GRAVÉ DANS LE ROCK
Intégral inédit du second ouvrage de © Piero Kenroll
CHAPITRE UN
C R A V A T E

Piero - fin 1968
Est-ce que je mets une cravate ?
Tout le problème est là. Déjà que j’ai les cheveux longs. Ce n’est pas encore bien vu par tout le monde. Mais je suppose qu’on s’y attend. Pour un boulot qui touche au spectacle, aux artistes, etc. on ne prévoit pas l’arrivée d’un gars avec une coupe militaire… Mais la cravate…
Depuis quelque temps, elle est devenue symbole de conformisme, si pas de licou par lequel la société tient ses moutons en laisse. Alors, pour nous autres, rockers, hippies, mods et autres tribus de jeunes plus ou moins rebelles, ça craint.
Bon. J’avoue. J’en ai une. Elle est noire, en tricot, avec un nœud tout fait et un élastique qui s’attache sous le col. Je l’ai achetée pour assister à un enterrement et depuis, je m’en sers pour les cas difficiles. Celui-ci en est un. Je suis en train de m’habiller pour me présenter aux Editions Dupuis, pour un boulot de… journaliste ! Oui. Rien que ça. Journaliste …
Déjà, tout gosse, je rêvais d’être « reporter comme Tintin ». Puis, à l’école, je me suis mis à bricoler des petits journaux. |
On ne disait pas encore fanzine. Il y a d’abord eu, évidemment, Le cahier des amis de Tintin. Puis Le journal des jeunes cyclistes, Les belles images de la nature (illustré par les chromos qu’on trouvait autour des bâtons de chocolat), Les mystères du ciel et finalement, lorsque j’étais dans ma période fusées – astronomie - science-fiction, Les gars de l’espace. Le « tirage » dépassait rarement l’exemplaire unique, mais le but n’était pas le succès ; plutôt le plaisir de faire.
Car, en plus, j’aimais écrire. J’étais « bon en français ». Rédaction, dissertation, élocution étaient mes points forts. Cependant, à la fin de mes humanités, j’étais devenu plus réaliste quant aux possibilités d’une carrière dans la presse. Fallait faire des études supérieures. Ma mère n’avait pas de quoi les payer.
Je débutai donc la vie active avec un petit boulot. Manuel. Je ne réalisais pas bien ce que cela pouvait avoir comme conséquences sociales. Travailler, c’était travailler. Que ce soit avec un tournevis ou une machine à écrire. Du moment que je gagnais assez d’argent pour pouvoir me payer des disques. C’était cela qui était important.
|
Ah, les disques ! La musique ! Le rock ! Ma passion. J’avais été converti par Elvis Presley, transformé par le « Shout » des Isley Brothers. Roy Orbison m’avait aidé dans les moments difficiles. Les Beatles m’avaient ouvert l’esprit, les Animals bouleversé et j’avais frôlé la révélation métaphysique en voyant Pete Townshend du Who se servir de sa guitare comme d’un violon, d’un pied de micro comme archet, avant qu’il n’envoie tout ça en l’air et se le reprenne sur le coin du crâne.
J’étais devenu l’un des dirigeants d’un club de rockers. Nous nous appelions les Aigles (1). J’avais le logo du club cousu au dos de mon blouson. Les passants changeaient de trottoir en nous voyant. On nous jetait à la porte des établissements publics… Alors, vraiment… une cravate !
|
 |
Je me regarde une dernière fois dans le miroir. J’ai vingt-quatre ans ; l’âge de John Lennon lorsque les Beatles sont devenus célèbres. En cette fin 1968, les pantalons ont la taille basse, une coupe droite. Les chemises sont bariolées, les blousons cintrés et courts. Mes cheveux sont un rien plus longs que la moyenne c’est vrai, mais nous ne sommes plus en ‘64 lorsque la simple frange des Beatles scandalisait le monde, ni en ‘66 quand un journal posait froidement la question qui provoquait la consternation dans les ménages : « Parents, laisseriez-vous votre fille épouser un Rolling Stone ? ».
Toutefois je sais aussi que, pour encore bien des gens, l’habit fait le moine. Alors : être bien vu par le type qui pourrait me la donner cette place de journaliste, est-ce que ça ne vaut pas une cravate ?
C’est que ce n’est pas rien comme boîte, les Editions Dupuis. Spirou c’est eux. Moi qui ai toujours été un inconditionnel de Tintin, j’ai un peu l’impression de trahir mon clan et j’ai un problème de conscience. Pendant trois secondes. Un des plus gros tirages de la presse féminine, Bonnes soirées, c’est aussi les Editions Dupuis. Rebedoes le Spirou flamand, Mimosa et Humo c’est toujours Dupuis.
C’est d’ailleurs à cause d’un petit article dans Humo, gros tirage en Flandres, que j’en suis arrivé là. Un copain y avait lu que l’équivalent francophone, Le Moustique, aurait bien besoin d’un « journaliste pop qui s’y connaisse » . J’avais déjà été publié dans le mensuel Juke Box et même dans un magazine spécialisé français : Disco Revue. Alors j’ai envoyé une belle lettre pour proposer mes services. Ma tête lorsque j’ai reçu une réponse ! Je m’attendais à « Merci, c’est bien aimable, mais… ». Au lieu de ça, on me convoquait !
Zut pour la cravate ! Je ne vais pas me forcer. Je vais être moi-même. On commence par une petite concession et on se retrouve à lécher des bottes en moins de temps qu’il n’en faut à Nancy Sinatra pour en enfiler (2). Après tout, c’est peut-être ce qu’ils aiment chez Moustique : un gars qui est droit dans les siennes (3).
Pas mal comme magazine. C’est l’hebdomadaire de télévision par excellence. Il donne les programmes des neuf chaînes que l’on peut capter en Belgique.
|
Mais ce n’est pas tout. Il y en a pour tous les goûts dans ses pages. Cela va du portrait de Mireille Darc par François Chalais aux confidences de l’assassin du docteur Mengele en passant par un reportage sur les premiers greffés du cœur. Il y a encore les programmes radio, des pages de roman, le courrier juridique, le courrier de Luc Varenne (4), la critique télé de Maurice Simon (5) et le Mini-Moustique par Claude Delacroix.
Toute la famille y trouve son compte. Enfin presque. Parce que côté jeunes c’est timide. Alors qu’Humo fait un tabac auprès des teenagers flamands avec ses pages T.T.T., ce que rédige Delacroix porte bien son titre… C’est « mini ». Rien à reprocher à cet homme de radio: il se fait ainsi un petit à côté qui doit soigner sa popularité et arrondir ses fins de mois. Il ne se débrouille pas mal. Mais on sent que cette rubrique n’est pas sa première motivation. Karel Anthierens, directeur de publications chez Dupuis, cherche autre chose. C’est pour cela que me voilà devant lui.
Ce grand type maigre au visage osseux entouré d’une petite barbe me fixe d’un regard d’acier. Il ressemble un peu à Richelieu, à moins que ce ne soit au duc d’Albe dessiné par Vandersteen dans Le fantôme espagnol. Ou pire : à mon ancien prof de néerlandais.
- Justement, observe-t-il dans la conversation qui suit l’étalage de mes qualifications ( Je sais écrire, taper à la machine et danser le rock), un journaliste doit être bilingue.
- Pas de problème je connais aussi l’anglais.
- Très drôle. Mais le flamand ?
- Awel, ik kan Nederlands verstand en een beetje schrijven. Genoeg ve m’n plan te trekken (6).
C’est un savant mélange de ce que j’ai appris à l’école et avec les voyous de la bande du parc (7), mais ça déclenche un début de sourire au coin de sa barbiche.
- Bon, vous allez vous rendre chez le chef du personnel pour qu’il vous rédige un contrat d’essai de trois mois.
- Glops !
- Wableef ? (8)
-Non rien. Merci m’sieur. |
 |
Le chef du personnel, Monsieur Duray, est très chef. La cinquantaine élégante, il me regarde avec un air qui semble me reprocher de ne pas porter de cravate. Mais, surprise, il a lu les copies de mes articles parus dans Juke Box que j’avais envoyées avec la lettre proposant mes services. Il s’étonne que ça manque un peu de fantaisie pour un jeune. C’est vrai que je prenais ça très au sérieux, moi.
- Enfin, concède-t-il, je vous engage, et j’espère que vous ne vous laisserez pas séduire par le laisser-aller vestimentaire qui règne dans cette maison.
Il a un regard inquisiteur sur mes longs tifs…
- Vous êtes marié, fiancé ?
Compris. Il est de ceux qui soupçonnent tout mâle dont la coiffure s’éloigne de la coupe militaire d’être pédé.
- Non, Mais j’ai une petite amie…
Sourire de satisfaction. Regard paternel. Allez en paix mon fils. Ou presque.
|
Je sors du bâtiment massif de style fin de XIXe siècle qui occupe le 97 rue de Livourne au coin de la rue Janson. Je marche quelques centimètres au-dessus du trottoir. Je commence à réaliser. Mon boulot d’ouvrier, l’atelier, les installations de fontaines, les montages de stands dans des foires commerciales, les engueulades pour des bêtises, les heures supplémentaires lorsqu’un client s’attarde alors que les copains m’attendent… Tout cela va être fini.
Journaliste ! Je vais être journaliste. Et pas pour traiter de n’importe quoi. Pour me consacrer à ma passion, le rock, la pop-music.
|
Ecrire, un plaisir, va devenir mon métier.
Dans le tram 94 qui me reconduit rue de la Croix de Fer où j’occupe un deux pièces pour le moment, la brave dame assise en face de moi doit se demander pourquoi je me cache les yeux dans les mains. C’est l’émotion. Je me rends compte que ma vie va changer. Radicalement. Je pleure et je souris en même temps…
Le sourire domine. C’est le bonheur. Pensez ; je gagnais sept mille francs par mois (9) jusqu’à présent. Dupuis m’offre presque le double ! Qu’est-ce que je vais pouvoir me payer comme disques ! |

Electric Ladyland |
Les disques… Nous sommes donc fin 1968 et les Beatles viennent de sortir leur double album à pochette blanche intitulé tout simplement « The Beatles ». Un nouveau chef d’œuvre et la meilleure manière de renchérir sur la richesse et la complexité de leur « Sergeant’s Pepper Lonely Hearts Club Band ». Chaque exemplaire du « double blanc » est numéroté. On ne sait pas encore que les numéros 00001 à 10000 vaudront un jour des fortunes pour les collectionneurs.
Le 30 janvier les Beatles ont donné un concert sur le toit du bâtiment de leur firme de disque, Apple. On ne sait pas encore que c’était la toute dernière fois qu’ils jouaient ensemble en public. Les Stones en sont à « Beggar’s Banquet » un album où figure « Sympathy For The Devil » sans doute une de leurs cinq meilleures compositions. Jimi Hendrix fait scandale avec dix-neuf femmes nues sur la pochette de son « Electric Ladyland ». J’ai été forcé d’acheter ce double album par correspondance en Angleterre. La firme française qui le distribue en Belgique ayant carrément remplacé l’illustration originale par quelque chose de plus «sage» : une main (qui n’est même pas celle d’Hendrix).
Commander des disques en Angleterre est d’ailleurs très pratique. Car ils mettent souvent longtemps avant d’arriver chez nos disquaires. Grâce à une firme spécialisée dont j’ai trouvé l’adresse dans le New Musical Express, hebdomadaire british auquel je suis abonné, je les reçois cinq jours après commande et ça me revient moins cher ! Mais il faut souvent acheter les oreilles fermées car les plages de long-playings passent rarement à la radio. Que ce soit sur Luxemburg 208, Caroline ou Radio London, mes stations préférées. Pour les albums, je dois donc faire confiance aux critiques du N.M.E. ou …à mon flair.
Pour les singles, c’est un peu plus facile. Là, on les entend même parfois sur Europe 1 dont j’écoute le Pop Club certains soirs et même à la R.T.B.. Dans certains cas extraordinaires, il y en a même qui deviennent de grands hits en Belgique. C’est le cas en janvier 1969 avec « Eloïse » par Barry Ryan.
Lorsque le 19 février 1969, paré d’une cravate toute neuve, je franchis pour la première fois la porte de la rédaction de Moustique-Télé, Barry Ryan est devenu un phénomène international et son « Love Is Love » semble devoir confirmer son succès.
Les autres hits du moment sont « Ob-La-Di, Ob-La-Da » par les Beatles, « Hey Jude » par Wilson Pickett, « Going Up The Country » par Canned Heat, « Race With The Devil » par Gun mais aussi « Casatschok » (une danse folklorique à la Russe) par Dimitri Dourakine et des trucs yéyés du genre « Ma bonne étoile » par Joe Dassin, « Les ballons » par Richard Anthony, « Reste » par Claude François etc.
En couverture du magazine, il y a Max-la-menace… |

The Beatles |

Beggar's Banquet |
Fort intimidé par le fait de pénétrer, moi pauvre mortel, modeste ouvrier, disc-jockey raté, voyou de Helmet sans diplôme d’études supérieures, dans le sein des saints de la rédaction d’un hebdomadaire d’importance nationale, j’essaie de me faire le plus discret possible. Quelle horreur : à chacun de mes pas le parquet craque comme le gréement d’un trois mats. Faut dire que le local ne paie pas de mine. Il me rappelle même ceux de la gendarmerie où je suis passé quand j’ai eu des ennuis avec les Aigles (10) : murs de couleur pâle incertaine, armoires métalliques grises et trois bureaux en métal gris sombre également.
Mais si Willy Waltenier est le rédacteur en chef, il n’est pas « chef » pour un sou, lui. Souriant, sympathique, il s’amuse d’un rien. Surtout de mon air paniqué. Il me présente aux membres de l’équipe présents.
Les journalistes : un monsieur d’une quarantaine d’années, Albert Despreschins,un jeune Français qui a paraît-il été engagé trois mois avant moi, André Viollier.
La secrétaire : Ghislaine Thielen, une dynamique et souriante jeune femme qui ressemble, en plus mignonne, à Marion, vedette actuelle de la télé.
De l’autre côté du couloir il y a un autre local ou un gars
|
Willy Waltenier
nommé Alain De Kuyssche est chargé de la rédaction des programmes de télé et de radio. C’est tout ? Pour réaliser un magazine de cette importance ? J’apprends qu’il y a d’autres services dans le bâtiment : une équipe de mise en page, la documentation, la comptabilité, la propagande (c’est comme-ça qu’on appelle la publicité ici) mais ils travaillent aussi pour les autres titres (Bonnes Soirées, Spirou, Humo etc.) de la maison.
|
 |
On me trouve un bureau. Avec juste assez de la place pour y poser une grosse machine à écrire noire d’une quarantaine de centimètres de haut dont le clavier ressemble au grand escalier d’un music-hall. Minuscule ce bureau. Mais puisque je suis là pour m’occuper des pages qualifiées de « mini » Moustique, c’est plutôt proportionnel, non ?… Je reçois un ruban tout neuf pour la machine. Du papier calibré. Ici tout s’écrit en feuillet de 60 signes ou espacements, sur 25 lignes. Il est prudent de garder un double. Alors papier carbone. Puis au boulot !
Je ne tape pas vraiment très vite à la machine. Je le fais à deux doigts. Mais il y a pire que moi dans la profession semble-t-il. Ainsi cet important journaliste français, François Chalais, auquel Waltenier m’explique avoir acheté une interview de Mireille Mathieu, l’a envoyée sur une vingtaine de pages manuscrites.
- Comme exercice, si tu retapais ça ? |
Je me lance. Tac….. Tac….. Tac….. Tac….. Tac…. Une touche par seconde ? Et il faut y mettre de la force. Le mécanisme de l’engin doit dater des années quarante. Mais petit à petit le rythme s’accélère. Quelques jours me suffiront pour atteindre le tac tacatac tsoin tsoin.
En attendant, mon travail est interrompu par l’entrée d’un géant dans la pièce. Il a une tête carrée qui me rappelle celle de Frankenstein sans les boulons, un menton en galoche et des cheveux noirs, coupés en brosse. Sans mot dire, il s’installe au bureau resté vide près de fenêtre. Je suppose qu’il s’agit d’un autre journaliste et comme nous sommes seuls à ce moment je crois bien faire en me présentant.
- Bonjour ! Je m’appelle Pierre Vermandel. Je suis à l’essai pour trois mois. |
Pas de réponse. Le gars m’ignore et commence, lui aussi, à taper à la machine. Je vais apprendre qu’il s’appelle Jacques Bouillon. Il est journaliste, talentueux, mais ses comportements déroutants auraient, paraît-il, terrorisé plus d’une personne qu’il était chargé d’interviewer. Bref. Un cas. J’ignore encore qu’il n’est que le premier exemple des innombrables demi-dingues, mythomanes, complexés, caractériels, obsédés sexuels, poivrots, torturés, frustrés, et originaux que je vais voir défiler au cours des années à la rédaction.
Évidemment, l’un ou l’autre de ces qualificatifs pouvant aussi me convenir, je suppose que je n’ai pas dépareillé ce surprenant échantillonnage humain, mais pour le moment, tout de même, c’est le choc. Les journalistes ne sont-ils donc pas tous les gens ouverts, communicatifs, curieux et avenants que je m’attendais à rencontrer ?
Ben non. |
De quel espace vais-je disposer dans Moustique-Télé pour faire mes preuves ? Cinq pages. Mais l’une d’elle est un « poster » (enfin ils appellent comme ça une photo en couleurs pleine page). Elle est commune, pour des raisons techniques, avec Humo. Ce sont les Flamands qui choisissent la vedette ainsi honorée. Côté positif : il ne s’y étalera sans doute jamais la bobine d’une de ces vedettes yéyé que je méprise (11).
Côté négatif : ça ne me laisse que quatre pages. Mais l’une d’elle est consacrée à l’un des deux hit-parades qui y alternent… Une semaine c’est le Hit-parade des disquaires, basé sur des cartes réponses que renvoient des disquaires en échange de se voir citer comme participants, l’autre semaine c’est le Hit-parade des écoles pour lequel ce sont des jeunes lecteurs qui votent grâce à d’autres cartes réponses. Et tous ont leur nom mentionné. Ce qui me laisse trois pages. Mais l’une d’elle est réservée aux Chansons de la semaine. Les paroles de trois succès du moment. Restent deux pages, donc. Faudra faire avec ! De toutes façons, ce sera bien plus que je n’ai jamais disposé dans Juke Box (12).
L’information ? J’irai la puiser dans le New Musical Express et le Melody Maker, ces hebdomadaires musicaux britanniques. Les éditions Dupuis ont un contrat avec eux pour la reprise de nouvelles et d’articles. Je peux résilier mes abonnements personnels, j’apprends que je recevrai le N.M.E. et le Melody Maker avant tout le monde, chaque semaine, à la rédaction. Chouette.
Alors, allons-y... Adieu les Maxi-potins de Claude Delacroix, je trouve un nouveau titre pour la rubrique : |
POP-HOT ET POP-HITS. Le jeu de mot popote est censé annoncer la couleur : on ne va pas se prendre au sérieux. Mais je sais que je vais devoir y aller mollo au début. Pas question de m’en prendre directement aux yéyés qui trônent encore en bonnes places dans nos hit-parades, preuve que les lecteurs s’y intéressent. Il va falloir jouer serré. Je suis engagé à l’essai pour trois mois. Trois mois pour avoir le succès suffisant pour qu’on me garde. Or, Moustique-Télé est un hebdomadaire de télévision…et de un. C’est un magazine familial dans une maison d’édition émanant de la bourgeoisie catholique… et de deux. Jusqu’à présent le Mini-Moustique était surtout consacré à la variété en général et aux yéyés en particulier… et de trois. J’arrive là-dedans comme le loup dans la bergerie. On a beau être en 1969, la majorité de la population est encore convaincue que ceux qui écoutent des groupes pop et portent les cheveux longs sont dégénérés, drogués, pédés, pervers ou pire.
Et c’est cette majorité qui fournit le gros des lecteurs du magazine. Donc, plutôt que de débouler tous crocs dehors, le loup se déguisera d’abord en teckel à poil ras. Les lecteurs sont habitués à ce qu’on leur débite des banalités sur Richard Anthony, Johnny Hallyday, Claude François et autres imposteurs. Je vais continuer à le faire. Mais,à côté, mettant en sourdine mes allergies à tout ce qui est plagiat, je vais aussi clamer mon enthousiasme pour les originaux, les créateurs. Mon métier devient l’information non ? Et bien, tous ceux qui ignoraient qu’il existe autre chose que ce que matraquent les radios francophones vont être informés, faites-moi confiance. Je m’en vais te les initier, moi, tu vas voir !
|
|