THE SHAKESPEARES
CHAPITRE 3 : LE GRAND TOURNANT DE MAI 68

La toute dernière photo du groupe avant le départ de Chris et de Johnny
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Tandis que les négociations avec la télé française à propos de Burning my fingers battaient leur train, arriva mai 68. Du jour au lendemain, l'Histoire nous a rattrapés et a anéanti tous nos espoirs.
Mai 1968. La France et Paris paralysés. Les barricades, les bagnoles en feu, les grèves, la guérilla urbaine. L'ORTF annule tous ses tournages et ses programmes de variétés. Les émissions radio sont interrompues, supprimées ou censurées. Les Français doivent se contenter d'un programme minimum. Le Festival de Cannes est brutalement interrompu et le Festival d'Avignon annulé. |
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A Bruxelles, il fait un temps superbe. Les journaux télés nous rapportent des images surréalistes de CRS, matraque au poing, fonçant sur les étudiants. Tout ça à trois cent kilomètres de chez nous. Et dire qu'ici, il fait si calme ! Tout est si paisible !
Burning my fingers qui pouvait nous apporter la notoriété à Paris, ne vaut plus rien. Tous les disques, films ou livres qui ont eu la malchance de sortir à cette période ont sans doute dû subir le même sort que nous. Ces œuvres sont tristement vouées à l'amnésie, tant que leurs créateurs ne tenteront pas de les faire revivre plus tard. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles je relate, aujourd'hui, les mésaventures des Shakespeares. |
LE TOURNANT D'UNE EPOQUE
Lorsque juin est arrivé, les Français, trop heureux de retrouver du carburant dans les stations services ont pris la route des vacances. Les étudiants ont quitté le quartier latin, les ouvriers ont réintégré leurs entreprises et la police a regagné ses casernes. Mais l'aventure a laissé un goût de cendres. Le charme est rompu entre l'Etat français et ses citoyens. La contestation massive de mai 68 annonce la fin d'une époque. En quelques mois, beaucoup d'événements majeurs vont se produire tant sur les plans politiques qu'économiques et sociaux. On approche de la fin des golden sixties. L'année 1969 verra le départ de Gaulle, l'alunissage d'Armstrong et d'Aldrin, et le rassemblement monstre de Woodstock.
Pendant ce temps, avec un certain décalage, la contestation s'étend peu à peu à tous les autres pays européens. Aux Etats-Unis, Robert Kennedy se fait assassiner. Les hippies déferlent dans les rues de San Francisco pour prôner l'amour et la paix. Tandis que de gigantesques manifestations rassemblent des dizaines de milliers de jeunes pour clamer leur "non" à la guerre du Vietnam.
GEORGIE WOOD : UN AMI DE TONI (JESS AND JAMES)
A l' époque où les Shakespeares avaient joué aux Cousins, ils s'étaient liés de sympathie avec les frères Lameirinhas, mieux connus sous les noms de Toni et Wando. Ceux-ci avaient fondé un orchestre de soul : les Jess and James et le J.J.Band, qui était devenu le groupe attitré de la boite. Or, depuis que Chris Kritzinger et Johnny Kreuger avaient pris la décision de retourner en Afrique du Sud, les trois autres s'étaient mis à la recherche de nouveaux musiciens pour les remplacer. Un jour Toni propose à Alan de lui présenter un tout jeune soliste qu'il a récemment rencontré et qu'il qualifie d'exceptionnel. Rendez-vous est pris au Princes Theatre à Anvers, où les Shakespeares jouent en avant programme de Michel Polnareff. Toni débarque avec un très jeune gars aux cheveux très longs : Georgie Wood.

Il n'a que dix-sept ans. Mais il a déjà fait partie d'un groupe important les Love Affair. Ses goûts entrent tout à fait dans le cadre musical qu'attendent les Shakespeares. Ils l'invitent donc dans leur local de répétition. Dès le lendemain, Georgie arrive avec sa guitare. Il ne faut pas plus de quelques minutes pour que l'étonnement succède à la curiosité. La technique du jeune Wood est éblouissante. Ce gars est un virtuose des notes. Il les fait vibrer, les étire, les déchire. Son doigté agile, son incroyable dextérité à faire rouler le plectre sur les cordes produise un son moelleux très bluezy. Il nous fait penser à Clapton. Un véritable prodige ! Désormais, Georgie Wood a trouvé une nouvelle famille. Mais pour ne pas blesser inutilement Chris K. et Johnny, les musiciens évitent de leur parler de leur engagement avec Georgie.

Martin Pigott, Georgie Wood, Alan Escombe, Chris Stone. Manque encore le batteur Avec Christie, ma compagne, j'émigre au 32 avenue Milcamps, toujours à Schaerbeek. L'appartement est constitué de trois pièces en enfilade avec une chambre à l'entre étage. Voilà qui va me permettre de consacrer un bel espace pour recevoir les musiciens et jouer mon rôle de manager. En quelques jours, je parvins à dégoter un peu de mobilier supplémentaire. Je fais dévier ma ligne téléphonique. Elle est installée endéans la semaine, ce qui est inespéré. A l'époque, un transfert de ligne pouvait durer entre six semaines et trois mois. A moins d'avoir un piston.
De son côté, le groupe a donné son renom. Il établira désormais ses pénates dans un autre grand immeuble, cette fois au Boulevard Mettewie. Il ne compte plus que trois chambres. Le prix du loyer est raisonnable et permet de réaliser une belle économie par rapport au précédent. De plus, le bail n'est signé que pour un an.
A LA RECHERCHE D'UN BATTEUR
Quelques jours après la jam avec Georgie, les Shakespeares reprennent du service. Ils passent en attraction à Tervueren. Georgie est du voyage… Il est présenté aux deux autres comme un fan. En fait, Chris K. ignore qu'il est en face de son futur remplaçant.
Le même soir, se produit l'orchestre de bal de Joske Harris, un chanteur bien connu en Flandres. Le répertoire reprend tous les standards habituels du juke-box. Lors d'un solo, le batteur se lance dans une improvisation d'une dizaine de minutes... à couper le souffle. Les Anglais sont bluffés. Qui aurait dit que cet inconnu disposait d'une telle technique et d'un tel punch ! Au break, Alan et Sox vont le trouver et lui propose de passer une audition à Bruxelles. Le batteur, plutôt intimidé a tout d'abord du mal à y croire. Mais, comme il se débrouille plutôt bien en anglais, il finit par comprendre qu'il ne s'agit pas d'une blague. Lorsque Alan lui demande son nom, le musicien le prononce d'une manière telle qu'il est impossible ni de le prononcer, encore moins de le retenir. Devant la mine ahurie d'Alan, plein de bonne volonté pour essayer de le comprendre, il lui dit : appelles-moi tout simplement Randy. Plus tard, nous aurons tous l'occasion de comprendre pourquoi il a choisi ce surnom. En fait, Randy (en chaleur) est un chasseur de filles invétéré ; de toutes les filles, des belles comme des moches, des planches à repasser comme des dodues. Sox aura le mot de la fin en lui donnant un autre surnom : it's a mad dog.

A gauche : Randy Ashe, l'éphémère batteur (photo J.Jième)
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A son tour Randy débarque avec sa batterie à Bruxelles. Il semble tout perdu. Il nous explique qu'il est issu d'un petit village du Nord et qu'il n'a pas l'habitude de voir autant d'effervescence dans les rues. Comme il n'est plus question de travailler dans leur ancienne salle de répétition, sans mettre la puce à l'oreille de Chris et de Johnny, je m'arrange avec Francis De la Blancherie, père et manager des Sweet Feeling, pour qu'il nous loue un local. En effet, Francis a repris la gérance des Artisans, un bistrot situé en face des Arts et Métiers. Dans ses caves, il y a un chouette et vaste local. Durant deux semaines, à raison de dix heures par jour, le groupe répète en grand secret. |
Chaque week-end, les musiciens effectuent leurs prestations en province avec les (déjà) anciens membres du groupe. On ne peut pas dire que l'ambiance soit des plus détendues. Ils s'adressent très peu la parole et jouent comme des robots.
Je joue désormais à fond mon rôle de manager en leur consacrant un plein temps. Je travaille sur deux fronts. Primo, je leur cherche des engagements et secundo je participe aux répétitions en les poussant à dramatiser leur jeu de scène. J'essaie de les rendre plus agressifs dans leur manière de jouer. Je leur donne également la possibilité d'utiliser une sorte de light-show fait maison. Bref, je mise sur un look beaucoup plus en phase avec ce qui se fait à Londres. Avec beaucoup de bonne volonté, les musiciens acceptent de se plier à mes innombrables remarques et s'initient aux techniques du jeu d'acteur. Moteur ! Action ! Coupez ! On la refait !
CONTACTS AVEC LA SUISSE
Je suis contacté par un certain Jean-Claude Pognant (futur manager du groupe français Ange. Il habite Seloncourt, dans le département du Doubs, près de la frontière suisse. L'année dernière, il a organisé une tournée avec Gene Vincent. Il m'explique qu'il a été contacté par un homme d'affaires, résidant à Genève. Son épouse et ses enfants, férus de bonne musique, ont écouté l'émission de José Arthur à laquelle les Shakespeares ont participé à Paris en avril dernier. Il voudrait faire une surprise à sa femme en les engageant à l'occasion de son anniversaire.
Jean-Claude Pognant me demande des photos récentes du groupe. Il compte les diffuser dans les journaux locaux et annoncer ainsi la venue des Shakespeares à Genève. Je pars donc réaliser un reportage au centre de Bruxelles avec notre éphémère batteur qui, les bras ballants, ne se sent pas très à l'aise et regarde toujours sur le côté. Ce reportage me permet aussi d'immortaliser leurs nouvelles tenues de scène. Vu leur aspect chatoyant, je passe à la dia couleur.

Georgie Wood, Chris Stone, Martin Pigott, Alan Escombe et Randy en arrière plan (photo J.Jième)
CONCERT PRIVE A GENEVE
Le hasard a voulu que le tout dernier concert que les Shakespeares soient amenés à prester avec l'ancienne équipe se déroule le dimanche 30 juin. Soit le lendemain du concert prévu à Genève. Après discussions, le groupe prend la décision de se priver de sommeil durant quarante-huit heures C'est le prix à payer si nous voulions à la fois honorer un engagement signé depuis longtemps et satisfaire à notre envie de jouer en Suisse.
La camionnette des Shakespeares, conduite par un road manager, part la première dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 juin. A son bord, Randy et Georgie. J'embarque les trois autres dans ma Peugeot 403 et nous voilà partis pour un voyage de plus de neuf cent bornes. Nous prenons des risques, car nos deux véhicules ne sont plus de première fraîcheur. Nous ne sommes ni les uns ni les autres à l'abri d'une panne ou d'une crevaison. La route est longue, les grandes autoroutes de l'Est de la France sont encore loin d'être construites. On est obligé de faire beaucoup de nationales. Sans incident, mais fourbus, nous arrivons à Genève en début d'après-midi. Magnifique ! La camionnette a tenu le coup et nous sommes dans les temps.
Tandis qu'avec les musiciens, je file à l'hôtel, que Jean-Claude Pognant a eu la gentillesse de réserver pour nous, le roadie repart déjà pour aller installer le matériel sur les lieux du concert. Le temps de nous rafraîchir dans nos chambres, de boire un délicieux petit café et de prendre quelques photos souvenirs, nous nous faisons expliquer la route pour arriver à Jussy, une petite localité à quelques dizaines de kilomètres du centre. Après bien des méandres, des lacets et des virages en épingle à cheveux sur de petites routes à peine carrossables, nous approchons du but. La demeure de la famille Aumas s'appelle La Maison des Bois. C'est un magnifique chalet en bois, entouré d'un parc à la vue imprenable sur la vallée et ses montagnes environnantes. Un paradis.
Les Aumas ont fait ériger un podium à l'extérieur sur la pelouse de leur propriété. Tandis que le roadie met la toute dernière main à l'installation des amplis, baffles, guitares et micros, on nous sert un premier drink pour saluer notre arrivée. Le couple a deux fils. Ce sont eux qui ont suggéré à leur père d'engager les Shakespeares. Liliane Aumas est une femme adorable, très jeune, très gaie. La soirée s'annonce sous les meilleurs auspices. Comme nos hôtes ont encore de pas mal de choses à s'occuper, ils nous laissent travailler, non sans nous avoir proposé un autre drink. Alan, qui ne boit pas une goutte d'alcool, refuse poliment et opte pour un jus d'orange. |
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Nous prenons congé vers dix-sept heures pour rejoindre l'hôtel et enfin manger quelque chose de consistant. A la réception on me dit qu'un certain Monsieur Pognant m'a laissé plusieurs messages. Ha, si les portables avaient existé, que de stress et de quiproquos évités ! En effet, il devait théoriquement m'envoyer la moitié du cachet réservé au groupe à Bruxelles. C'est la règle. L'opération n'a pas pu se faire. Because les tracasseries entre les banques suisses, françaises et belges. Pour recevoir un mandat en francs belges, il aurait fallu plusieurs jours . Vers dix-neuf heures, Jean-Claude Pognant me rappelle à l'hôtel. Il me confirme qu'il dispose bien de la moitié de la somme convenue et qu'il me la remettra à la soirée. Nous convenons de nous retrouver chez les Aumas vers vingt et une heures. |
CONCERT EN PLEIN AIR
De retour à Jussy, c'est la grosse ambiance. Des voitures décapotables partout dans le parking, des flambeaux pour éclairer le jardin, des flots d'invités. Et de la musique qui sort par les portes et les fenêtres. Des baffles ont été disposés tout autour de la villa. Quelle ambiance ! Un gars avec des verres légèrement fumés, cheveux noirs, plaqués en ailes de corbeau, me tape sur l'épaule et avec un grand sourire me tend la main. Jean Jième ? Bonjour. Jean-Claude Pognant. Le gars est très sympa. On fait rapidement connaissance et on va s'isoler dans une petite pièce à l'abri des regards. Il me tend une liasse de billets en nouveaux francs. Je lui signe un reçu et au passage on attrape un verre.
Vers vingt-deux heures, l'ambiance est déjà fort détendue. Le champagne et l'alcool sont servis par des serveurs de manière ininterrompue. Ceci explique sans doute cela. La nuit tombe peu à peu. Mais on y voit encore très bien. Les Shakespeares montent sur le podium. Quelques spots de couleurs s'allument. Les invités se pressent devant la scène. Visiblement, ils sont impressionnés par la prestance des garçons. Il faut dire que dans leurs beaux habits brodés, ils ont de la gueule. Sox a choisi une magnifique redingote bleue. Martin a revêtu un superbe costume blanc tandis que Georgie crée le contraste avec un velvet noir. Quant à Alan, il arbore une somptueuse chemise en satin rose. Où ont-il trouvé tout ça ?
Leur premier passage connaît un beau succès. Les invités dansent avec frénésie et applaudissent à la fin de chaque morceau. C'est la première fois que je vois le groupe sur scène avec Georgie Wood et je suis impressionné. Le talent du jeune guitariste n'échappe à personne. Ses solos sont des moments de pur bonheur. Sa guitare se fait plaintive, langoureuse, puis gémit et pleure. Chacune de ses interventions est chaleureusement ponctuée de cris d'enthousiasme de la part d'un public conquis.

Jean-Claude Pognant et Gene Vincent -Paris |
Jean-Claude Pognant lève le pouce plusieurs fois avec une mine qui en dit long sur ce qu'il pense. A la fin du show, je lui demande de quel groupe il s'occupe ? Il m'évoque le nom d'un groupe local, que je ne connais évidemment pas, et sur lequel il fonde de solides espoirs. Ni Jean-Claude ni moi, ne pouvons savoir, à cet instant, que le destin décidera plus tard d'accorder un statut de vedette à son groupe jusqu'ici inconnu. Son nom : Ange. Il deviendra le numéro un des groupes français. ( Photo ci-dessous : Ange) |
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Après le show, dans la nuit noire, le roadie a repris sa camionnette pour une longue et pénible route de retour sur la Belgique. Quant à nous : une heure à peine, pour prendre une douche rapide à l'hôtel. Puis, à regret, un tout aussi pénible voyage dans les brûmes de l'aube.
La camionnette connut des problèmes mécaniques graves : les freins lâchèrent. Ce qui fait que le malheureux conducteur prit des risques considérables, voire insensés à la fois pour arriver à l'heure du prochain show et pour éviter l'accident.
Lorsqu'exténués de fatigue, nous sommes enfin arrivés dans la localité où avait lieu le concert, Chris et Johnny nous attendaient à l'extérieur. Furieux et inquiets de ne pas voir de camion ! Nous étions tous dans nos petits souliers. Il fallut bien leur expliquer que nous arrivions de Suisse et que n'avions pas la plus petite idée d'où pouvait se trouver le van. Finalement, une demi heure avant le show, le suspense prit fin avec l'arrivée du matériel. Inutile de dire que la toute dernière prestation des Shakespeares avec l'ancienne équipe ne fut pas d'un grand niveau.
Quelques jours plus, je prenais ma plume et j'écrivais à la famille Aumas.
Les Shakespeares, que je représente, m'ont demandé de vous transmettre leurs témoignages d'amitié et leurs remerciements pour l'accueil chaleureux que vous leur avez réservé. Ils se plaignent déjà de leur trop rapide passage en votre maison et en votre merveilleuse contrée de soleil et de quiétude. Dans leur planning de tournées futures, nous allons, en effet, réserver une place à la Suisse, que nous négligions par erreur. En ce moment, le groupe, à peine remis des fatigues du voyage, a repris ses répétitions pour l'enregistrement de son prochain disque. En espérant qu'un jour prochain, pourra à nouveau nous remettre en contact, je vous prie ...
Nous ne pouvions pas nous douter que, quelques mois plus tard, cette famille nous sortirait d'un bien mauvais pas pour ne pas dire d'une sacrée déroute.
MICK CARTER ARRIVE A LA RESCOUSSE
Il n'a pas fallu plus de deux semaines pour se rendre compte que Randy n'était pas à heureux au sein du groupe. Il ne parvenait pas à y trouver sa place. En dehors des répétitions, il restait dans son coin à ne rien dire Il paraissait ailleurs. En réalité, Randy avait le blues de sa campagne et de son village de Flandres. On lui a vite rendu sa liberté.
Restait à repartir à la chasse au batteur... anglais de préférence ! Alors que je me creusais la tête et prenais des contacts tous azimuts, je reçois un coup de fil d'une jeune française, vivant à Paris et répondant au nom de Christine. Elle me demande tout bonnement si les Shakespeares ne cherchent pas un batteur ! Je crois tomber des nues ! Une telle proposition à un tel moment ! Mais le comble c'est qu'elle me précise qu'il s'agit de son petit ami, Mick, qu'il est anglais et qu'il a été le batteur de Michel Polnareff pour une tournée dans toute la France. Mais suite aux événements de mai 68, celle-ci a été interrompue, sine die. Il est donc désormais disponible. Elle ajoute que le style de musique des Shakespeares correspond parfaitement au feeling de Mick. En effet, ce dernier a entendu Burning my fingers et Something to believe in sur les ondes françaises dans l'émission de José Arthur et à fortement apprécié. Décidément !
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Je suis très tenté de le faire venir immédiatement à Bruxelles mais je préfère en parler au préalable avec les musiciens. En effet, pour eux, Michel Polnareff ne représente pas grand chose. Ils se méfient des batteurs qui accompagnent des chanteurs français. Je leur fais pourtant remarquer que Polnareff n'est pas n'importe qui. De fait, après avoir écouté un de ses albums, ils changent d'avis.
Ce qui va tout accélérer c'est que les Shakespeares ont à nouveau rendez-vous avec les studios d'enregistrement. Selon le contrat signé avec RCA, le groupe leur doit encore deux singles. Comme c'était souvent le cas à l'époque, les producteurs leur demandent de composer une face rapide et une lente. Pour la partie rock, ce sera How does she look et Treasure of a woman's love en face B. Je décide de ne plus perdre de temps. Je passe un coup de fil à Paris et demande à parler à Mick, qui se débrouille très bien en français. Je lui propose de venir à Bruxelles pour passer une audition de principe. |
Mick arrive à Bruxelles-midi, chargé comme un mulet. Il a emporté avec lui sa batterie Ludwig. Sa compagne, Christine, fait également partie du voyage. Dès notre rencontre, je suis agréablement surpris. Mick Carter est plutôt beau garçon, sympa, jovial, très cool. Il porte une veste d'indien aux longues franges (qu'il ne quitte jamais). J'embarque le couple et le matériel dans la bagnole et nous voilà partis pour la salle de répétition du Café Les Artisans. Après les présentations, je m'éclipse et les laisse entre eux. J'attends leur verdict.
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Le soir même, j'apprends que Mick Carter a fait l'unanimité autour de lui. Il convient parfaitement pour le job. Dès ce jour, il devient le cinquième membre officiel des Shakespeares. Mick déménage de Paris, laisse une petite amie un peu désemparée et vient s'installer dans leur appartement.
Désormais, les répétitions reprennent de plus belle, dans la joie et la bonne humeur. Le groupe semble avoir retrouvé tout son punch et toute sa créativité. L'équipe n'a jamais été aussi soudée.
RCA les attend dans quelques jours au studio. Nous voilà tous repartis pour une nouvelle aventure discographique.
Chris Stone, Martin Pigott, Mick Carter, Alan Escombe, Georgie Wood (photo J.Jième) |
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