Vers huit ans déjà, j'étais fasciné par la magie du rideau qui s'entrouvre, des lumières qui s'éteignent peu à peu, de la musique qui démarre sur les premières images du film. J'ai écumé tous les cinémas de la ville de Bruxelles et de ses dix-sept communes. J'ai vu jusqu'à quatre à cinq films par semaine, parfois deux par jour. Quasi toujours derrière le dos de mes parents. Je garde une profonde nostalgie de ces vieilles salles à jamais disparues et converties aujourd'hui en garage, en magasins de meubles ou encore en supermarchés.
Comme Eddy Mitchell, j'ai souvent été de ceux qui ont assisté à leurs dernières séances : Victory, Variétés, Plaza, Etoile, Astor, Caméo, Colisée, Scala, Marivaux, Cinéac, Century, Savoy, Mirano, Nova, Metropole, Marignan, Pathé Marivaux, Pathé Palace, et tant d'autres.
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De nos jours, alors que mes enfants, devenus grands, ne connaissent Vadim, Jean-Luc Godard, Françoise Truffaut, Chabrol ou Hitchock que de nom et que mes petits enfants répugnent à regarder un film en noir et blanc, je me prends à soupirer et à me dire que j'ai eu beaucoup plus de chance qu'eux.
Comment leur faire comprendre aujourd'hui mon délicieux sentiment d'excitation, lorsqu'assis dans la salle de cinéma, j'attendais le lever du rideau pour enfin voir ces films aux titres évocateurs ou provocateurs ? A bout de souffle , L'eau à la bouche , les Tricheurs , Et Dieu créa la femme , Les quatre cent coups, Terrain vague, Jules et Jim , Les Cousins ?
Comment leur faire partager mon émoi, lorsque le coeur haletant, je découvrais sur la toile blanche le réveil d'une jeunesse nouvelle vague ? Que j'assistais en direct à la fin d'une époque, qui jusque là, avait été plutôt terne pour l'adolescent que j'étais ? Que la sexualité et l'évolution des mœurs permettaient enfin d'apercevoir un sein ou une courbe amène ?
UNE ÉPOQUE À JAMAIS RÉVOLUE ?
Aujourd'hui, les enfants du nouveau siècle, non seulement ne connaissent pas l' A bout de souffle de Godard mais ne retiennent que la performance médiocre de Richard Gere dans son remake américain. Pire, lorsque je me hasarde à leur proposer la version originale, ils prennent une mine à la fois déconfite et amusée en me regardant sans doute comme un vieux ringard.
Alors ou je me dis qu'il n'y a plus rien à faire et que la jeune génération ne s'intéressera jamais plus qu'aux films qui datent de moins de dix ou quinze ans. Que leur Godard et Truffaut à eux se nomment désormais Spielberg ou Lucas ? Ou alors je garde un léger espoir qu'un jour elle ira voir les « vieux films des années 60 » comme nous allions au Musée du Cinéma pour découvrir Méliès, Griffith, Abel Gance ou Eisenstein.
Il est vrai que pour ceux qui ont quatorze ans aujourd'hui l'Histoire du Cinéma compte maintenant plus de cent années; alors que lorsque j'avais leur âge, le cinéma n'était vieux que de soixante ans. |