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Autant en emporte le rock

(J.N.Coghe)

 

Concerts

 

James Burton au Spirit 26/04/2010

 

Paul Anka Forest National 21/11/2009

 

Cliff Richard Forest National 8/11/2009

 

DVD

 

Dusty Springfield

 

Paul Anka Rock Swings - 2009

 

Cliff Richard Final Reunion - 2009

 

Marty Wilde : 50th Anniversary Concert 2007

 

 

RAYON D V D - ROCK

 

 

DUSTY SPRINGFIELD    

 

ONCE UPON A TIME 1964 - 1969  -  Reelin' in the years 2009

 

Un article de CHRISTIAN NAUWELAERS

 

 

Connaissez-vous l'expression figée «applaudir des deux mains» ? Elle est assez stupide, puisqu'on imagine mal un manchot se livrant à cette activité !

Mais si on abandonne un instant notre sens logique, appliquons cette anomalie de notre langue à ce merveilleux DVD de la très, très grande DUSTY SPRINGFIELD.

 

Cette édition est due à des professionnels américains de haut niveau, ceux de la firme américaine Reelin' In The Years, qui pioche de plus en plus dans le patrimoine audiovisuel européen, pour notre plus grand plaisir.

 

Ce DVD ne comprend que des chansons datant des plus grandes années de gloire de cette immense artiste, dont un Lennon (parmi tant d'autres) était un fan avéré.

 

Après quelques années d'abord assez obscures au sein des Lana Sisters, puis en trio folk avec les Springfields - qui ont assez bien marché, au point de se tailler une petite réputation aux États-Unis - Dusty se réinvente totalement en 1963, côté look (de quelconque, elle se métamorphose soudainement en diva souriante au regard charbonneux qui tue, sous les coiffures blondes évolutives et abondantes) et côté répertoire, résolument pop et rhythm and blues désormais. En novembre, elle devient  une star en solo avec I Only Want To Be With You , le premier tube d'une série impressionnante.

 

Dusty montre toujours une maestria de chanteuse racée, de styliste hors pair, de vocaliste planant au-dessus du lot dans divers genres.

 

Au départ, notamment avec ce premier titre solo précité, elle s'impose dans le genre qu'on pourrait appeler «big ballad», avec des passages casse-gueule qu'elle franchit, dans son interprétation, avec l'aisance d'un petit cabri sautant au-dessus des crevasses les plus profondes. La version d' I Only Want To Be With You présentée ici est tirée de sa toute première TV étrangère: Ontmoeting met Russ Conway (!), à la TV hollandaise,le 23 janvier 1964 (dont on extrait aussi Once Upon A Time ).

On doit ces deux trouvailles au grand spécialiste des archives TV rock bataves, Richard Groothuizen: un gage de sérieux.

 

Les compilateurs n'ont pas ménagé leurs efforts, allant chercher des documents américains. Comme le fameux Ed Sullivan Show et ce Shivaree dont certains d'entre nous, dont votre serviteur, purent se délecter dans les années 60 grâce à une RTB occasionnellement bien inspirée...par feu Nicolas Dor. Le DVD recèle même des passages... australiens ! Le Bandstand de là-bas, réplique évidente du fameux American Bandstand américain de Dick Clark.

 

Certains morceaux sont interprétés en live, comme à l'occasion de deux NME Poll Winners Concerts , de 1965 et 1966. Lors de ce dernier, elle démontre son talent multiforme avec deux morceaux de bravoure, aussi éloignés que possible sur le plan stylistique: You Don't Have To Say You Love Me , une ballade transalpine lyrique et passionnée à l'origine, magistralement reprise aussi par le King Elvis. Et juste après, sa lecture de Shake , de Sam Cooke! Le grand écart, et la grande classe.

 

À ce propos (Dusty et la soul), je m'inscris un peu en faux contre cette assertion souvent répétée selon laquelle Dusty était une négresse blanche, avait une voix noire, etc.

 

 

Pas vraiment... Le grain de sa voix ne l'était pas, même si elle fait montre d'une aisance totale dans ses excursions nombreuses dans la musique populaire noire. Pour les aspects négroïdes chez certaines chanteuses anglaises, il faut plutôt se tourner vers un autre phénomène contemporain de Dusty: Julie Driscoll, notamment. Dusty est avant tout une artiste dont le style scénique hiératique et théâtral (dans les ballades s'entend),et la tessiture large et vibrante, la ramènent à une lignée de divas italiennes notamment. Dont elle s'échappe avec entrain dès que la transe du rhythm and blues la saisit au cours de son spectacle !

 

Les capacités de Dusty Springfield constituent un matériel de base somptueux, un talent inné au-dessus de la mêlée dont elle a fait le meilleur usage, alors qu'elle souffrait de complexes d'infériorité totalement injustifiés.

 

Son perfectionnisme, en studio notamment, en faisait une artiste responsable et largement autonome, qui donna plus de crédit qu'ils n'en méritaient à ses producteurs, par pure gentillesse et par refus des conflits.

 

Dusty était bouleversante, inégalable des ongles des orteils à la pointe des faux cils.

 

Sur la jaquette, on peut constater que la jeune Dusty et sa petite robe blanche a probablement inspiré une certaine... Sylvie Vartan, qui se produisait souvent dans ce genre d'atours en 1964, notamment à l'Olympia ! On précisera (est-ce bien utile ?) que la comparaison s'arrête strictement là, même avec une vraie sympathie pour l'idole française d'origine bulgare. Oui, on ajoutera ici que Dusty a même un peu enregistré... en français, sans que cela porte à conséquence.

 

 

Melody Maker 1963

 

Certaines personnalités sont interrogées au sujet de la grande star disparue: Burt Bacharach, la chanteuse et choriste noire Madeline Bell, qui a également travaillé tant avec les Stones qu'avec... Johnny Hallyday, et Simon Bell (aucun rapport avec Madeline, et lui est blanc). En 1968, Dusty se lance dans la soul ou plus exactement la country soul, avec entre autres Son Of A Preacher Man (d'Aretha), ici à l'Ed Sullivan Show.

 

Les passages les moins anciens sont en couleur. Un bonus intéressant est son duo avec ce compositeur qui compta tant pour elle: Burt Bacharach (au piano), dans A House Is Not A Home, que l'on connaît bien par Dionne Warwick.

Contrairement à ce qu'on peut lire sur le web, ce n'est pas extrait du show Another Evening with Burt Bacharach , mais bien de Burt Is Back (29 juillet 1970 sur la NBC).

Toutes les chansons sont complètes, la qualité technique est irréprochable.

 

Et un joli livret présente une biographie, de nombreuses illustrations d'époque et les détails complets de provenance (dates exactes incluses) de toutes ces merveilles.

Une réalisation du type de celles qui font le bonheur d'amateurs que j'espère innombrables. Bravo, mille bravos...Une exclamation d'origine italienne !

                                                                                               

New Musical Express 1963

Le coin du spécialiste

 

Une des plus belles créations des années soixante, dans le plus pur style Dusty en «big balladeer» mais non par elle, renforce ma thèse selon laquelle l'Italie fut pour elle une source d'inspiration stylistique aussi importante que les reines du soul et du rhythm and blues. Au fait, par «big balladeer», je veux dire: chanteuse à voix, lyrique, ce qui est le contraire de beugler... (Pas de noms, il y en a trop !)

 

Cette perle méconnue, écrite par Boris Bergman et composée par Armando Trovajoli, est parue originellement en 1969 sur RCA Italie. 

 

Elle s'appelle Anyone. Elle est créée de façon stupéfiante, avec une force de conviction, une assurance incroyables - comme Dusty au plus haut d'un crescendo redoutable - par... Sophia Loren, aussi époustouflante derrière un micro que sur les écrans du monde entier.

 

 

Que ceux qui me prennent pour un fou tentent de découvrir ce joyau «à la Springfield» !

 

 

 

CLIFF AND THE SHADOWS 

THE FINAL REUNION   Eagle Vision 2009

 

Un article de CHRISTIAN NAUWELAERS

 

 
THE YOUNG ONES POUR TOUJOURS

 

En 2008, on a commencé à célébrer le quinquennat de Sir Cliff Richard dans le show-business. Au coeur de cet anniversaire multiforme (album, tournée, biographie à succès), s'est imposée l'idée qu'une reformation finale du champion des hit-parades et de son groupe aussi séminal que mythique : les Shadows, devrait drainer les foules.

Le résultat a dépassé les prévisions les plus optimistes. Un succès éclatant, partout, qui a commencé le 19 septembre 2009 à Killarney, en Irlande. Il se prolonge encore en 2010, jusqu'en Afrique du Sud (en mars 2010), où ces stars déchaînaient des scènes d'adulation dignes de la Beatlemania dès mars 1961.

 

Même si certains continueront, encore et toujours, à évoquer sans rire, mais parfois avec des ricanements

totalement à côté de la plaque, le caractère strictement (prétendument et faussement) insulaire de la popularité de la plus grande star britannique du rock avant les Beatles. Et qui a réussi à demeurer une véritable idole, en empruntant de nombreux chemins de traverse sur lesquels on est libre de le suivre ou pas, au-delà des Shadows.En ce qui concerne cette tournée d'anthologie, celles et ceux qui ont vu Cliff et les Shadows (comme votre serviteur, plus que ravi, à Forest National le 8 novembre), pourront revivre ces moments exceptionnels. Et les absents, eux, auront un peu moins tort grâce à ce DVD indispensable The Final Reunion, un des trois shows de fin septembre 2009 à l'Arena 02 de Londres, devant quinze mille personnes. Un lieu où ils ne s'étaient jamais produits auparavant.

 

UN DISCRET TRIOMPHE

 

Alors que l'année musicale 2009 aura été marquée par deux événements du type «blockbuster»: la mort de Michael Jackson, et les chutes du Niagara médiatiques qui ont suivi; et heureusement ensuite l'opération «999» autour des Beatles en septembre 2009, qui a montré la caractère indestructible voire éternel de leur influence et de leur gloire - on ne s'en plaindra pas - la réunion de Cliff et des Shadows s'est déroulée curieusement, quant au retentissement qu'elle a engendré.

 

Étonnamment, tout s'est passé, autour de cette tournée pourtant nostalgique, comme si les temps nouveaux de l'information se manifestaient pleinement ici, de manière aussi inattendue que paradoxale.

Dans son ensemble, la presse musicale et généraliste chez nous n'a guère suivi; à quelques rares exceptions près. D'autre part, le chanteur et ses musiciens n'ont pas accepté la moindre interview en France ni en Belgique, en dépit des demandes. Georges Lang était pourtant prêt à leur consacrer une émission spéciale sur RTL... No way ! Tout ou presque s'est fait par les vertus du bouche-à-oreille moderne, celui du tout-puissant Net. On a peu entendu leur album Reunited. Quant au DVD dont question ici, il fait partie des meilleures ventes anglaises en 2009...Et lorsque je me suis rendu dans une très grande surface commerciale bruxelloise en décembre, tout le stock venait d'être vendu ! Arrivons-en au fait : qu'est-ce que cela donne, en dehors de toutes les considérations qui précèdent ?

 

LE SHOW

 

 

Le DVD recèle cent trente-sept minutes de pur bonheur. Quelques propos de Bruce Welch, Hank Marvin, Brian Bennett puis Cliff (chacun séparément). Cette équipe est celle qui s'est retrouvée une première fois, sans Cliff à ce moment, en mai 1977 pour une tournée à succès.


Pour cette cavalcade, les Shadows sont accompagnés par le bassiste Mark Griffiths, un compagnon de Cliff dès les années 80 (au départ un guitariste soliste, venu à la basse lorsqu'il a découvert le poignant album de Marvin

Gaye What's Goin' On !), Warren Bennett (le fils de Brian) aux claviers ou à la guitare, et un jeunot: Keith Hayman aux claviers.

Ce dernier est devenu le chef d'orchestre et arrangeur de Cliff en 1996.

 

On bénéficie aussi de scènes de répétition en bonus. La présentation de ce concert est réalisée avec goût, avec cette grande guitare que l'on voit posée à plat sur notre écran, au début, dans une perspective qui fait ressembler le manche à une autoroute ! L'avant-bras de Cliff apparaît, dans son écrin rose (sa veste de rock and roller qu'il est pleinement redevenu), occupé à arranger ses chaussures. Une petite touche presque fétichiste, sur un riff de guitare obsédant qui fait monter la tension comme un divin levain musical...


À Forest, même topo (cette intro); dès les premières secondes la foule a SU qu'il se passerait vraiment quelque chose de spécial, d'unique.

 

La chair de poule...

 

WE SAY YEAH !

 

Et contrairement à ce qu'on imaginait, Cliff et les Shadows - rompant avec les habitudes de l'époque - déboulent ensemble dès le premier titre. Un We Say Yeah, qui ressemble à un rugissant salut de nos amis à des hordes conquises d'avance. Pas de «Salut les copains !», on s'en doute... Celui que l'on a entendu crié par Cliff, à Paris et à Bruxelles ! Côté look, tout est parfait. Cliff reste toujours un «rock and roll juvenile», un Dorian Gray en veste rose, comme le maître Elvis à Memphis en 1955, avec un pantalon noir et une cravate à paillettes.

 

Flashy sans franchir la ligne rouge de l'«over the top», de l'excessif qui plomberait son effet. Les Shadows restent aussi élégants que jamais. Hank et sa Fender Stratocaster rouge, qui demeure un symbole premier de l'explosion européenne de la guitare électrique en Europe, à partir de 1960 et Apache.
Il a neigé sur la chevelure toujours aussi drue et touffue d'un Bruce plus souriant que jamais.
De celui à qui les jeunes filles trouvaient jadis une certaine ressemblance avec Kirk Douglas, il émane toujours un charme ravageur, et une grande énergie.

 

Dès le second morceau In The Country, les choeurs des Shadows, qui donnent la réplique à Cliff, rappellent à quel point ils ont toujours été un groupe VOCAL hors pair, un peu victime de la manie des étiquettes dont le monde médiatique ne s'est jamais départi, ni alors ni aujourd'hui.  Quand cessera-t-on d'évoquer purement et simplement, pour solde de tout compte (réducteur) «le groupe instrumental des Shadows» ?


On fond littéralement ensuite, à l'écoute de l'intro de Hank, si vibrante et mélodieuse, pour le slow A Voice In The Wilderness. On a dit à juste titre qu'Hank Marvin est l'homme qui fait chanter sa guitare. On s'en aperçoit à maintes reprises lors de ce concert. La voix de Cliff est chaude, bien timbrée et capable de rafales d'énergie lorsque le rock and roll interprété s'y prête, ou l'exige. Il est impeccable, parfait.

Le spectacle compte quatre parties; Cliff et le groupe, les Shadows seuls, puis à nouveau le chanteur, suivi de ses accompagnateurs autonomes, avant un épilogue final qui réunit bien évidemment tout le monde.

 

 

Dans ce premier set, Cliff rappelle qu'il a dû attendre son cinquième 45 tours Living Doll pour obtenir son premier numéro un, qu'il chante dans la foulée.  Un très bon point: le show n'est pas conçu d'une manière linéaire et trop prévisible; on assiste avec grand plaisir à des téléscopages chronologiques.
On avance et on recule dans le temps, comme les doigts d'un guitariste le long du manche.


Après Dancin' Shoes, un titre assez inattendu: ce I'm The Lonely One de 1964, un rock qui n'a pas connu les plus hautes places des charts en pleine Beatlemania, mais que l'artiste présente comme un de ses favoris.
Une surprise, avec Cliff...accompagnant le solo de Hank avec un scat aussi inattendu que brillant ! Un des plus grands moments de ces deux heures qu'on qualifierait presque d'extatiques... Une vraie cerise sur le gâteau. Un clou du spectacle.


L'intro du fameux A Girl Like You n'est pas chantée de manière aussi juvénile que jadis, mais cela passe remarquablement, grâce à sa voix de miel plus adulte. Cliff a des intonations plus modernes, un peu (très très légèrement) «chevrotantes», sans nuance péjorative aucune.
Le contrepoint de Hank est de toute beauté, avec cette guitare qui miaule joyeusement et subtilement, et qui souligne les vocalises de Cliff avec une précision d'horloger.


Et la première partie se termine avec un de leurs morceaux de bravoure depuis toujours: leur version définitive, jamais dépassée de Do You Want To Dance, avec l'introduction imparable de Brian aux drums, et ce solo volcanique, alors que Cliff se lâche, et se déchaîne en ne faisant qu'un avec ses accompagnateurs.


Le TOUCHER de Hank fait encore et toujours toute la différence, et le rend parfaitement irremplaçable, en dépit de ses innombrables imitateurs.
Fin du premier acte donc, et déjà une constatation. «Ça le fait», comme disent nos amis français, lorsqu'ils sont heureux comme votre serviteur, dans de telles (rares) occasions.
Cliff Richard et les Shadows écartent les murs !

 

 
SHADOWS (...TO THE FORE )

 

Le premier passage instrumental sera du même (haut, très haut...) niveau. Shadoogie (et un Shadows Walk au cordeau !), Dance On, etc.


Pour Wonderful Land, Hank explique que cet autre mégatube, après Apache, n'est sorti qu'après l'ajout de toute une partie orchestrale par Norrie Paramor, quelques mois après l'enregistrement de la piste initiale. Elle ne satisfaisait pas nos Anglais perfectionnistes et pros jusqu'au bout des ongles, ou de la baguette ou du médiator, selon le cas.

 

Lors du frénétique The Savage, on peut goûter l'un ou

l'autre glissando de surf sauvage (un genre californien à l'origine, qu'ils n'ont pas bien connu). Et si on regrette un peu l'absence de Jet Harris - fait membre de l'Empire britannique fin décembre 2009 !- ou de Brian Locking à la basse, on ne peut qu'admettre que Mark Griffiths n'a absolument rien à envier à ses devanciers question talent. Il les vaut largement. The right man at the right place, discret et très peu visible, mais diablement efficace.


Sleepwalk, de Santo and Johnny, était la toute première pure ballade instrumentale jamais jouée sur scène par eux, comme le rappelle Hank en introduction. 

 

HIGH CLASS CLIFF
 

Un véritable choc, pour le retour du chanteur: ce rock and roll de 1958, qu'il trouvait autrefois parfaitement raté après Move It : High Class Baby, inaugure la troisième partie !
Avec une veste noire, et une cravate noire à paillettes, il le chante tel qu'il l'aurait voulu pour le 45 tours d'époque, une catastrophe d'après lui.


Sur un rythme un poil moins rapide, et d'autant plus syncopé; avec ce piano qui aurait dû figurer dans l'enregistrement originel, selon les voeux du regretté Ian Samwell, auteur-compositeur de ce rock pourtant de belle facture.

Ce (faux) «vilain petit canard» est donc réhabilité avec une maestria sensationnelle.
Un acmé de vrai et pur rock and roll, celui qui prend aux tripes. Un autre point culminant, pour tout fan de cette musique.

 

Les harmonies vocales de I Could Easily Fall (In Love With You) et les poses chorégraphiques étudiées de Willie and the Hand Jive (Bruce, Hank et Cliff), avec ce Sea Cruise de 2009 jamais enregistré à l'époque prouvent à nouveau l'incroyable versatilité, la richesse musicale surabondante de nos maîtres, qui évoluent avec une forme éblouissante.

 

RETOUR EN ROCK

 

Après trente minutes d'entracte, retour de Cliff pour la suite de ce set vocal. Il arbore une chemise bigarrée, Hank porte une chemise grise (pas un hommage à...Patrick Topaloff !), et Bruce a tombé la veste, qui couvrait une chemise blanche.
C'mon Everybody de Cochran est suivi d'un de ses plus magnifiques morceaux de bravoure. Un autre rock and roll torride et pétaradant, vaguement menaçant aussi, dû au regretté Ian Samwell, si indispensable pour le démarrage de sa carrière: Dynamite !

 

Puis, Lucky Lips précède un beau Travelin' Light, avec Cliff s'emparant d'une guitare sèche. C'est la séquence «unplugged», mais le chanteur se hâte de préciser que si c'était un «unplugged» total, on n'entendrait plus rien ! Les Shadows assurent les choeurs, ce qui à mon sens embellit encore ce tube, joli et un peu minimaliste en 1959.


Petit bond dans le temps avec une de leurs plus remarquables réussites, un air «catchy», entêtant et irrésistible, qui prouve encore l'immense talent vocal (...aussi !) de nos Shadows: Time Drags By, avec une partie d'harmonica de Warren Bennett.

 

Puis vient un hommage de la star britannique à sa grande inspiration, «the one and only King», des mots qui prennent une résonance particulière après le décès surmédiatisé, en 2009, d'un artiste surnommé abusivement «King» (of pop).

 

Et All Shook Up n'a rien à voir avec la version sensuelle et enjouée à la fois du vrai King Presley... En acoustique, dans un registre sensible et laidback. All Shook Up vraiment ? Eh bien oui, nous le sommes aussi, avec un frisson de plus sur nos échines...

 

Cette belle séquence vocale (scindée en deux par l'entracte) se termine par un de ses plus gros tubes, Please Don't Tease, avec le rappel par Cliff d'une anecdote connue : c'est un 45 tours qui était un choix des fans, trop heureux (et heureuses) de débouler dans un auditorium d'EMI pour écouter les nouvelles productions (1960) des rois du rock anglais, et décider du prochain single.

Please Don't Tease se révéla le bon numéro...Un en l'occurrence ! Il faut écouter le peuple !

 
THE SHADOWS SONGBOOK

 

Courte séquence instrumentale, avec l'inévitable Apache (qui délogea Please Don't Tease de la première place des charts anglais !), Foot tapper ajouté en dernière minute à la BO du film Summer Holiday, Atlantis (un peu dans la veine stylistique de Wonderful Land), et un très galvanisant Kon Tiki avec un Shadows Walk impeccable et homologué !

 

UNE FIN EN APOTHÉOSE

 

 

Rapide retour du souriant toujours sex symbol, sans que cet aspect des choses ait jamais constitué sa priorité première, de son propre aveu; ce qui m'autorise à l'écrire ici.
Tout de blanc vêtu, mais avec une chemise un peu bizarre (vaguement ocre... peu importe), il nous livre un I Love You avec des synthés un peu envahissants.
On reste dans le registre ultraromantique avec le slow aussi langoureux que mélancolique The Next Time, le côté crooner lui convenant mieux en 1962 que lorsqu'il reprenait des standards à ses tout débuts, comme sur l'album Cliff Sings.


Hank change de son, comme à l'époque, en empoignant une Burns noire pour l'excellent Don't Talk To Him, suivi du très enlevé On The Beach...Et sur la beach on voit quoi ? Des bachelor boys (je sais c'est facile); on n'échappe pas à Bachelor Boy. Auquel succède un petit laïus particulièrement réjouissant de ce bon Cliff.

 

Il nous dit en substance que si des ballades comme Living Doll, The Next Time et autres ont été de gros succès dont on se souvient...«PEOPLE TEND TO FORGET THAT WE WERE A ROCK AND ROLL BAND» !

 

Ovations tonitruantes alors (comme à Bruxelles), qui saluent l'attaque sauvage et sans merci de Brian et Hank; ensemble, soudés l'un à l'autre par leur son qui crépite, ils lancent des éclairs en introduction de NineTimes Out Of Ten, une autre perle, un joyau absolu

 

 

 

de leur répertoire de rock and rollers. Avec un solo de guitare créatif (la Fender à nouveau), différent de celui de l'original, déjà dû bien sûr à Hank. Et Cliff plus à l'aise que jamais.

 

 

Autre rock and roll, un très bon It'll Be Me, qui ne doit rien stylistiquement à la création originelle d'un autre King, Jerry Lee Lewis,chez Sun. On aurait été heureux d'entendre Cliff rendre un petit hommage à Jerry Lee et Eddie, mais cette éventuelle lacune est vraiment vénielle.
Suit un Visions que l'on n'attendait pas, qui a probablement remplacé un des titres favoris de Cliff Richard: The Day I Met Marie, étrangement absent.


La fin est proche: Cliff nous présente un morceau qu'il prétend avoir toujours chanté depuis sa création en 1958... Move It ! (Il existe l'un ou l'autre show ancien de Cliff et les boys sans Move It...). Curieux de penser qu'aucun des vétérans avec lesquels l'osmose est totale, pour ce premier titre officiel, ne figure sur l'enregistrement original de ce classique !


Une «appropriation» réalisée avec maestria depuis des lustres par les Shadows, avec un Hank qui n'a aucune difficulté pour retrouver l'inspiration d'Ernie Shear, le guitariste de session écossais méconnu qui a contribué puissamment au succès du vrai «premier rock and roll anglais». Sans que tout le monde le sache nécessairement encore... 


Le choix de la fin du spectacle haut en couleur, voire Technicolor, ne pouvait être que l'illustration d'une évidence aveuglante. Celle que nos héros et hérauts du rock and roll- un rock and roll retravaillé à leur brillantissime manière - ne cessent de nous démontrer à l'envi.

 

Ils étaient et sont...THE YOUNG ONES.

 

 

 

ÉPILOGUE

 

Rien n'étant absolument parfait en ce bas monde, on pourra toujours s'étonner de la disparition de telle ou telle merveille chérie par les amateurs.
Si UN titre manque à la fête, c'est à mon avis le hiératique et inspiré Man Of Mystery, les Shadows à leur sommet absolu, qu'ils n'avaient pas oublié dans leur tournée (déjà finale !) de 2004-2005. 

Le tout premier enregistrement nocturne à Abbey Road en 1960, à leur demande, pour obtenir une atmosphère bien spécifique; à cet effet ils ont combattu victorieusement les codes et usages rigides de la maison EMI, pulvérisés à jamais lorsque les Beatles y vinrent éjecter l'ordre bureaucratique ancien.


Voilà donc un hit de superbe facture qui eût en outre permis une petite explication intéressante sur scène...
Mystère, c'est le cas de le(ur) dire ! Et il est certain que certaines chansons des (ou plutôt par les) Shadows auraient pu encore plus nous faire goûter si fort leur dons exceptionnels pour le chant à l'unisson, qui les rend égaux aux plus grands spécialistes américains du genre. Comme Little Bitty Tear ou encore Don't Make My Baby Blue, des chansons qui furent transcendées par eux naguère, en des temps où presque tous les spots étaient braqués en permanence sur les Beatles, Stones, Dylan et les autres.


On a du coup un peu ignoré ou perdu de vue (ou d'oreille !) ces trésors cachés. Et beaucoup sous-estiment les Shadows finalement... A contrario, on approuve sans réserve l'option «sixties toutes», et fifties, du concept «Final Reunion». 
Les Shadows n'ont interprété aucun de leurs succès de la fin des années 70 (ni le Let Me Be The One d'assez triste mémoire de l'Eurovision 1975...).
Cliff a pleinement joué le jeu «50's-60's»,sans allusion à ses convictions religieuses fortes.
Musicalement, il s'agit d'un ensemble à la fois très varié, mais aussi homogène et cohérent.

 

 

 

Sur votre site, on braquera un peu plus tard un petit coup de projecteur sur la plupart des madeleines de Proust citées tout au long de cette chronique, et si bien recréées à Londres comme en témoigne ce DVD; ainsi qu'à tous leurs rendez-vous avec les fans.


Cliff et les Shadows réussissent, bien au-delà de la trop convenue et prévisible nostalgie (et de son industrie), à réveiller en nous quelque chose d'intime, et d'infiniment plus précieux. La vraie raison du triomphe de cette entreprise: ils raniment de mille feux notre mémoire émotionnelle. Un grand frisson VRAI et irremplaçable, intime et en communion à la fois.
La quête du Graal, pour une fois comblée, de l'amoureux (et amoureuse) de musique.

 

Tel est leur talent hors norme, toujours mis par eux à l'épreuve des répétitions. La quête de l'excellence les accompagne encore aujourd'hui. Comme nous tous, nos modernes paladins électriques Cliff et les Shads, doivent chevaucher un cheval sur lequel nous traversons la vie: il s'appelle le Temps.
Mais alors que notre monture n'en fait qu'à sa tête, se cabre, rue dans les brancards et nous fait parfois tomber jusqu'à la chute finale, eux semblent avoir maté leur destrier.


Ils ont traversé les décennies avec une grâce bluffante et époustouflante.

Profitons-en sans modération, en souhaitant que la fête continue !

 

Cliff le dit, dans la nouvelle version de son autobiographie My Life My Way, qui prend en compte cette aventure: «probably» the last time... Ne jamais dire jamais quoi !

 

On les attend...«CONSTANTLY» ! 

 

 

Lire : Le concert de Cliff à Forest-National le 8 novembre 2009 à Bruxelles.

 

 


PAUL ANKA - ROCK SWINGS  

Live at the Montréal Jazz Festival - Verve Universal 2005

 

Un article de CHRISTIAN NAUWELAERS

 

Ce DVD présente Paul Anka, live au festival de jazz de Montréal le 8 juillet 2005. Dix-huit titres allant de Diana à Tears In Heaven (de Clapton), avec deux ou trois chansons non interprétées à Bruxelles, et de moindre intérêt ( Smells Like Teen Spirit de Nirvana et le très guimauve Hello de Lionel Richie). L'artiste étant plus mou, moins inspiré, voire un peu éteint par moments, cette prestation était un peu décevante. Inférieure en tout cas à ce que nous avons pu retrouver de lui en Europe, à partir de 2006.

 

Et pourtant ce DVD fait partie des «indispensables» de cette rubrique ! Le premier des «special features» est un Lonely Boy indiqué sans aucune explication. Non, il ne s'agit pas d'une version inédite de son hit de 1959... Mais du très fameux court métrage de Wolf Koenig et Roman Kroitor, couvert de prix et mentions de tous ordres à partir de son année de sortie: 1962.

 

Produit par le National Film Board of Canada. Vingt-six minutes de bonheur en noir et blanc: un document impressionniste, honnête et saisissant sur la vie d'une jeune idole, sur les rouages du show-business, et la psychologie des fans. Quelques images ne s'oublient pas facilement: Paul Anka, sur scène en plein air, dans un parc à New York, gratifiant la foule alors jeune et hystérique de ses Diana, Tonight My Love Tonight (un sommet d'intensité adolescente, plus fort que tous les Sedaka, Rydell etc.- le King du genre!), Dance On Little Girl (pareil), Put Your Head On My Shoulder (délire, comme on imagine), le flic en oublie un moment sa fonction !

 

Anka au très sélect, très huppé Copacabana de New York, où il conquiert la (très) haute société, qu'il dépassera bientôt. Son manager,avisé et efficace à l'extrême: Irving Feld, qui pense que son poulain sera «la plus grande star que le monde ait connue». Anka, dans une rare interview, reconnaissant avec un certain embarras, comme une complicité secrète avec son questionneur, que oui...Son attraction sur les jeunes est bien basée sur le...«SEXE» ! Une époque où les choses étaient suggérées plutôt que démontrées. Un temps à haute tension émotionnelle; une innocence incandescente. Le son des premières années soixante, et la voix bouleversante d'un grand prêtre des teenagers devenu une icône, toujours bien vivante et chantante - superbement. La maestria du flamboyant Paul Anka... À vos lecteurs (...DVD), chers lecteurs !

 

Lire : Compte-rendu du concert de Paul Anka le 21 novembre 2009 à Forest National