LA NOUVELLE VAGUE FRANÇAISE 1960
LES NOUVEAUX RÉALISATEURS
VADIM - CHABROL - GODARD
La Nouvelle Vague du cinéma français demeure encore aujourd'hui un mythe. Sa force est d'avoir imposé un imaginaire, un univers de gestes, d'apparences, de corps, d'objets, de sujets à la liberté de ton exceptionnelle. Elle a largement contribué à bouleverser le paysage cinématographique français.
Mais la plus grande réussite des jeunes cinéastes de cette époque est d'avoir su s'exporter au-delà des frontières de l'hexagone et même au-delà de l'Atlantique.
Pour beaucoup de jeunes cinéastes à travers le monde, la Nouvelle Vague symbolise une liberté nouvelle de tourner des sujets personnels et de les produire avec des coûts dérisoires. Ce mouvement spontané exerce encore aujourd'hui une influence sur le cinéma italien, polonais, hongrois, anglais, mais aussi japonais ou le cinéma indépendant américain. Des réalisateurs comme Bernardo Bertolucci, Alain Tanner ou Martin Scorsese, sont les fils légitimes de la Nouvelle Vague française.
ET DIEU CRÉA LA FEMME (1956)
Le film de Vadim qui allait bouleverser l'establishment

Le premier vrai film sensuel du cinéma français
Le film sort en novembre 1956. A l'époque, je n'ai que treize ans. Lorsqu'accompagné de ma mère et de ma plus jeune sœur, je passe devant le cinéma qui présente le film, je découvre les fresques gigantesques du corps dénudé de Brigitte Bardot. Je suis fasciné par cette fille sublime ainsi que par les lettres démentielles qui s'inscrivent sur le fronton de la salle. Des lettres qui reprennent la célèbre citation de la Bible : « Et Dieu créa la femme ». Hors contexte, cette citation devient scandaleuse, sacrilège même. Qui aurait jamais pu imaginer que quelqu'un ose se servir de la parole de Dieu pour vendre un film ?
Mais déjà ma mère me tire par la main et nous emporte tous les deux dans une autre direction. Dans les jours qui suivent, je détaille le journal le Soir à la page de la sortie des nouveaux films. Je retrouve en format réduit l'affiche qui m'a fait tant d'impression.
Comme je me passionne déjà pour le cinéma, mes parents acceptent de m'acheter chaque semaine la revue Cinémonde ou Ciné-Revue. Je me plonge avec délectation dans leurs colonnes et découvrent peu à peu le nom des acteurs, leurs films, leur vie intime. Je deviens un fan de toutes les stars d'Hollywood et du cinéma français.
Il me faudra attendre quatre ans avant de pouvoir espérer voir le film si controversé de Roger Vadim. Dont j'ai appris, depuis, qu'il avait été l'amant puis le mari de l'actrice Brigitte Bardot. Pour enfin la laisser filer avec Jean-Louis Trintignant.
De plus, j'ai également eu vent qu'aux Etats-Unis, le Cardinal Spellman a non seulement interdit la vision du film à ses ouailles, mais qu'il a les également menacé d'excommunication en cas de non respect de son interdiction.

Christian Marquand et Brigitte Bardot
Film maudit, sulfureux, qui consacrera Brigitte ainsi que son réalisateur. Et pourtant ! Car malgré les critiques acerbes de certains journalistes catholiques, Brigitte n'apparait jamais vraiment nue. C'est à peine si on voit un bout de fesses ou un bout de seins. Tout dans le film est suggéré plutôt que montré. Et pourtant ce film a déclenché la paranoïa. On peut donc penser que les esprits chagrins de l'époque ont dû trouver le film vachement subversif.
Il y a une séquence dans le film qui a fait grosse impression par son caractère terriblement provocant et déluré. C'est sans doute à ce genre de scènes que BB doit sa carrière.
Juliette (Brigitte Bardot) vient de se marier. Elle est nue sous les draps, dans la chambre à coucher, aux côtés de son jeune mari (Jean-Louis Trintignant). A l'étage du dessous les membres de la famille patientent et se demandent quand les tourtereaux voudront bien descendre pour partager le repas de noces.
Brigitte sort du lit, revêt un peignoir et déclare qu'elle meurt de faim. Elle descend l'escalier, dans cette tenue peu décente, arbore le buffet et remplit deux assiettes de charcuterie. Elle emporte une bouteille de vin sous son bras et remonte l'escalier en jetant à peine un regard sur les convives stupéfaits. La porte claque.
Ce n'est qu'au début des années 60 que j'aurai enfin la chance de voir « Et Dieu créa la femme » repasser sur les écrans de Bruxelles. Enfin !
Le cœur battant, c'est avec délectation que je m'installerai dans mon fauteuil à attendre que le rideau se lève sur les collines de St Tropez et de Brigitte Bardot.
Film français tourné en Couleur et en Cinémascope - Date de sortie: novembre 1956 -Durée : 1h35
Scénario de Roger Vadim et de Raoul Lévy
Réalisation : Roger Vadim
Casting : Brigitte Bardot, Curd Jürgens, Jean-Louis Trintignant, Christian Marquand, Georges Poujouly, Isabelle Corey, Jean Lefebvre.
En 1956, Dieu s'associa avec le Diable - Roger Vadim - pour créer la femme. Il préleva un peu de sable mouillé sur la plage de Saint-Tropez, lui donna forme et formes, et l'appela Brigitte Bardot, nom aussi biblique et irrécusable qu'Adam et Eve. Le Diable fit le reste : un film. Où Bardot, s'habillant d'un rien et se déshabillant pour un rien, enflammait tout sur son passage, les hommes, un bateau de pêche, l'écran. Cinquante ans plus tard, on en frémit encore. (Michel Gurfinkiel). |
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LE BEAU SERGE (1959)
Le tout premier film de Claude Chabrol

Film français tourné en N/B - Date de sortie : 11 Février 1959 - Durée : 1H37
Scénario et réalisation : Claude Chabrol.
Casting : Jean-Claude Brialy, Gérard Blain, Bernadette Lafont, Michèle Meritz, Edmond Beauchamp, Claude Cerval, Philippe de Broca,Claude Chabrol.
Le film a reçu le Prix Jean Vigo

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François (Jean-Claude Brialy) rentre dans sa ville natale de la Creuse pour une convalescence. Il découvre que pendant les années qu'il a passées à Paris, la vie n'a pas été tendre avec son ami d'enfance, Serge (Gérard Blain). La santé de ce dernier s'est fortement dégradée à cause de la boisson. Marié à Yvonne, qui l'aime, il la méprise injustement, en raison de la perte de leur enfant, mort-né. Il boit presque sans arrêt en compagnie d'un homme plus âgé qui est (mais on n'en est pas sûr) le père de Marie, la vamp du village (Bernadette Lafont).
Le film tourne tout entier sur le village, la rudesse des habitants, le petit esprit, la pauvreté, la sexualité. François voudrait sauver son copain, lui faire prendre conscience de sa déchéance. Bien des fois, il a envie de quitter le village. S'il reste c'est parce qu'il se croit investi d'un rôle de sauveteur. Mais sauve-t-on un individu qui ne le désire pas ? Heureusement il y a Marie avec son optimisme, sa naïveté et puis sa gentillesse.
Lors du bal annuel, François surprend Serge à battre sa femme comme plâtre. Pourtant elle est à nouveau enceinte. Il se bat avec son copain pour la défendre. Dans les semaines qui suivent, tandis que la neige tombe à gros flocons, François se retrouve au chevet d'Yvonne qui va bientôt accoucher. Il court chercher Serge dans tous les recoins du village. Ce dernier demeure introuvable. François glacé par le froid et la fatigue s'évanouit au moment où il retrouve son triste ami, avachi dans une grange en train de cuver son vin. Serge, en entendant les cris de son fils en train de naître à la vie pleure de joie. |
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LES COUSINS (1959)
Le film culte de Claude Chabrol

Juliette Mayniel et Gérard Blain: la rencontre de deux conceptions amoureuses

Surboums, alcool, drague. Gérard Blain (Charles) essaie de trouver sa place dans un univers cynique. Jean-Claude Brialy (Paul) personnalise une nouvelle jeunesse "sixties" en train d'éclore. |
Film français tourné en N/B -Date de sortie : 11 mars 1959 - Durée : 1h50
Scénario : Paul Gégauff et Claude Chabrol - Réalisation de : Claude Chabrol
Casting : Jean-Claude Brialy, Gérard Blain, Juliette Mayniel, Stéphane Audran,Geneviève Cluny,Guy Decomble,Michele Meritz,Paul Bisciglia,Laszlo Szabo, Françoise Vatel
Le film a reçu l'Ours d'Or du Festival de Berlin |
RESUME : Charles débarque de sa province et arrive à Paris chez son cousin Paul, un être particulièrement fainéant, dragueur et cynique. Entre les deux jeunes gens, le contraste est étonnant. Charles a une conduite plutôt gauche et timide. Il n'a qu'un seul but : réussir ses examens dans un mois. Paul, c'est tout le contraire. Il ne prépare rien du tout et a bien l'intention de les réussir sans efforts.
La cohabitation des deux cousins les oblige malgré leurs différences de caractère à fréquenter les mêmes personnes. La plupart du temps Paul organise des surboums où l'on boit et l'on drague à longueur de nuit. Charles n'arrive pas à travailler dans la sérénité.
Clovis, un ami de Paul lui présente une bien charmante jeune fille. Elle s'appelle Florence. Lors d'une soirée particulièrement arrosée, Charles lui avoue ses sentiments. Celle-ci se laisserait bien séduire par Charles. Mais ce serait compter sans le machiavélisme des deux copains. Clovis persuade Florence de ne pas se laisser entraîner dans une amourette de province et lui propose à la place une expérience amoureuse nettement plus épicée…avec Paul.
Lorsque Charles, rentrant de la Fac, aperçoit Florence sortir furtivement du lit de Paul, il comprend qu'elle vient de coucher avec lui. Il ne montre pas sa tristesse. Il tente de se consoler en se mettant à travailler avec plus d'acharnement encore.
Le jour des examens, Paul réussit sans gloire et sans efforts. Par contre, Charles échoue.
Son univers vacille. Où est la morale ? Il se met à développer des idées suicidaires.
En furetant dans la chambre de Paul, Charles découvre un révolver. Il le charge de ses balles et se dirige vers la chambre de son cousin endormi, qu'il vise. Sans tirer. Le lendemain, Paul qui ignore que son révolver a été chargé vise Charles dans une sorte de jeu pervers et le tue par accident.
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A BOUT DE SOUFFLE (1960)
Le film qui révolutionna le cinéma traditionnel et sonna le glas du cinéma de papa

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Film français tourné en N/B - Date de sortie : 16 mars 1960 - Durée : 1h30
Scénario, dialogues et réalisation: Jean-Luc Godard.
D'après une idée originale de François Truffaut et les conseils techniques de Claude Chabrol
Casting : Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Daniel Boulanger, Roger Hanin, Jean-Pierre Melville et Godard lui-même. |
Jean-Luc Godard est le cinéaste phare des années 60. Il est le reflet d'une époque et d'une génération contestataires. Il a inventé un nouveau style de cinéma en tournant en extérieur, caméra à la main, avec une équipe technique réduite. Il inventait les dialogues et même la trame de son film au fur et à mesure des jours de tournage. La plupart du temps ses acteurs improvisaient sur base des textes qu'il leur remettait quelques minutes avant la prise de vue.
Tourné durant l'été 1959, à la sauvette dans les rues d'un Paris quasi désert, "A bout de souffle" est certainement le premier polar déjeanté du cinéma français. Le scénario tient sur une page et raconte la cavale d'un voyou sans morale qui tue un flic sur une route départementale. Il file se planquer à Paris, tente de trouver de l'argent pour se mettre au vert quelque temps.
Il finit par s'amouracher d'une jeune américaine (Jean Seberg) qui vend des journaux sur les Champs Elysées. Personnage insensé, tête brûlée qui flambe sa jeunesse comme on joue à la roulette russe, Belmondo se perd dans une course-poursuite contre le temps et la mort. Quant à Jean Seberg, elle semble ne se poser aucune question quant au comportement plutôt bizarre de son partenaire.
Jean-Luc Goddard nous dépeint un univers sans véritablement avenir; sorte de défi à la vie, à la société et à ses mœurs bourgeoises.
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