CINEMA AMERICAIN - ANNEES 50
UNE JEUNESSE EN PROIE A LA REVOLTE
LA PEUR DE GRANDIR

La fureur de vivre avec Nathalie Wood - Nicolas Ray
Les prémices de la révolte de la jeunesse américaine sont perceptibles dès le milieu de la décennie cinquante. Il faudra attendre quelques années de plus pour qu'à son tour, les jeunes européens leur emboitent le pas.
Trois films typiquement annonciateurs du mal-être des ados d'après-guerre vont tour à tour sortir sur les écrans des Etats-Unis à peu près à la même période.
« L'équipée sauvage » ou « Le gang descend sur la ville » (1954) de Lazlo Benedek, « La fureur de vivre » de Nicolas Ray (1955) et « Graine de violence » (1955) de Richard Brooks.
Les trois sujets évoquent diversement les mêmes thèmes : la délinquance juvénile, le mal de vivre et la peur de grandir.
LE CONTEXTE POLITIQUE DE L'EPOQUE
Tandis que l'Europe panse peu à peu ses terribles plaies de guerre, la jeune nation américaine connaît un essor économique sans précédent… sur fond de guerre larvée : la guerre froide avec les Russes. Nouveau spectre : idéologique celui-là.
La jeunesse craint de devoir s'engager comme ses parents dans un nouveau conflit. Elle n'a pourtant plus l'intention de se battre. Le temps des G.I. vénérés ou décorés n'est plus à l'honneur. Leurs enfants veulent s'amuser, consommer, se libérer du carcan des aînés.
Le cauchemar d'un conflit nucléaire reste bien présent. Et tandis que beaucoup de citoyens américains font creuser des abris antiatomique, leurs fils et leurs filles ne pensent qu'à danser le rock and roll et à conduire de grosses bagnoles.
Pour cette jeunesse, grandir, devenir un homme équivaut à risquer d'être aussitôt incorporé dans les forces armées pour aller se battre en Corée. Alors pourquoi se presser ?

James Dean
« La Fureur de vivre », « L'équipée sauvage » et « Graine de violence » vont donc aborder de trois manières différentes le malaise de plus en plus perceptible des jeunes face à la réalité du monde des adultes.
JAMES DEAN : IDENTIFICATION A UN MONDE EN MUTATION

James Dean hurle son désarroi dans un monde qui ne peut plus le comprendre
Jim Starck, le héros de la « Fureur de vivre » illustre parfaitement le syndrome du mal de vivre de l'adolescence. Il devient le révélateur de l'incompréhension des jeunes vis-à-vis de leurs parents. Et le protagoniste sans concession d'une génération qui refuse de vieillir trop vite.
Le titre anglais « Rebel without a cause » résume bien la situation. James Dean conteste la société au sein de laquelle il gravite. Il y évolue sans but véritable. Il ne se sent plus concerné par les valeurs traditionnelles de la famille, de l'église, de l'état. De manière prophétique, il ressent déjà les premiers signaux du grand désenchantement que le peuple américain vivra quelques années plus tard par la perte de ses valeurs les plus chères.
Car les héros libérateurs de la seconde guerre mondiale sont vite retombés dans l'oubli et vivent désormais dans l'amertume. Une nouvelle société infiniment plus cynique est en marche. Elle se démontrera sur le plan politique avec l'assassinat des Kennedy et du leader noir Martin Luther King, l'intensification de la guerre du Vietnam, la guerre froide avec l'URSS et Cuba, le scandale du Watergate et les mensonges de Nixon, les crimes de la CIA contre certains régimes politiques de gauche.
La jeunesse a conscience de la perte des véritables valeurs. Elle va donc se révolter contre l'ordre établi en devenant une force populaire avec laquelle désormais il faudra compter.
LA FUREUR DE VIVRE (1955)
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Le film relate l'errance de trois adolescents, en manque d'identité et en quête de repères. Mais c'est également le portrait d'une jeunesse plutôt bourgeoise, qui a tout et qui dispose de tous les atouts pour se socialiser comme ses parents.
Le film s'interroge sur les véritables questions existentielles : vers quoi diriger sa vie ? Vers quelles valeurs se tourner ?
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LE SCENARIO DU FILM : JEUX DANGEREUX

Ivre mort sur le trottoir, Jim Starck est embarqué par les flics
Trois jeunes étudiants se retrouvent dans un commissariat de police dans la banlieue de Los Angeles. Jim Starck (James Dean) parce qu'on l'a repêché ivre mort sur la voie publique, Judy (Nathalie Wood) parce qu'elle a fait une fugue. Et Plato (Sal Mineo) qui a tué un chien.
Le lendemain, ils se retrouvent tous les trois au lycée. Attiré par Judy, Jim ne tarde pas à se heurter à son petit ami, un certain Buzz, chef d'un petit gang de gros bras. Celui-ci défie Jim dans une course automobile contre la mort.
Au volant chacun d'un véhicule, ils fonceront tout droit vers une falaise à pic. Le gagnant sera celui qui sautera hors de la voiture le plus tard possible. Le départ est donné et les pneus crissent. Buzz, sur le point de gagner, reste accroché avec sa veste à la poignée de la portière. Il plonge dans le précipice. Jim saute après lui et gagne la course contre la mort.
 
Jim Starck, mis au défi par la bande de Buzz, se sort indemne d'une course contre la mort
Après la mort de leur chef, le reste des membres de la bande se fait arrêter par la police. Persuadés qu'ils ont été dénoncés par Jim, ils le traquent ainsi que Judy et Plato. Pour se défendre, celui-ci s'empare du révolver de ses parents. Repéré puis pourchassé par la bande, il s'enfuit vers le planétarium du campus universitaire. Malgré tous les efforts de Jim, la police arrivée sur les lieux, tire sur le jeune homme et l'abat.
LES PARENTS NE SONT PLUS DES MODELES

Sur le plan familial, les trois amis ont des raisons de se serrer les coudes. Jim assiste quotidiennement au triste spectacle d'une mère acariâtre et tyrannique, qui n'arrête pas de s'en prendre à son père. Etre falot, incapable de réactions appropriées, il présente une image bien pitoyable de l'autorité paternelle. Judy, elle, est la mal aimée de la famille. Son père la nie depuis toujours. Quant à Plato, c'est sa mère qui l'a toujours délaissé.
Le film montre bien le fossé qui s'est creusé entre les deux générations. Comment les parents pourraient-ils accepter que leur progéniture soit aussi avide de sensations fortes, de beuveries, d'aventures amoureuses ?
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Le héros du film incarné par James Dean est un être à la fois sensible et violent, calme et angoissé, naïf et insolent. Un être solitaire aussi et qui, s'il recherche l'amitié et l'amour, se retrouve coincé entre les copains et les filles.
En endossant le rôle de l'adolescent incompris, angoissé et mal dans sa peau, James Dean va symboliser le mythe du héros révolté et indomptable, capable de mourir pour ses convictions. Lorsqu'il se tuera avec sa Porche Spider sur une route secondaire près de Salinas, une grande partie de la jeunesse américaine en fera le symbole de sa génération. |
JAMES DEAN UN ELEVE DE L'ACTOR'S STUDIO
Elève de Lee Strasberg, fondateur de l'Actor Studio à New-York, James Dean met en application les règles de la « Méthode » de son génial mentor.
Il base son travail d'acteur non plus sur la technique (vocale ou gestuelle) mais sur sa mémoire sensorielle. Le moindre souvenir ravive des émotions et crée une nouvelle réalité. L'acteur trouve en lui l'inspiration dont il a besoin pour habiter son personnage. En croyant à ce qu'il est en train de créer, il finit par le ressentir vraiment.
Une des caractéristiques de la « méthode Strasberg » consistait également à se choisir un animal, à observer minutieusement ses attitudes, gestes et comportements de manière à pouvoir les reproduire. L'animal devient le personnage. Ainsi la démarche caractéristique de James Dean s'inspire-t-elle de celle d'un tigre aux aguets, prêt à se défendre ou à donner un gros coup de griffes.
Marlon Brando qui fut également élève du Maître se comportait lui aussi comme un félin. Mais il semble avoir opté pour le guépard ou le lynx.
Dustin Hoffman, pour camper son personnage bancal de « Macadam Cow-boy » n'avait pas hésité à adopter les attitudes faciales du rat. Comme lui, il faisait mine de sentir et de renifler tout en remuant des moustaches. Il avait même poussé le réalisme en adoptant une coiffure huileuse et luisante, peu reluisante.
EPILOGUE
Finalement les trois héros de la « Fureur de vivre » finiront leur vie de manière violente. Dean mourra dans un choc frontal avec sa Porche le 30 septembre 1955 sur la route de Salinas. Sal Mineo sera assassiné le 12 février 1976, sans mobile apparent. Il regagnait tranquillement son domicile, il venait d'avoir trente-sept ans. Nathalie Wood finira noyée au large des côtes californiennes, le 29 novembre 1981 à l'âge de 43 ans.
( www.dvdclassik.com/Critiques/dvd_rebelwithout.htm .)

Visionner la bande annonce du film
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JIMMY THE KID : UN PORTRAIT MECONNU DE JAMES DEAN
PAR LE CHRONIQUEUR ET JOURNALISTE JEAN-NOEL COGHE
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Seulement trois films au compteur : "A l'est d'Eden", "La fureur de vivre" et "Géant". Une gueule d'ange et la réputation d'être décédé comme un jeune crétin (un stupide accident de voiture au volant de sa Porsche dont on oublie de dire qu'il était la victime). James Dean reste, aux yeux du grand public, un jeune loup furieux, prêt à tout pour bouffer le grand écran. Oui, ça c'est la réputation.
Pourtant, la réalité était toute autre. Peut-être un peu moins glamour et tapageuse, mais bien plus excitante. Bizarrement, cela fait déjà plus de 50 ans que Dean retrouve, à titre posthume, une crédibilité qui, écrasée par son aura, lui fit cruellement défaut de son vivant. Et c'est au fil des pages que la découverte se fait… Pourquoi s'arrêter sur l'ouvrage de Jean-Noël Coghe en particulier ? Loin d'être le premier, il ne sera certainement pas le dernier, c'est vrai, cependant son approche personnelle et ultra documentée force le respect… comme elle comble notre curiosité de cinéphile. Jean-Noël Coghe a rassemblé des documents souvent inédits et apporte ainsi un émouvant éclairage sur le jeune Adonys. (Eléonore Guerra- Le 24 Octobre 2007).
Des années de recherches intensives, de quête de documents et de photos rares, d'infos peu ou pas exploitées, des centaines d'heures passées à visionner des films, des documentaires, les archives des télés du monde entier, sans compter le travail journalistique effectué aux USA.....
Jimmy The Kid de Jean-Noël Coghe – 384 pages - 550 photos, dessins, documents dont plusieurs inédits- Disponible - Prix : 25 € - Editeur : Hugo et Compagnie, Collection : HugoDoc - Préface de Bill Wyman. |
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