CES FAUSSES RUMEURS TENACES DE L'HISTOIRE DU ROCK
Le temps use l'erreur et polit la vérité.
Si l'histoire en général est remplie de mythes et légendes, dont la démystification fait parfois l'objet de certains livres très intéressants, la grande saga de notre musique n'échappe pas à cette règle.
Certains auteurs sont partisans de la première option, en mélangeant sans complexe la réalité et la fiction. Tout comme les vraies circonstances de la mort de Marilyn, certains débats font rage depuis longtemps: comme la genèse exacte (deux thèses qui s'opposent) de la disparition de Jim Morrison.
L'outil Wikipédia est la meilleure ou la pire des choses: bien des contrevérités y abondent comme têtards comme dans un marigot, et il est alors difficile souvent de démêler le vrai du faux.
Ce que l'on a pu appeler «la profusion indifférenciée du web», celle qui engendre le pire et le meilleur entremêlés, en laissant s'exprimer pareillement une
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vraie expertise et une fausse, basée en général sur la répétition de
fables apocryphes
qui tendent à s'incruster dans le discours historique général.
Un but de ce site, qui j'espère pourra intéresser beaucoup d'internautes, sera de tenter de servir, avec modestie mais aussi avec sérieux et détermination, de fil d'Ariane amical dans ce labyrinthe historique présent sur les nouveaux médias, et aussi les traditionnels.
On se penchera ici sur certaines sottises et rumeurs infondées mais dont la présence abusive dans la sphère médiatique finit par leur donner une pseudo-légitimité non méritée.
Le rock au sens large est une musique suffisamment essentielle et chère à notre coeur pour qu'on essaie de la débarrasser de certains oripeaux d'impostures. Bien avant nous, de nombreux auteurs s'y sont déjà attelés dans le domaine du jazz.
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LES BEATLES À L'OLYMPIA
16 JANVIER - 4 FÉVRIER 1964
Combien de fois n'a-t-on pas lu et entendu, souvent chez nous mais aussi en France, que les Beatles sont «passés en première partie de Sylvie Vartan» dans leur série de récitals à l'Olympia, avec aussi Trini Lopez et...Pierre Vassiliu (outre quelques numéros comiques et de music-hall) ? Elle s'est tenue du 16 janvier au 4 février 1964, avec deux jours de prolongation par rapport à la date finale originellement prévue du 2 février. 
Olympia - Janvier 1964
Il s'agit d'une énormité pure et simple. Lors d'une conversation téléphonique récente avec Jean-Michel Boris, l'ancien directeur de l'Olympia et bras droit de Bruno Coquatrix- Boris possède le contrat d'engagement des Beatles sur un mur de sa maison de campagne - m'a confirmé formellement le véritable ordre de passage des vedettes.
Trini Lopez, bien qu'en pleine gloire, terminait la première partie; la seconde étant assurée par Sylvie Vartan puis par les Beatles en finale, du premier show au dernier !
Une autre preuve irréfutable: le programme d'époque du célèbre music-hall. Il se trouve reproduit dans le plus fameux livre sur le groupe, The Beatles Anthology, paru en français au Seuil en l'an 2000. L'ordre de passage indiqué sur ce document correspond à ce qui est décrit plus haut.
Pour les trois têtes d'affiche, on trouve d'abord «...le Champion International du "Surf" Trini Lopez»; plus bas: «Jolie, fraiche, avec du rythme elle vous insuffle la joie de vivre» (Sylvie) et tout en bas, donc en vedettes incontestables, les Beatles...
«Nous vivrons dans la fièvre, ils révolutionnent l'Angleterre et la France Les Beatles».
Je précise que j'ai respecté les graphies d'époque, faute de typographie comprise dans la description de Sylvie !
Une confusion possible serait compréhensible par rapport à Trini Lopez, qui parfois, mais pas toujours, a pu remporter un triomphe plus grand que celui des Fab Four, que la France a découverts avec retard, comme nous en Belgique ! Mais les Beatles clôturaient bien le spectacle aujourd'hui légendaire.
Pour la petite histoire médiatique, Télé 7 Jours a consacré la toute première pleine couverture française aux Beatles le 18 janvier 1964 !
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SLC Avril 1964
C'est à une autre revue de télévision, disparue depuis longtemps : La Semaine Radio-Télé que l'on doit le premier fascicule français entièrement dévolu au plus fameux groupe de tous les temps ! Cela en date du 7 mars 1964 : Les Beatles Magazine, conçu sur le format du fameux The Beatles Book Monthly, le fameux mensuel anglais en petit format.
Enfin suivit la première couverture Beatles de Salut les Copains en avril. Ils ont mis le temps, pour couvrir l'offensive Beatles au boulevard des Capucines !...

Les Beatles Magazine - Mars 1964 |
LES SHOWS
Le propos n'est aucunement ici de raconter ces trois semaines de folie.
Mais quelques éléments éclairants retrouvés dans la presse musicale anglaise méritent d'être rapportés ici.
Le Melody Maker du 25 janvier titre VIVE LES BEAT-TLES ! ( sic !) sous la plume de Ray Coleman, futur biographe de Lennon notamment, bien avant Philip Norman, aujourd'hui le plus connu.

Sylvie et les Beatles - Pop Weekly 22-2-64
Coleman assiste déjà à l'avant-première, qui se tient traditionnellement la veille au Cyrano de Versailles, soit le 15 janvier.
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Une fan anglaise à côté du journaliste a ces commentaires éclairants après la prestation de Lopez, et AVANT celle du groupe. «Je leur souhaite bonne chance. Ils ne pourront jamais suivre cela.» (Les applaudissements pour Lopez ont été «stupéfiants», selon Coleman.)
Mais les Beatles s'en sortent magnifiquement, en entamant leur répertoire par Roll Over Beethoven de Chuck Berry. Une remarque intéressante: c'est le «rock musclé» ( beefy rock ) qui est la musique appréciée des foules françaises selon le scribe du Melody Maker !
Coleman ne parle pas de yé-yé...Suite à cette toute première apparition française, Lennon parle même d'ajouter au répertoire prévu à partir du lendemain, à l'Olympia, des rocks que lui et ses trois acolytes interprétaient à Hambourg et à la Cavern !
Le même reportage fouillé s'étend ensuite sur la première à l'Olympia, du 16 janvier, à laquelle assiste notre ami Michel Lemaire qui recueille quelques paroles des musiciens pour la RTB (radio). En fait, non pas une véritable interview, mais une petite présentation de nos quatre stars, ou en passe de le devenir chez nous et en France. Chacun donne sa fonction au sein des Beatles, Lennon ajoutant sa petite pointe d'humour: «...and I play better guitar !»
Coleman évoque le set des Beatles «...après trois heures...» (les autres qui précèdent, Lopez ne l'intéressant pas et Sylvie étant décrite comme «a sort of French Cilla Black with a stronger rock'n'roll flavour» («une sorte de Cilla Black française avec une approche plus rock and roll», cela ne s'invente pas !).
Autre phrase-clé pertinente pour la question qui nous occupe: «Le programme est le même que celui de Versailles. LES BEATLES ONT CONQUIS PARIS.» (Lettres capitales de Coleman.) Cela malgré deux coupures d'électricité, dont une dès la première chanson ! Le plus gros succès: sans surprise, Twist and Shout , d'ailleurs adapté (très mal, il faut le dire) en français par Sylvie. Dont le charme ne laisse pas indifférents les plus fameux ex-citoyens de Liverpool ! Mais pas au point de lui céder la vedette, ce qui eût constitué pour elle un cadeau très empoisonné !
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The Beatles Book Monthly - Mars 1964
La bande du Musicorama d'Europe 1, diffusé le 19 janvier, laisse entendre l'ordre normal des artistes. Et parmi de nombreux témoignages indubitables, pointons encore pour finir cette phrase extraite de l'article paru dans The Beatles Book Monthly de mars (alors qu'un équivalent français The Beatles Magazine est créé le
même mois, voir plus haut... mais sans compte-rendu de l'Olympia dans cette petite publication introuvable ou presque !): «Trini a terminé la première partie. Sylvie a précédé les Beatles en tête d'affiche.» Sylvie en vedette en janvier 1964 ?
Une rumeur dont on pourra enfin dire un jour:«Elle meurt, la rumeur !»
CHRISTIAN NAUWELAERS
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