonne en tête des ventes.
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AU CHEETAH CLUB À BRUXELLES
FÉVRIER 1968

Les Pink Floyd au Cheetah - Photo : collection© Piero Kenroll
Comment imaginer aujourd'hui que le mythique Pink Floyd se soit retrouvé sur la minuscule scène du Cheetah Club, à Bruxelles ? L'explication tient sans doute au fait qu'en 68, leur guitariste et chanteur, Syd Barrett, vient de les quitter, en pleine ascension. Rapidement remplacé par son copain David Gilmour, jusque là inconnu, les musiciens décident de voir du pays en débarquant sur ce que les Anglais appellent : le continent.
Si la France ne connait pas les Pink Floyd, elle a pourtant déjà accueilli David Gilmour et son groupe Crew pour la saison d'été sur le Côte d'azur.
Une fois intégré dans le Floyd, David les amène au Bilboquet à Paris. Un agent hollandais, un certain Vanden Hemel, s'occupe momentanément d'eux et leur dégote des engagements surtout à Amsterdam. Paul André le contacte et lui propose de les faire venir au Cheetah. Et par la suite dans plusieurs villes flamandes et en finale au Théâtre 140.
J.Jième : Je suis un des premiers à les venir les voir sur la mini scène du Cheetah. Je n'ai même pas pensé prendre mon appareil photo ! Une erreur ... que je réparerai en les photographiant au Théâtre 140 à Bruxelles.

Jean Jième : D'emblée, je suis sous dans l'ambiance. La musique est étrange, envoûtante. Dans la pénombre, les musiciens fusionnent avec leurs instruments, se meuvent comme des ombres.
On dirait des fantômes. Des appareils projettent sur les murs des diapos dont les plaques ont été enduites d'huiles multicolores. L'effet est saisissant. |

collection© Piero Kenroll)

D'énormes bulles se forment, puis explosent, pour mieux renaître. Il me semble que je décolle, que je flotte dans une autre dimension. L'atmosphère paraît irréelle. C'est l'envoûtement ! En particulier quand le groupe se lance dans un Set the controls for the heart of the sun qui s'éternise. Mais, il faut se rendre à l'évidence, il n'y a pas foule pour les écouter. A peine une cinquantaine de spectateurs. Flanqué d'un jeune guépard, baptisé Cheetah, le patron, arpente son bar, nerveusement. Il fait grise mine. Ce soir encore, il va perdre de l'argent.
Morale de l'histoire ? Le groupe, même le plus génial du monde, se doit d'abord d'affronter l'incompréhension, l'indifférence ou l'ostracisme du public, avant de percer et de réussir. C'est l'une des lois les plus dures du show-business : s'accrocher, ne jamais désespérer pour ne jamais abandonner. |
AU THÉATRE 140 À BRUXELLES
4 et 5 MAI 1968

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Merci à Patfraca de m'avoir fourni les scans des programmes du Théâtre 140 de mai 1968

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Pink Floyd au 140 - A droite Jo Dekmine, le directeur - © Erik Machielsen )

David Gilmour au Théâtre 140- mai 68 © jean jième |
Jean Jième : Deux mois plus tard, dans l'après-midi du dimanche 5 mai, je suis au Théâtre 140 où j'ai mes petites entrées.
Cette fois j'ai pris mon Minolta avec moi. Je sais que les Pink Floyd répètent pour leur concert du soir. Outre la balance du son, ils testent leur light-show, leurs lampes à huiles, leurs projos à dias.
David Gilmour joue au solitaire. Nick Mason essaie sa batterie en sourdine. On les sent concentrés. Je tourne autour d'eux en me faisant le plus discret possible. Je ne veux pas les déranger, encore moins me faire virer.
A cet instant où je suis si près d'eux, je ne sais pas qu'ils vont devenir des monstres de la scène internationale. Toutefois, ils m'impressionnent davantage que tous les autres groupes que j'ai déjà photographiés.

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 Rick Wright et Roger Waters. Théâtre 140- mai 68 © jean jième

David Gilmour © jean jième
LES PINK FLOYD EN DIFFICULTÉ A LOUVAIN
20 juillet 1968

Nick Mason © jean jième
Il n'est pas encore question pour les Pink Floyd de jouer dans des salle de prestige en Belgique. Pourtant le groupe vient de sortir chez EMI un album étonnant The piper at the gates of dawn. Certaines méchantes langues évoquent fumette et drogue. C'est pourquoi, les premiers engagements s'effectuent de manière discrète dans des clubs ou dans des soirées privées. Précisément, Paul vient de recevoir de la part de l'Union des étudiants neerlandophones de l'Université (KVHB) de Louvain, une demande de concert. Il aura lieu dans la salle Rijschool.
DÉRAPAGE
Les Pink Floyd partagent le plateau avec les Sweet Feeling et les Shake Spears. C'est une salle immense. On aurait dit un hangar pour parquer les avions. Dès le début de la représentation, je sens que quelque chose ne tourne pas rond. Certains étudiants flamingands, particulièrement éméchés, vocifèrent des slogans hostiles à l'égard d'un autre groupe plus modéré. A un moment donné, je vois même une bouteille de bière traverser l'espace et venir s'écraser au pied du podium. Une à une, les formations se mettent prudemment à replier leur matériel.
Devant la menace qui se précise, les Pink Floyd décident de ne pas jouer. La foule, de plus en plus divisée devient hargneuse, s'impatiente et redouble de vociférations. Comme les choses n'évoluent pas, un barbu s'approche de la scène, monte sur le podium et verse son verre de bière dans l'orgue de Nick Wright. |
Tremblant de rage, ce dernier claque le couvercle de son instrument, descend de scène pour aller trouver Paul, de plus en plus dépassé. Que pouvions-nous faire, face à cette horde de barbares ? Nous étions dans l'impasse la plus totale. Les Pink Floyd ne pouvaient pas se produire dans de telles conditions. Et le public avait payé sa place. Imbroglio total.
Paul me dit : Ecoute, on ne va pas s'en sortir, il n'y a qu'une chose à faire, appeler au plus vite la gendarmerie à la rescousse. Au moment où il prononce ces mots, la double porte d'entrée se referme avec fracas et une bonne vingtaine de types excités se précipitent vers la scène, armés de verres et de bouteilles. Heureusement pour nous, l'autre fraction du public prend notre parti. La bagarre éclate. Tables et chaises valsent en l'air dans tous les sens. On se sent parti pour un véritable massacre.
Tétanisés, les musiciens, Paul et moi nous terrons sous le podium. Les roadies tentent avec courage de planquer le matériel dans leurs étuis. L'affrontement entre les deux blocs perd enfin de son ardeur lorsque le premier mugissement des sirènes se fait entendre. Paul et d'autres, parvenus à se faufiler jusqu'aux portes, soulèvent la barre de fer qui bloque le battant. Deux half track de la gendarmerie s'immobilisent, à notre immense soulagement. Quelques coups de sifflet, cavalcades et corps à corps plus tard, les Pink Floyd et les Sweet Feeling en profitent pour embarquer leur matériel dans les vans. |
ALAN ESCOMBE, SE SOUVIENT
Alan Escombe fut le bassiste des Shakespeares.
Alan Escombe : We had just finished playing, and Pink Floyd equipment was being set up on the other stage (there were two stages in the hall), when the fighting started. It was really frightening as tables which were metal were thrown from upstairs on the balcony down onto the crowd below. Glasses - everything was being thrown. We locked ourselves in the dressing room behind the stage with the band Pink Floyd, and their roadies until the police came and told us it was safe to come out.I will never forget that night. We managed to get out and load our van and leave before all the people came out of the hall - and the police were keeping them away from us. We saw their roadies in Brussels the next day, and they told us that when the band had already left, the police went also so that when they came out there were guys waiting for them. They had to fight to get their equipment in their van. When they drove out of the town they all picked up cobble stones (the big stones that were what the roads were made of in the country - I don't know what you call these in French), and then they drove back into town and threw them through the big shop windows. A lot of damage.
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FIN DE L'IMBROGLIO
J'entendais les Anglais jurer fucking Belgium . Pendant ce temps, Paul courrait dans tous les sens pour tenter de mettre la main sur l'organisateur du concert qui, à première vue, avait profité du tumulte pour disparaître avec la caisse. Or le pire des cauchemars pour un impressario c'est de ne pas avoir l'argent pour payer ses artistes. Paul finit par repérer le trésorier de la soirée. Ce dernier ne veut rien entendre et refuse de régler le cachet. Ils finissent par s'enfermer dans un bureau pour discuter. Paul exige qu'il appelle le Président du Club.
A peine en ligne, Paul comprend que le Président est de mauvaise foi et qu'il n'autorisera pas le trésorier à régler les artistes. Il argumente que les musiciens n'ont pas honoré leur contrat. Un comble. C'est ici que la situation tourne au surréalisme. Paul décide de jouer le tout pour le tout. Il feint d'avoir une conversation calme avec son interlocuteur. Il raccroche avec le sourire et lance : Voilà votre Président est d'accord. Il vous demande de m'établir un chèque. Impressionné, le trésorier ne cherche pas à aller plus loin. Il rédige le chèque. Ce qu'il ignore c'est que le Président n'a jamais donné son accord. Au contraire....
Paul disposait d'une voiture américaine longue comme un paquebot dans laquelle j'embarquai. Et nous voilà en route pour Bruxelles.
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Sur le chemin, on aperçoit la bagnole des Pink Floyd qui roule tous feux éteints sur la chaussée déserte. Paul leur fait des appels de phare. Pour toute réponse, nous voyons une bouteille propulsée par-dessus le toit de leur véhicule venir s'écraser avec un bruit sec contre la façade d'une maison. La Ford de Paul arrive à leur hauteur. Ce dernier se met à les enguirlander. Ma faible connaissance de l'anglais me permet malgré tout de comprendre qu'il les prévient que des patrouilles de police circulent dans les rues environnantes depuis les incidents.
David Gilmour nous regarde d'un air avachi puis éclate de rire. Roger Waters, au volant, nous tire la langue et accélére soudainement, nous laissant à nos réflexions. Leur voiture fait une embardée puis se met à rouler sur les trottoirs.
Cet incident rappelle une fois de plus le scandaleux amateurisme de ceux qui se permettaient de faire venir des groupes dans leurs salles ou lieux de spectacle dans des conditions indignes et même carrément dangereuses. On a du mal à imaginer aujourd'hui une manifestation artistique quelconque sans un service d'ordre compétent.
Pour en finir avec cette histoire, le lendemain matin à l'ouverture de la banque, Paul se précipita à la Brusselsestraat pour présenter le fameux chèque. Qui fut honoré, ouf ! La KVHB n'avait pas eu le temps de faire opposition !
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On retrouvera les Pink Floyd le 8 septembre au Festival de Chatelet.

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Ils reviendront au Théâtre 140, les 26, 27 et 28 septembre.
Le 25 octobre 1969, ils seront au programme du Festival d'Amougies au Mont de l'Enclu.
Ensuite, tout ira très vite, le groupe entamera sa première tournée sur la côté Est des Etats-Unis pour y connaître la consécration et carrière que l'on sait. David Gilmour s'arrimera définitivement au groupe, devenant le remplaçant définitif de Syd Barrett.

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See Emily Play - clip tourné à Bruxelles, sur les vestiges
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