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Studio Acteurs Parallax 1979
 
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Le Mauvais Age - Film expérimental ( 1964 - 1966(1)
 
Tournage de la séquence Party(2)
 
 
 

LES ORIGINES DU

STUDIO D'ACTEURS PARALLAX

BRUXELLES - 1979

 

La première affiche du Studio d'Acteurs

 

Dès le début des années 60, j'ai réalisé que j'appartenais à une génération bien plus effervescente que celle qu'avait connue mes parents. Il régnait un sentiment de liberté inouï. Tout paraissait possible. Il y avait tant de choses à inventer et tant d'expériences à vivre.

 

LE JEU D'ACTEURS FACE À LA CAMÉRA

 

 

Après avoir expérimenté la scène (Les Enfants Terribles), l'expérience du tournage d'un long métrage en 16mm (Le Mauvais Âge), après avoir côtoyé les Moody Blues, Pink Floyd, Genesis et tant d'autres stars du rock (Agence Century) et finalement abouti dans une agence de pub, durant sept longues années, je me devais de renouer avec la créativité artistique.

 

Mais de quelle manière? Repartir dans l'organisation de spectacles ou de concerts ne me disait plus rien. Me faire engager comme assistant sur un tournage de film ? Non merci. Mais, alors que restaient-ils comme débouchés ?

 

Durant trois mois, j'ai navigué dans mes pensées, sans grand succès. Et puis, une nuit, l'idée a jailli toute seule. Je me suis soudain vu dans la peau d'un coach, en train d'entraîner des garçons et des filles devant une caméra. Au réveil, le concept du jeu d'acteurs face à la caméra était né.

 

 

 

Cela n'existait nulle part ailleurs. Ni dans les écoles de cinéma et encore moins dans les Conservatoires. De plus, la technologie avait fait un solide bond en avant sur le plan audiovisuel. Il était désormais possible de se passer de pellicule ainsi que du développement en laboratoire. Grâce notamment à une nouvelle technologie : le magnétoscope, qui permettait non seulement de capter l'image mais également le son. Cette simultanéité constituait une innovation extraordinaire.

 

L'idée a vite fait son chemin. Et si je m'achetais un magnétoscope d'occasion ? Je louerais ensuite un local et je créerais des cours. Je pourrais ainsi transmettre toute une série de rudiment des différentes techniques du feu face à la caméra, héritées des centaines, voire du millier de films que j'avais déjà vus à l'époque. A défaut de me lancer dans une carrière de metteur en scène, je pourrais me réaliser dans ... l'enseignement et la direction d'acteurs.

 

 

 

PREMIERS PAS RUE CHARLES DEGROUX

février 1979

 

Ensuite tout va aller très vite. En novembre, je loue une petite maison à deux étages, située 16 rue Charles Degroux dans la commune d'Etterbeek. Coût du loyer : dix mille francs (250 €). Au rez-de-chaussée, je dispose de deux pièces en enfilade qui donnent sur un petit jardin de ville. Comme il me faut impérativement une salle de cours, je construis une cloison qui empiète des 2/3 sur l'espace destiné à mon bureau. Certes, celui-ci devient minuscule mais suffisant pour rencontrer les futurs candidats.

 

Pour partager les frais de loyer et les charges, je fais appel à Daniel Shirer, jeune élève issu du Conservatoire et frère de Nicole, déjà une comédienne chevronnée. Il cherche précisément à se domicilier quelque part. Il logera au premier et assurera ponctuellement les cours de diction.

 

En quelques jours, je conçois dans le détail le programme des cours, définis les horaires, rédige un bulletin d'inscription et fixe le minerval. Les élèves auront droit à cinq séances de cours individuels de deux heures réparties selon leurs disponibilités. En plus, ils pourront assister aux répétitions des autres candidats, s'ils le souhaitent et même y participer. Mon but est de réunir une douzaine de participants sur le mois.

 

Bien sûr, même avec douze personnes, les recettes demeureront bien maigres. Une trentaine de milliers de francs (750 €) au total dont il faudra retirer le coût du loyer, les charges locatives, l'installation et les frais de téléphone, la publicité … sans oublier Daniel. Autant dire qu'il ne restera plus rien pour moi. Mais ce n'est pas le plus important. Cela dit, je me donne six mois pour réussir. Si les élèves ne sont pas au rendez-vous, je renoncerai à ce beau projet.

 
Le magnétoscope permettait non seulement de capter l'image mais également le son. Cette simultanéité constituait une innovation extraordinaire. (Rue Charles Degroux 1979)
 

 

 

... du grec PARALLAXIS

 

Reste à trouver une dénomination. Depuis quelque temps un nom me trotte en tête : parallax . J'aime la consonance avec les trois « a » et le « x » à la fin qui claque comme un coup de fouet. Mais ce n'est pas la seule raison. Parallax vient d'une racine grecque (parallaxis) qui veut dire changement. Et c'est bel et bien mon intention : instinctivement, sans trop m'en rendre compte, je suis en train de jeter les bases du premier cours privé de comédiens à Bruxelles, à l'instar de ce qui existe en France ou dans les pays anglo-saxons. A une très grande exception près, c'est qu'on y pratiquera exclusivement le jeu d'acteur… pour le cinéma. Une grande première en Belgique.

 

Mais ce n'est pas fini. Dans le Larousse, la parallaxe désigne la position apparente d'un corps dû à un changement de position de son observateur. Je vois dans parallax un excellent présage pour la réussite de mon projet. (À l'heure actuelle , Parallax existe toujours et poursuit son développement).

 

J'en parle à mon ami Robert Malengreau, critique de cinéma et rédac en chef de la revue Pour Le Cinéma Belge. Ce dernier me dit : Parallax ça ne dira pas grand-chose à personne ! Rajoute Studio d'Acteurs. Après tout, ton idée consiste à créer un laboratoire d'acteurs permanent. Ce qui n'existe pas chez nous. Base-toi sur ce qui se fait aux Etats-Unis. Pense à l'Actor's Studio.

 

Le lendemain sur la porte d'entrée du 16, rue Charles Degroux, j'appliquais une affichette faite main qui annonçait : Studio d'Acteurs Parallax.

 

 

Jean Jième Valmont et sa précieuse caméra vidéo Sony - 1979

 

" En 3 mois, vs saurez si vs avez dispositions pour devenir acteur ! "

 

Une fois le décor planté, je passe à la seconde phase de l'opération : trouver les moyens de nous faire connaître. Mais comment s'y prendre ? Je n'ai pas les moyens de me payer une campagne de pub dans le Soir ou dans La Dernière Heure ; encore moins à la radio. D'ailleurs les radios libres n'existent pas encore. Il reste Vlan, le journal toute boite distribué gratuitement dans tous les communes de Bruxelles.

 

Comme Vlan n'a pas encore songé à créer une rubrique « enseignement », il ne me reste plus qu'à glisser mon annonce dans les « offres d'emploi » ! C'est ainsi que paraît, en décembre, quatre lignes en style télégraphique : En 3 mois, vs saurez si vs avez dispositions pour devenir acteur. Studio d'Acteurs Parallax (entre 14 et 19H). Je joins adresse et téléphone.

 

C'était un peu gonflé, je l'avoue ! Aujourd'hui pareille démarche paraît impensable. Disons que l'époque le permettait. Cela dit le texte était très clair ; Il n'y avait pas d'ambigüité.

 

Janvier 1979. La période des fêtes n'est guère propice pour lancer un mouvement. Durant trois semaines, le suspense demeure total. Chaque jour, je terminais mon job vers 13H30 à Forest. Je fonçais ensuite sur Etterbeek pour être derrière le téléphone à attendre un hypothétique coup de fil.

Durant ces longues heures d'attente, j'ai préparé avec confiance le contenu de mes cours.

 

Je cherchais dans les Avant-Scène du Cinéma des séquences de films à faire jouer à mes futurs élèves. Je me rappelle avoir choisi des répliques entre Belmondo et Reggiani empruntées du Doulos de Melville. Je piochais aussi dans les Liaisons Dangereuses de Vadim ou dans Mado de Claude Sautet.

 

 

Certes, je recevais un à deux appels par jour. Mais n'arrivais pas à faire venir les intéressés. Sans doute parce qu'ils ne l'étaient pas. Pour être franc, certains jours, je me suis demandé si je ne m'étais pas laissé entraîner par mes utopies. D'autant plus que la plupart des copains qui m'entouraient ne me laissaient guère de grands espoirs de voir aboutir mon projet.

 

Je me souviens tout particulièrement de certaines mains « bienveillantes » qui se posaient sur mon épaule à titre d'encouragement mais qui me paraissaient plutôt empreintes d'une certaine pitié : allez courage, mon gars !

 

 

 

" Le premier élève inscrit est celui qui a le mieux réussi "

 

A la fin du mois de janvier, alors que je commençais peu à peu à désespérer, trois personnes ont téléphoné pour prendre rendez-vous.

Le même jour est arrivé Jean-Claude, un jeune apprenti coiffeur de dix-huit ans. Je lui expliqué la formule et sans hésiter il m'a dit : je veux m'inscrire.

Jean-Claude est ainsi devenu le premier élève officiel de « l'histoire » du Studio d'Acteurs. Ce qu'il y a de magique dans la vie, c'est que c'est lui qui a le mieux réussi dans la profession, sous le nom de Jean-Claude Adelin. Comme quoi, il existe des signes annonciateurs du futur. Moi qui pensais que j'allais tenir un an voire deux, je ne me doutais pas que Parallax existerait toujours plus de trente ans plus tard.

 

Dès le lendemain, j'ai inscrit Marie D. et Chantal C. Puis Jean-Pierre V.L. Et puis, ont suivi Marion, Marcus D., François D., Alberto G, Thierry M., Yves …

 

Les quatre premiers élèves dans un espace de travail réduit à 15 m2

 

 

Tournage dans la cage d'escaliers

 

En mars, le studio d'acteurs a atteint le nombre de quinze élèves. Désormais, il n'était plus possible de leur octroyer mensuellement dix heures de cours individuels. D'ailleurs ceux-ci ne le souhaitaient plus.

 

Lors d'une nième discussion dans le bistrot au coin de l'avenue des Celtes, à vingt mètres de l'ancien bâtiment de l'IAD, « mes » élèves m'ont incité à les faire travailler en groupes.

 

Le problème de l'espace s'est à nouveau posé. Il fallait se rendre à l'évidence. Si je voulais développer le concept, je devais déménager et trouver un espace de travail digne de ce nom.

 

Comme les demandes d'inscription continuaient, je me suis laissé emporter par mon enthousiasme et par mon souhait de développer ce centre artistique dont j'avais toujours inconsciemment rêvé.

 

 

LES CHOSES SÉRIEUSES COMMENCENT

DRÈVE DU DUC À BOITSFORT

 

126, drève du Duc, la seconde adresse de Parallax. Aujourd'hui, une ambassade.

 

Depuis 1971, j'habitais Watermael-Boitsfort. Petit village urbain, coin idyllique s'il en est, peuplé d'artistes, la commune disposait de vastes demeures anciennes, souvent à l'abandon ou très mal entretenues. J'ai donc commencé à faire des recherches dans les environs. Sur le coin de la drève du Duc et de l'avenue Delleur, je découvre une énorme baraque, au charme indescriptible. Je me renseigne et finis par apprendre qu'elle est actuellement occupée par des … hippies. Comment est-ce possible ?

 

Le splendide hall du rez-de-chaussée

Le lendemain je me parque devant la villa, pénètre dans le superbe jardin laissé à l'abandon. A défaut de sonnette, je tambourine sur la porte.

 

Les membres de cette petite communauté de « marginaux » fort sympathiques, m'ont expliqué qu'ils étaient sensés garder la maison moyennant un loyer d'une quinzaine de milliers de francs par mois. Et qu'ils avaient bien du mal à honorer ! Avec leur accord, j'ai contacté l'agent immobilier qui s'occupait de ce bien exceptionnel (aujourd'hui il est occupé par l'ambassade du Pakistan) et lui ai proposé de le lui louer avec bail à la clé.

 

Avec l'arrivée du printemps, tout s'est concrétisé. Les hippies sont partis et les élèves de Parallax les ont remplacés. Quel changement de cadre !

Concernant le programme des cours, tout était à revoir. C'est ainsi que j'ai proposé aux étudiants, désormais réunis en un seul groupe, deux heures de cours chaque jour (sauf le mercredi), entre 20 et 22Hr. Soit une trentaine d'heures par mois.

 

D'autre part, il n'était désormais plus question que je donne les cours de jeu face caméra tout seul ni que Daniel continue à s'échiner à ceux de diction. A deux nous ne faisions plus le poids.

 

 

JEAN-PIERRE BERCKMANS, UN CINÉASTE EN AVANCE SUR SON TEMPS

 

C'est alors que j'ai pensé à faire appel à un vieil ami que j'avais croisé à l'Insas et qui avait déjà réalisé deux longs métrages. Je veux parler de Jean-Pierre Berckmans, brillant metteur en scène, en avance sur son temps par sa liberté de ton qu'il avait tenté de faire transparaître dans La Chambre Rouge et surtout dans Isabelle Devant Le Désir.

Grâce à lui, la crédibilité et le prestige du Studio d'Acteurs s'en sont trouvés aussitôt renforcés.

 

C'est à la même époque que je reçois un coup de fil d'un certain Philippe Soreil que je ne connais pas. On se rencontre à mon domicile et il m'apprend qu'il a un frère, Alain, qui vient de terminer trois années d'études à Reims sous la férule de Robert Hossein. Je n'en crois pas mes oreilles. Robert Hossein : mon acteur fétiche depuis toujours ! J'adore son look, sa dégaine, sa gouaille toute particulière. J'ai vu évidemment tous ses films. Alors, quand Philippe, en bon ambassadeur, m'explique que son frère se verrait bien en train de donner cours chez moi, en suivant la méthode Hossein, j'en tombe à la renverse.

 

Au centre :Alain Soreil

Lorsque je rencontre Alain, quelques jours plus tard, je découvre un mec débordant de sympathie et d'énergie, au sourire craquant. Il impressionne à la fois par sa prestance et son enthousiasme. C'est une véritable pile électrique. C'est à peine si j'ai le temps de lui expliquer ce qu'on essaie de faire à Parallax. Apparemment, il s'en fout. Les détails ne l'intéressent pas. Il me dit : on commence quand ?

 

Philippe arrive donc au Studio tout auréolé de son prestige. En effet, il vient de terminer Jambon d'Ardenne , le premier long métrage du cinéaste Benoit Lamy, dans lequel il a un second rôle important aux côtés d'Annie Girardot. D'emblée, son style, son charisme mais surtout son caractère exigeant conquièrent les étudiants.

Grâce à son incroyable vitalité, Parallax peut désormais compter sur un directeur d'acteurs innovant. Le duo Berckmans-Soreil a vraiment fait décoller l'entreprise.

 

 

 

À SUIVRE