La nuit tombe sur la plaine de Wolu-City. Le chapiteau est plein à craquer. Il fait chaud et moite. Dans une semi pénombre, les road managers du group s'activent fébrilement à tester les micros. One, two, one two. Et puis, ils arrivent ? Rapides, ils se jettent sur leurs guitares. Les premiers accords claquent.
Compte-rendu de Piero Kenroll (Coeur de Rock- Editions APACH)
Les Who ont la réputation d'être le groupe le plus violent au monde et pas une seconde nous ne pourrons en douter. Roger Daltrey : le chanteur mod. Tout de blanc vêtu dans un costume cintré orné d'un élégant jabot. Il se sert du micro comme d'un lasso. Il le fait tournoyer autour de lui au risque d'assommer quiconque l'approche. Keith Moon : la tornade humaine. Nul ouragan ne joue de la batterie comme lui. Il doit sans cesse être réapprovisionné en baguettes, car c'est a peine s'il frappe quelques coups avant de les lancer dans toutes les directions. On dirait une perpétuelle explosion et si l'on est près de la scène, il vaut mieux se garer pour ne pas en recevoir les débris dans la figure. Pete Townshend : le génie. L'homme qui a su résumer tout ce que le rock contemporain véhicule de frustrations en 3 minutes 47 dans « My Generation». Mais, en plus, Townshend est le showman le plus phénoménal qui ait jamais touché une guitare. Guitare qui ne survit pas à son déchaînement en scène, d'ailleurs. Car Townshend casse tout. Au propre comme au figuré !
Keith Moon à la batterie
Aujourd'hui, après un véritable ballet de sauts, de pirouettes, de déhanchements, de grands moulinets du bras droit avant que sa main ne percute les cordes, de contorsions insensées qui relèguent les plus déchaînés au rang de porte-manteaux,... aujourd'hui donc, pour les derniers accords de «My Generation» justement, il a décidé que sa guitare pourrait être un violon. Il la cale aussi sec entre sa joue et son épaule. Il lui faut un archet ? Il s'empare du micro avec le pied, les fils et tout le bazar. Fracasse tout ça contre le manche. Et scrouantch ! Ça produit des étincelles et des sons incroyables. On dirait un duel d'artillerie ! La plupart des spectateurs sont tétanisés. Immobiles, les yeux écarquillés et la bouche ouverte. Trop abasourdis pour réagir.
Pete Townshend casse tout
Mais ce n'est pas fini ! Son «violon» terminé, Townshend jette vigoureusement sa guitare en l'air. Il est peut-être habitué à cet exercice, mais en d'autres lieux il n'y a pas une toile de chapiteau si près de sa tète. Elle stoppe l'ascension de l'instrument, qui retombe plus tôt que prévu. Vlan ! Sur le crâne du génie ! Titubant, il rejoint les coulisses, sonné. Comme sourd, muet et aveugle . C'est fini. On se retrouve un peu comme des pigeons qui viennent de voir un F-111 leur passer devant le bec. Impassible, John Entwistle, le bassiste, est le dernier a quitter la scène. Tout au long de la prestation, c'est à peine s'il a bougé de cinquante centimètres et il a suivi tout ça d'un oeil ironique.
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