Piero Kenroll : Mon premier livre, paru en 2004, s'intitulait Cœur de rock. Il racontait la découverte du rock par un gamin des fifties et le parcours, durant les sixties, d'un ado comme les autres, à cela près qu'il était passionné par cette musique. Il décrivait une période, il retraçait les premiers balbutiements du rock en Belgique et pimentait cela d'anecdotes personnelles. La musique, le tableau d'époque et le cœur... Cela n'a pas trop mal été reçu. J'ai même été bombardé « Meilleur auteur rock de l'année 2005 » par le magazine français Crossroads ! J'en suis encore tout glaglagla.
Nombreux sont ceux qui, à cette occasion, m'ont confié « Maintenant, ce qu'il faudrait c'est que tu racontes ce qui s'est passé durant la période où tu t'occupais de la rubrique rock à Télé Moustique. A quand un Cœur de rock 2 ? ».
J'étais déjà réticent. Je ne voyais pas tellement ce qu'il y avait d'amusant à ressortir des faits qui non seulement ont été souvent racontés par d'autres, mais au sujet desquels j'avais fait mon boulot en leur temps. « Boulot » est le mot. Je suis resté passionné par la musique, mais durant les douze années (de 1969 à 1981) où j'ai été payé comme « journaliste » pour en couvrir l'actualité, mon parcours personnel était passionnant de par les événements que je vivais, mais bien moins pittoresque sur le plan intime que ce que j'ai raconté dans Cœur de rock. Je « boulottais ».
Cependant ... Je me suis dit que j'avais une dette envers tout ceux qui m'ont confié « J'ai découvert le rock grâce à toi et j'achetais tous les disques que tu conseillais ». Ouiche ! Quelle responsabilité ! Combien de fois ne me suis-je pas planté ? Et puis, vous là, qui m'avez lu alors, et m'avez lu dans Cœur de rock, j'aurais aimé vous remercier.
Alors je m'y suis mis. Pour faire plaisir. Du moins j'espérais. Puis les résultats concrets des ventes de Cœur de rock ont commencé à arriver... Finalement il y aurait eu un peu plus de neuf cent exemplaires vendus. Sympa, mais peu encourageant par rapport au boulot qu'un livre représente. Le fric ? Faut pas rigoler. Après impôts il me restait cinq cents euros sur ce que m'a versé l'éditeur. Et j'étais occupé à un travail bien plus fastidieux que pour mon premier bouquin. Je me suis vite rendu compte que « ça n'irait pas » en un seul tome. Malgré tout je me suis cramponné. Durant des mois. J'ai terminé le tome 1. Je l'ai remis à mon éditeur et... n'en ai plus entendu parler.
Parallèlement je me rendais compte que le public intéressé par la période où j'ai officié comme « rock critic » était de moins en moins nombreux. |
Alors je me suis fait une raison. J'ai arrêté. Trop de boulot pour peu de perspectives.
Il n'est pas exclu que l'envie de terminer le tome 2 me revienne un jour. Cela dépendra sans doute un peu de vos réactions à cette mise en ligne du 1.
En publiant gratuitement le fruit de mes efforts j'espère payer ma dette envers mes « fidèles ».
Mais j'insiste encore : ce n'est pas Cœur de rock 2. Ce n'est pas une « suite ». Chronologiquement, bien sûr, c'est juste après que ça se passe. Mais l'esprit n'est pas le même. Le côté personnel et la description de la vie quotidienne des années traversées sont relégués au minimum. Je raconte un peu mes débuts comme « journaliste », mais je m'attache surtout à rappeler des faits et des anecdotes que, je l'espère, vous aurez plaisir à vous remémorer, ou, pour les plus jeunes, à découvrir. Attention ! Ma mémoire n'est pas parfaite. Mon « disque dur » cérébral est un peu encombré.
Heureusement, les archives de la rubrique dont j'étais le responsable pouvaient, aux dernières nouvelles, toujours être consultées à au service de documentation de la dernière société qui a racheté Télé Moustique. Moi, pour la facilité, j'ai eu la chance de bénéficier de l'aide d'un fidèle lecteur qui a mis à ma disposition toutes « mes » pages qu'il avait soigneusement conservées dans des classeurs. Merci Pedro !
J'ai pu y puiser à volonté et j'ai même repris des passages ou des articles entiers tels qu'ils avaient été écrits à l'époque (1). Ils sont, en général, en italique pour que le lecteur puisse les repérer facilement.
Côté pratique, j'ai un peu aménagé. Par exemple : à l'époque, on parlait « du » rock, « du » blues, « du » jazz, etc. et, étant l'un des premiers à traiter de pop-music en français, j'avais opté pour « du » pop. Aujourd'hui tout le monde dit « de la » pop. Je n'en fais pas une frustration et je m'adapte.
A l'époque aussi, on se servait de machines à écrire mécaniques (oui, même pas électriques !) et le magazine était imprimé en héliogravure. Ajoutez à ça que la plupart des faits évoqués sont gravés dans les mémoires de ceux qui les ont vécus, je ne pouvais pas rater, comme titre, un de ces jeux de mots douteux qui m'obligent à prévenir ceux qui trouvent ça lourdingue qu'ils vont devoir s'accrocher.
(1). Avec quelques petites corrections parfois. Surtout au niveau de la ponctuation. |