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ROCK BELGE / ALBUM SOUVENIRSWALLACE COLLECTION(JANVIER-JUIN 1970)3. LA RANÇON DE LA GLOIRE
Biographie officielle.
Textes et photos sous copyright de leurs auteurs.
Wallace Collection (début 1970)
Lire la première partie : L'envolée vers la gloire
SERENADE / WALK ON OUT |
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Le 15 février, David Mackay décide de sortir Serenade en 45 tours, un des morceaux enregistrés à Abbey Road courant 1969. Ce titre annonce le futur second album du groupe, programmé pour mai.
Pochette japonaise Cela voudrait-il dire, qu'en un an, le groupe n'a pas évolué d'un pouce ? Non, évidemment ! Pour s'en persuader, il suffit d'écouter l'album qui sortira bientôt et qui présentera un groupe maîtrisant parfaitement les techniques de studio. Et puis, il y a Walk On Out , la face B du single, une composition de Marc chantée par Sylvain et qui nous fait découvrir un Wallace Collection lorgnant vers un style nettement plus expérimental – pour ne pas dire heavy – que l'on aurait adoré le voir poursuivre.
La paternité du choix de sortir la copie carbone de Daydream revient à Mackay. On peut aisément comprendre ses raisons. Il cherchait à la fois à fidéliser les nouveaux fans du groupe mais surtout à miser sur un nouveau jackpot commercial.
Après tout, le producteur australien ne fait que défendre les intérêts de sa société. Mais, en agissant comme tel, il scelle également l'orientation de la carrière du groupe qui, désormais, perd son label de groupe pop-rock innovant et s'engage dans une voie plus discutable, celle de la variété. On peut donc bel et bien parler de tournant dans la carrière du Wallace. Pourtant ni les musiciens, ni Martin n'ont eu leur mot à dire ! |
Cette décision unilatérale de Mackay constitue en réalité une grossière erreur de management. Toutefois, les musiciens optent pour le wait and see , en adoptant une position réaliste. Après tout, ne vaut-il pas mieux sortir une ballade qui se vende à quelques dizaines de milliers d'exemplaires plutôt que créer un chef-d'œuvre qui reste dans les bacs ?
Pour Raymond Vincent la question ne se pose pas, puisqu'il est le compositeur attitré de ces grandes mélodies classico-romantiques. Pour Sylvain Vanholme, c'est sensiblement pareil. En tant que coauteur, les royalties vont continuer à tomber dans son escarcelle. Quant à Marc, il ne peut que déplorer que le superbe Walk On out, qu'il a composé, ne bénéficie pas des mêmes faveurs d'EMI.
Pochettes italiennes
A propos de l'option choisie par Mackay, Marc Hérouet a son opinion : concernant la sortie de Serenade les avis étaient très partagés et c'est vrai que David y croyait. Sylvain, Christian et moi espérions que la firme pousse Walk On Out que nous trouvions plus « moderne ». Mais il est un fait que la marque de fabrique du Wallace se retrouvait plutôt dans Serenade, ne fut-ce qu'avec la singularité de la voix de Freddy. Je pense que nous aurions dû travailler davantage sur une matière plus originale.
À la télévision : Serenade dans l'émission "Discorama" de Denise Glaser, |
JOHN VALCKE - DENIS VAN HECKE
Dans un grand référendum organisé dans l'hebdo Télé-Moustique, John Valcke était sorti grand vainqueur en se classant meilleur bassiste de Belgique, cuvée 1970.
The Sweet Feeling - John Valcke (le 2° à gauche)
Pour remplacer Christian Janssens, Vanholme et Martin songent tous les deux à John qui, depuis la dissolution du Sweet Feeling, est disponible. Une audition a lieu dans l'arrière-salle du café tenu par sa mère Le Centre. Le courant passe immédiatement entre lui et les autres musiciens, si bien que John est engagé sur le champ.
Tous ceux qui ont travaillé avec lui, le définissent comme un garçon charmant, calme, hyper cool. Bref, quelqu'un de très agréable à vivre, qui n'amène jamais aucun problème et qui n'a pas d'égo démesuré. Cerise sur le gâteau, il compose, ce qui est un atout par rapport à Christian. (Pendant quelque temps, il rejoindra Bismarck, la formation des frères Thomas, qui connaîtra un certain succès avec leur single Shotgun Express).
Marc Hérouet : John Valcke a apporté au groupe ce qu'il n'avait jamais vraiment connu auparavant : un état d'esprit cool et relativiste. Autant, l'aspect perfectionniste du Wallace constituait une garantie de qualité, autant celle-ci avait tendance parfois à nous faire prendre trop au sérieux.
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Jacques Namotte est remplacé au pied levé par Denis Van Hecke. Ce dernier, qui suit ses cours au Conservatoire Royal de Bruxelles, n'a que très peu d'expérience de la scène. Mais malgré ses dix-neuf ans, il a déjà une forte personnalité sur le plan musical. Avec lui, difficile de trouver une personnalité plus contrastée que celle de son prédécesseur ! (Jacques retournera derrière son pupitre de l'Orchestre National, où sa vie reprendra enfin un cours normal).
Denis Van Hecke
Marc Hérouet : Autant Jacques était classique dans tous les sens du terme, autant Denis semble animé d'une douce folie intérieure. Très actif, expressif, parfois excessif, il donne l'impression de brûler la chandelle par les deux bouts! Seul véritable hic sur le plan musical : un besoin d'émancipation tel, qu'il l'empêche de suivre les partitions à la note près, ce que Raymond n'apprécie pas du tout.
Même si, sur le plan privé, John et Denis étaient pétris de contradictions et de trous noirs (comme chacun de nous), c'étaient des gars qui ne s'en faisaient pas et qui prenaient la vie du bon côté. Autant Denis maîtrisait le solfège, autant John jouait à l'instinct. S'il se sentait moins branché sur les nouveautés du moment comme l'était Christian (qui adorait les Pink Floyd), John était un vrai bassiste de rock des sixties ( dans le style des Who) ; et un excellent chanteur, ce qu'il est toujours aujourd'hui. Les tournées avec John représentaient un vrai plaisir pour moi. Nous nous sommes toujours bien entendus au point de rester amis jusqu'à aujourd'hui.
Du 25 au 27 février, les répétitions s'intensifient à la Cage Aux Poules.
Les répétitions avec Denis et John qui étaient de très bonne volonté n'ont pourtant pas toujours été faciles. Nous étions tellement habitués à joué nos morceaux que la moindre fausse note, le moindre couac nous rendait nerveux. Que dire du regard noir de Raymond ? |
LE REGARD DE JOHN
John Valcke |
Freddy, ce grand parleur du groupe, qui n'arrêtait jamais et, à ce niveau, pouvait se révéler très fatigant. Mais c'était avant tout un gentil garçon, passionné de musique. C'était un excellent batteur, très intuitif et qui devait surmonter la difficulté de chanter tout en jouant.
Raymond Vincent était quelqu'un de très spécial, d'un peu à part. Il éprouvait les plus grandes peines à se situer. D'une part, il se devait d'assumer sa fonction de musicien classique et intellectuel ; d'autre part, il devait s'intégrer à la sauce pop des autres musiciens.
Il revendiquait le rôle de «maître musicien». Il ne faut pas s'étonner s'il était le «mal-aimé» du groupe.
Musicalement et intellectuellement, Marc Hérouet se situait au dessus de la mêlée, tout en ayant les mêmes qualifications que Raymond.
Sylvain, c'est quelqu'un de très secret, qui a un talent fou, surtout sur le plan vocal et de l'accompagnement à la guitare. C'est aussi un grand timide. Je pense que mon influence l'a quelque peu « déglacé ». Je sais qu'il nourrissait un complexe de devoir porter des lunettes. Un jour, j'ai eu une discussion avec lui et je l'ai rassuré à ce sujet. Je lui ai fait remarquer que de nombreux musiciens en portaient, notamment Hank Marvin, son idole de jeunesse.
Effectivement, dès l'arrivée de John dans le groupe, on remarque que Sylvain ne porte plus ses lunettes. Les «petites fumettes» proposées par John semblent avoir eu les meilleurs effets pour contribuer grandement contribué à le décomplexer.
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RENCONTRE AVEC CLAUDE BERRI
Le 28 février, les musiciens s'envolent pour Lyon dans le but de rencontrer le producteur français Claude Berri. En effet, depuis plusieurs mois, Marc a su tisser des liens avec lui, dans le secret espoir d'écrire, un jour, une musique de film pour lui. L'opportunité se présente lorsque Berri s'apprête à produire le premier long métrage de Gérard Brach, La Maison. Il reprend contact avec Marc et lui propose de venir en discuter à Lyon.
Marc a toujours été un grand passionné de musique de film et de spectacles en général. Les membres du Wallace le considèrent d'ailleurs comme le « spécialiste » en matière de théâtre et de cinéma.
Marc Hérouet : Claude Berri appréciait le Wallace. Pour ma part, je me suis beaucoup investi dans l'élaboration de la musique de ce film. Tout le groupe s'est également senti concerné et a activement collaboré au projet. Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'opportunité de travailler avec le scénariste attitré de Roman Polanski!
WALLACE COLLECTION : NOUVELLE FORMULE CONCERT Á LYON
Marc, Freddy, Raymond, Denis, John et Sylvain (1970)
Le lendemain, c'est donc un Wallace relooké qui se présente devant le chaud public du Palais d'Hiver où il en profite pour tester sa nouvelle formule. Après ce baptême du feu, plutôt réussi, force est de constater que s'il reste pas mal de détails à régler, le groupe s'en est plutôt bien tiré.
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L'OPPORTUNITÉ MANQUÉE ?
S'il est un moment où Vanholme aurait pu saisir l'opportunité de redresser la barre et ramener le Wallace dans la voie d'un véritable groupe de rock dans la lignée d'un Electric Light Orchestra, (qui était en train de se constituer de l'autre côté de la Manche au même moment), c'est bien lorsque Denis Van Hecke et John Valcke sont entrés en scène. Si on les avait laissés développer leur créativité, ils auraient sans nul doute contribué à « durcir » le ton musical du groupe. D'ailleurs, lors des concerts dans les nombreux pays où il s'est produit, Sylvain n'a jamais hésité à « fortifier » certains morceaux du répertoire du Wallace, de manière à galvaniser davantage le public. Mais visiblement, Sylvain n'était pas prêt à opérer un tel revirement. C'est d'ailleurs pourquoi, Denis Van Hecke n'a d'ailleurs pas fait long feu.
Mais ce n'est pas la seule raison. Il a dû également tenir compte du jugement de Raymond Vincent, dont on sait qu'il n'a jamais toléré la moindre fantaisie. La rencontre entre les univers de la pop et du classique a décidément ses limites.
Denis Van Hecke, John Valcke
Le jeudi 5 mars, le Wallace Collection s'apprête à connaître une nouvelle journée bien remplie. Tôt le matin, ils ont rendez-vous avec une équipe de la télévision nationale allemande qui les filme toute la matinée ainsi qu'une bonne partie de l'après-midi. Les prises de vues à peine terminées, les musiciens gagnent la salle de l'Ancienne Belgique pour y effectuer une balance son. En effet, ils jouent le soir en avant-programme de Gilbert Bécaud. Les techniciens de l'émission RTL Non Stop top sont à leur poste pour retransmettre en direct chansons, musique et interviews des différents artistes. Demain est un autre grand jour. La tournée avec Johnny Hallyday, brutalement interrompue le 20 février dernier, reprend. Le chanteur a retrouvé la forme.
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SUITE ET FIN DE LA TOURNÉE HALLYDAY DU 6 au 17 MARS
D'après le carnet de route de Marc Hérouet
Vendredi 6 mars - Redémarrage de la tournée avec Johnny. Nous sommes à Lille. La salle ne paie pas de mine. Le public n'est pas très réceptif..
Samedi 7 mars - Changement radical de décor à Amiens. La salle et le public sont hyper accueillants.
Les musiciens de Johnny nous font savoir qu'ils apprécient le changement de nos musiciens. Ils accueillent John et Denis plutôt chaleureusement. Il faut dire que John a toujours eu le chic pour détendre n'importe quelle atmosphère et susciter les meilleurs contacts possibles avec tout le monde. Quant à Denis, il adorait faire le clown dans le bus. L'arrivée de ces deux cool men dans le groupe nous a permis de terminer cette tournée d'une façon nettement plus relax qu'à son début.
Dimanche 8 mars - Nous jouons à Conche en matinée. Retour le soir à Paris.
Lundi 9 mars - Départ de Paris, vers une heure du matin. Nous jouons le soir au Mans. Fin de soirée avec Johnny qui nous a présenté celui qu'il appelle son frère.
Mardi 10 mars - Niort. Belle salle et très bonne prestation. Johnny est en pleine forme !
Mercredi 11 mars - Concert à Nantes. Au cours des journées précédentes j'ai tellement peu dormi que, ce soir, j'ai manqué m'évanouir sur scène et tomber tête la première sur le clavier de mon piano. Apparemment, personne ne s'est rendu compte de rien.
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Jeudi 12 mars - Orléans. Grosse ambiance au Palais des Sports.
Vendredi 13 mars - Séance de travail à A Paris avec Gérard Brach, le réalisateur de La Maison. J'étais terriblement emballé à l'idée de rencontrer celui qui avait écrit les scripts de Répulsion, Cul de sac et Le Bal des Vampires pour Polanski. J'appréciais son type d'univers artistique. Quelle richesse que de discuter avec lui, d'essayer de déceler ses intentions afin de mieux les traduire ensuite sur le plan musical. Je me suis personnellement investi à fond dans la conception de la bande son .
Nous jouons le soir sous chapiteau à Froissy. Emmerdant.
Samedi 14 mars - Travail de studio à Paris pour le film jusque quinze heures.
À vingt et une heure, nous jouons à Sens. Formidable succès. Johnny époustouflant. On fait un doublé à Cosne dans une horrible salle. Retour à Paris, il est six heures du mat. On est mort !
Dimanche 15 mars - Dernier jour de la tournée. J'embarque dans la bagnole avec John, sa copine et Denis. Direction Armentières, notre dernière étape. Longue attente dans un bistrot avant de monter sur scène. A l'issue du spectacle, on regagne Bruxelles. Il est une heure du matin.
Lundi 16 mars - Départ de Bruxelles vers Paris. Le groupe participe toute la journée à une émission radio diffusée depuis le Théâtre de Mogador. On couche à l'hôtel. |
DÉLIRE À LISBONNE
Wallace Collection - Porto 1970
Le mardi 17, le groupe décolle d'Orly pour atterrir à Lisbonne à quatorze heures. Leur arrivée est digne d'un accueil de rocks stars. Réceptionné à l'aéroport par le chargé des relations publiques d'EMI, le groupe est aussitôt dirigé vers les studios de la télévision.
Le lendemain, la journée est consacrée à participer à plusieurs émissions radios. La promotion du Wallace est parfaitement orchestrée. Il s'agit, en effet, de remplir les salles de spectacle qui vont les accueillir.
Pour le jeune public portugais, la venue des créateurs de Daydream constitue un véritablement événement. En effet, le Wallace est l'un des premiers groupes pop étranger à être autorisé à se produire sur leur sol et ce avec l'assentiment de la dictature militaire au pouvoir.
En 1970, pour franchir les frontières entre états européens, il faut scrupuleusement reproduire en triple exemplaire la liste complète du matériel et des instruments sur un document baptisé « carnet ATA ». Ce carnet doit être visé par le secrétaire d'ambassade du pays que l'on désire visiter ou simplement traverser. Phil, habitué à ce genre de tracasserie administrative, croit de bonne foi avoir rempli toutes les formalités comme il convient.
Sylvain Vanholme (Portugal 1970)
Mais au poste frontière, les douaniers constatent que le camion ne figure pas sur le fameux carnet ATA. Ils acceptent donc le passage du matériel mais refusent celui du camion.
Phil se perd alors en de longues heures de négociation et finit par obtenir l'autorisation de pouvoir véhiculer le matériel jusqu'à la première gare. Et comme la confiance règne, il se voit affublé d'un gabelou. Ensuite, il revient déposer le camion vide au poste frontière et fonce en taxi vers la gare la plus proche. MONUMENTAL
Wallace Collection (1970)
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Arrivé enfin à Lisbonne, Phil parvient à trouver des porteurs qui l'aident à descendre du train l'équipement technique des musiciens. L'un d'entre eux se propose de lui louer le camion non bâché de son entreprise de maçonnerie. C'est à ciel ouvert, que Phil et le matériel traversent Lisbonne pour enfin arriver au Monumental.
Le concert du 19 au soir au Monumental est sold out. Dehors, on se bat pour les derniers billets. Les musiciens éprouvent toutes les difficultés du monde à accéder à leurs loges. John, Denis, Marc et les autres tiennent la grande forme. C'est vraiment l'hystérie. Les jeunes profitent de l'événement pour se défouler.
Même Sylvain perd de sa réserve habituelle. Il n'hésite pas à apparaître sur scène monté sur un petit vélo d'enfant, sous les applaudissements nourris du public.
Vers la fin du concert, confiné qu'il est généralement dans son rôle de violoncelliste classique, Denis se précipite sur le devant de la scène. Il s'empare d'un micro et assène un de ces solos d'harmonica blues dont le son résonne encore dans mes oreilles (Marc Hérouet).
A la sortie du show, c'est à nouveau la bousculade. Pour ressortir des loges, c'est pire que pour y entrer. Une foule immense réclame des autographes et bloque toutes les issues. Deux heures durant, les membres du groupe restent enfermés dans leur caravane, entourés de jeunes déchaînés, difficilement canalisés par des forces de police dépassées.
Dans un climat de tel débordement, Phil veille sur ses musiciens comme une mère poule sur ses poussins. À un moment donné, la porte de la caravane s'ouvre brutalement. Le roadie se mue alors en furie. Il plonge vers la porte, la referme non sans distribuer quelques gnons au passage. J'ai éjecté deux ou trois mecs et… la fille du commissaire en chef de la ville, qui elle, avait obtenu le sésame pour nous rejoindre. Ce que nous ignorions évidemment. Après quelques excuses, tout a fini par s'arranger.
Finalement, les artistes sont délivrés par les forces de l'ordre et terminent la soirée dans une party très chic, copieusement arrosée et fréquentée par tous les pontes du régime.
Le lendemain, le Wallace Collection donnera un second concert dans un Monumental tout aussi bourré à craquer que la veille ce qui donnera lieu à de nouvelles scènes d'hystérie collective. NUIT AGITÉE À PORTO
Sylvain sur le yacht (Porto 1970)
Le samedi 21. Le Wallace s'envole pour donner un concert au Coliseum à Porto. Trois mille jeunes en délire les attendent et leur réservent un accueil triomphal. Ce soir-là, Sylvain est invité sur un yacht avec Els sa copine, venue le rejoindre pour quelques jours. Le propriétaire s'éclipse et les laisse en tête à tête. Durant la nuit, un énorme orage éclate.
Le bateau, ballotté par les lames de plus en plus violentes, se met à tanguer de gauche à droite. Le couple, qui comptait passer une soirée relax, se retrouve plongé en pleine tourmente des éléments. J'ai bien cru qu'on allait mourir. Dans un noir d'encre, le petit yacht s'est mis à effectuer de grands cercles dans le port. Bien qu'on soit amarré, on a cru qu'à tout moment la corde allait se rompre et qu'on allait dériver dans l'océan Atlantique.
De retour à Lisbonne le lendemain, ils ont la mauvaise surprise d'être accueillis à l'aéroport par le directeur du Monumental. Celui-ci est très en colère. Bien que son contrat avec le groupe ait pris fin dès le vendredi, il ne digère pas que le groupe se soit produit à Porto. Il exige un pourcentage sur leur cachet. Discussions, criailleries, chantage… pour un résultat … négatif ! |
MADRID : LE CONTRASTE - RETOUR LISBONNE
Le lundi 23, par train de nuit, les musiciens traversent la frontière espagnole et arrivent à Madrid. Immédiatement pris en charge par une délégation d'EMI, ils sont aussitôt dirigés vers les studios de télévision de la chaîne nationale TVE. Ils y passeront toute la journée.
Lorsqu'ils regagnent leur hôtel, ils sont saisis par le contraste saisissant qui règne dans les rues. L'atmosphère est lourde. Des militaires armés déambulent un peu partout. Pas de jeunes autour de leur hôtel. Pas de demandes d'autographes. C'est la chape de plomb. Pas question non plus d'espérer sortir pour guindailler ! La nuit, Madrid est plus que jamais sous régime militaire. Les musiciens restent cantonnés au bar de l'hôtel ou dans leur chambre. Une sale ambiance.
Le lendemain, ils sont de retour sur les plateaux de la télévision. Profitant d'une pause, Sylvain sort du studio, effectue quelques pas et se choisit un coin de gazon pour s'y détendre et faire bronzette. Il ferme les yeux et se met à somnoler. Quelques minutes plus tard, il est réveillé par la voix autoritaire d'un garde civil qui, arme au poing, lui intime l'ordre de regagner le studio.
Heureusement, demain, ils repartent pour Lisbonne. Il est dix heures du matin. Depuis, une heure, les musiciens végètent dans le hall de l'aéroport. Ils sont inquiets. Ils ne sont pas certains d'obtenir les tickets pour les ramener à Lisbonne. Il leur faudra patienter jusqu'à seize heures pour enfin recueillir les précieux sésames qui vont leur permettre d'échapper à cet univers menaçant digne d'un pays communiste.
De retour en pays ami, le groupe se retrouve devant la caméra pour les besoins d'un film publicitaire vantant les mérites d'une ligne de vêtements. Pour régler leurs dettes, que ne ferait pas Jean Martin ? Fatalistes, les musiciens se disent que dans la vie il faut faire des concessions.
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Wallace Collection (1970)
Le tournage dure plusieurs jours. Dans les rues, les passants les reconnaissent et les accostent pour des autographes. Des commerçants les invitent même à entrer dans leurs boutiques. Certains vont jusqu'à leur offrir chemises, pantalons ou paires de souliers pour autant qu'ils posent en photo devant leur magasin. Le soir, les fêtes et les invitations se succèdent.
Les musiciens sont ainsi approchés par un émissaire du magnat des sherrys portugais, le Senior Pedro Domecq. Ce dernier les réquisitionne pour un concert privé dans son hacienda… en l'honneur de sa fille qui fête son anniversaire. Ce sera leur dernier show dans ce pays extraordinairement accueillant.
Le vendredi 27, dès l'aube, ils sont déjà sous les tours du Château Saint-Georges de Lisbonne, pour achever les prises de vue de leur film publicitaire qui, décidément s'éternise et crispe tout le monde. Enfin, vers midi, c'est la libération. Puis, la course jusqu'à l'hôtel, ensuite jusqu'à l'aéroport. Un vol Pan Am les transporte à Nice, puis à Juan les Pins, où ils jouent en soirée.
Marc Hérouet : l'accueil très chaleureux de la Provence à notre musique reste pour nous tous un excellent souvenir. Nous avons presté pour des patrons de boîtes qui nous avaient à la bonne et qui étaient assurés de remplir leurs établissements grâce à notre réputation.
Notes : Le 28, on a roulé près de trois cent bornes à six dans une Mercédès jusqu'Arles (interview pour France Inter) ; le soir on a fait le Akou Akou, un Club de Valbonne au Val de Cuberte.
Le 29, on a joué dans un dancing de Châteaurenard, qui s'appelait le Kilt et on a logé dans un hôtel à Bagnols-sur-Cèze. Le 30, on a fait Chalon-sur-Saône. Retour sur Bruxelles la même nuit. |
GUIDO EVERAERT
Dès leur retour, le Wallace Collection procède au remplacement de Denis Van Hecke.
Le nouveau violoncelliste choisi est beaucoup plus calme, plus dans la norme de ce qu'attend Raymond Vincent. Il s'appelle Guido Everaert et c'est le troisième à remplacer un musicien du groupe .
Marc Hérouet : si Guido était un bon violoncelliste, il faut reconnaître qu'il nous faisait renouer avec la tradition classique de Jacques Namotte… à la grande satisfaction de Raymond. J'ai le souvenir d'un gars sérieux et agréable qui savait se tenir à table (!) mais qui gardait son rang de pur interprète sans apporter de réelle contribution créative.
Mais ce n'est pas tout. Depuis leurs diverses expériences scéniques à l'étranger, où ils se sont retrouvés en face de publics très différents, les musiciens se sont rendu compte que les cordes pêchaient par manque de rythmique. Il faut se rendre à l'évidence, face à la redoutable concurrence des groupes internationaux, l'apport d'un seul violon ne suffit plus. Raymond souhaite obtenir un son nettement plus grave. Pour cela il lui faut un un violoniste alto.
Guido Everaert
SERGE GHAZARIAN
Serge est arménien d'origine. À l'âge de seize ans, il décroche un premier prix de solfège au Conservatoire de Liège. En 1962, il reçoit le le premier prix d'Harmonie avec distinction. Il devient premier violon à l'orchestre du Théâtre Royal de Liège.
Mais, l'année suivante, il est victime d'un malencontreux accident de moto. Il s'en sort avec plusieurs fractures à la main gauche. Le voilà, hors circuit, pour trois longues années, d'une rude rééducation. Pour survivre, il devient musicien de boite de nuit. |
Serge Ghazarian
En même temps, il apprend l'alto, cet instrument plus grave que le violon, sorte d'intermédiaire entre le violon et le violoncelle. A force de volonté et de ténacité, il parvient à retrouver en 1967 son poste de premier violon au nouvel Opéra de Wallonie.
Lorsque Raymond fait appel à Serge, ce dernier vient d'avoir vingt-neuf ans. Il accepte immédiatement la proposition de devenir le septième Wallace
Marc Hérouet : Quant à Serge Ghazarian, voilà un musicien qui sortait du commun ! Je m'entendais superbement avec lui, c'était la crème des types. Déjà son instrument ! Son alto contribuait à lui conférer un look très personnel. Arc-bouté entre deux mondes, sa personnalité tenait ou de l'arménien du XIIe siècle ou du martien mais pas vraiment de celle d'un musicien pop ou classique. C'était un véritable phénomène.
D'une part, il avait une oreille « absolue », ce qui signifie qu'il s'accordait sur le « la » qu'il avait en tête et non sur celui que je lui donnais au piano ! Résultat : il jouait uniquement pour lui, et restait sourd à notre accordage ; ce qui créait de curieuses dissonances qui le faisaient sourire derrière son abondant système pileux. D'autre part, il avait une faculté de mémorisation extraordinaire. Il ne lisait les partitions qu'une seule fois et était capable de les retenir à vie. Je m'amusais à lui demander de jouer la partie du deuxième alto de Carmen ou du Crépuscule des Dieux qu'il avait dû interpréter dans la fosse de l'Opéra de Wallonie ! Et il y arrivait avec brio. Excentrique, hyper distrait, obsédé par les régimes alimentaires de toutes espèces, les tournées avec lui tenaient du gag permanent.
Carnet de route : Mercredi 1/4 - TV au Théâtre Américain toute la journée en compagnie de Yes. Samedi 4/4 - Joué à Furnes. Pas mal du tout. Dimanche 5/4 - Joué à Courtrai . Du 6 au 10/4 - Répétitions à la Cage aux Poules. Samedi 11/4 - Joué à Düsseldorf. Réception à l'ambassade américaine. Retour dans la nuit. Dimanche 12/4 - Joué à Hamoir. Festival boueux ! |
WALLACE NEW LOOK GRAND PRIX ANNUEL DES CRITIQUES DE VARIÉTÉS 1970
Guido, Serge, Raymond, Marc, John, Freddy, Sylvain
Le lundi 13 avril, le Wallace Collection reçoit le Grand Prix Annuel de l'Association Belge des Critiques de Variétés par onze voix pour contre huit (en faveur de Claude Nougaro). L'événement se déroule dans le cabaret Chez Paul au Gaity.
A la lecture du compte-rendu (signé Dx) de la soirée publié dans un quotidien bruxellois, on est en droit de se demander ce qu'ils ont été faire dans cette galère.
« Un programme de choix avait été composé pour la circonstance : en plus du dynamique et ineffable Edouard Caillau et de l'excellent quatuor de Vic Perry, le couple si sympathique formé par Mary et Georges vint, sur une musique de Gershwin, composer sa chorégraphie à la faveur de laquelle, avec des accents modernes, ils joignent l'amour de la danse à l'élégance du geste.
Quant aux Kaskards, ils réalisèrent, avec leurs quilles, des choses vraiment exceptionnelles dans le genre, quelles que fussent d'ailleurs les positions qu'ils avaient décidé d'adopter pour réussir leur extraordinaire numéro. Enfin, la grande Terri King, que l'on applaudit chaque soir depuis le début de ce mois, vint renouveler, pour la plus grande joie des, spectateurs, d'ailleurs très nombreux, ses inimitables effets de voix et ses explosions de jazz ».
La manière avec laquelle le « journaliste » dépeint la soirée est des plus éloquentes. On sent le parti pris à chaque ligne. En effet, après avoir vanté de façon dithyrambique la prestation des artistes de music hall, le voilà bien en peine de devoir décrire la suite du programme. Jugez vous-même :
La nouvelle formule à sept
« Puis, après un bref entracte, deux violons, un violoncelle, deux guitares, un batteur et un pianiste dans lesquels on retrouvait cinq jeunes gens aux longs cheveux, un autre très barbu, prirent possession de la scène et de la piste.
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Pendant plus d'une heure, les Wallace Collection s'évertuèrent à martyriser leurs instruments. Maîtres dans les exercices de conservatoire et dans l'exploitation des sons les plus inhabituels ou tout bonnement classiques, ils emballèrent littéralement l'assistance qui applaudit à tout rompre tous les accords... imparfaits qui plaisent tant aux jeunes.
Et puis, Chez Paul lundi soir, tout le monde était jeune puisque les Wallace Collection ont, avec un long aperçu de leur immense talent qui a fait d'eux une des formations « pop » le plus en vue en Europe, élargi encore le cercle de leurs supporter.
Vraiment, ces sept grands artistes qui se prénomment Serge, Guido, John, Sylvain, Raymond, Marc et Freddy, sont on ne peut plus dignes de succéder aux précédents grands prix des critiques de variétés belges et qui ont pour noms : Jacques Brel, Serge Reggiani et Marie Laforêt.
Marc Hérouet : Nous étions fort blasés de ce genre de réception et récompense.
Claude Delacroix les présenta individuellement aux spectateurs avant que le président et le vice-président de l'association, MM. Henry Lemaire et Staf Knop, ne remettent aux Wallace Collection le prix qui récompense tous les efforts qu'ils ont déployés jusqu'ici en faveur de la musique « pop » et au service de nos représentants.
Pour Jean Martin, l'opération est loin d'être négative. Il en profite pour signaler, que pour la première fois, la presse francophone évoque enfin les mérites du groupe belge.
Puis il ajoute perfidement : on va sans doute nous demander de donner un gala gratuitement. Figurez-vous que, l'année passée, alors que nous étions premiers partout avec Daydream, il y avait seulement quatre critiques sur les vingt-sept qui connaissaient le nom du Wallace.
Ce qui me semble assez bizarre, c'est que nous avons été opposés à Claude Nougaro, qui est déjà dans le métier depuis un bon bout de temps. Or ce Prix des Critiques devrait plutôt consacrer un nouveau venu. Pourquoi a-t-on négligé Moustaki ? De toute façon, j'ai eu des échos de ce qui s'est passé durant le débat, qui a eu lieu au cours d'un diner.
Faute d'insister, nous n'en saurons pas plus. |
RÉPÉTITIONS À LA CAGE AUX POULES
En ce mois d'avril de l'année 1970, Vincent, Vanholme et McKay se retrouvent à la croisée des chemins. Ils doivent faire face à une évidence. Le marché britannique n'a pas suivi ; pour continuer à exister le groupe a dû se replier sur la France.
Pour le triumvirat, le choix est crucial : ou il décide de continuer à exploiter la veine commerciale de Daydream ou il profite de l'arrivée des nouveaux pour changer de répertoire et évoluer vers d'autres horizons musicaux.
Si Freddy éprouve quelques difficultés à se positionner, Marc estime, pour sa part, qu'il est urgent de sortir du carcan dans lequel le Wallace s'est enfermé. Il aspire à plus de pop, plus de rock et moins de classique. Il n'hésite pas à comparer le groupe à une machine infernale qui l'use et le broie à petit feu.
Le manque de temps, les galas ou tout simplement le manque d'envie de se réunir, de se parler pour mettre à plat la situation va très vite s'avérer regrettable.
Lentement, Marc va s'acheminer vers l'idée de quitter la formation. Entetemps, les répétitions avec Serge Ghazarian et Guide Everaert reprennent de plus belle.
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Carnet de route :
Du 13 au 16/4 - Répétitions à la Cage aux Poules. Vendredi 17/4 - Joué au Bal de Guy Cudell à St-Josse Samedi 18/4 - Joué au festival de jazz de Wieze en compagnie de Rhoda Scott.
Du 20 au 22/4 - Répétitions à la Cage aux Poules.
Jeudi 23/4 - Bruxelles – Francfort – Zagreb
Vendredi 24/4 - TV à Zagreb. Excellent accueil. La présence des cordes plait énormément aux publics des pays de l'Est. Les techniciens sont hyper sympas et font tout ce qu'ils peuvent pour nous satisfaire. Leurs moyens sont parfois vraiment dérisoires
Samedi 25/4 - Zagreb – Frankfort – Bruxelles. Joué le soir au festival de Lierre.
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Pochette made in France
LP « WALLACE COLLECTION »
appelé également « SERENADE »
Angleterre : Parlophone PCS 7099 (stéréo)
France : Odéon 2C 062-04362 (stéréo)
Publié en mai 1970
Produit par David Mackay
Ingénieurs son : Geoff Emerick, Jeff Jarrett,
John Kurlander et Peter Bown
LE RETOUR DE JEAN-MARC DESTREBECQ
Phil, le road-manager du groupe, commence à accuser un gros coup de fatigue. Il peine de plus en plus à assumer seul les diverses tâches que Jean Martin lui a confiées. Porteur de matériel, chauffeur de camionnette, ingénieur du son, secrétaire particulier, et accessoirement psychologue, il a besoin de déléguer. Il s'en ouvre à Martin qui en touche un mot à Sylvain, qui lui répond qu'il a peut-être quelqu'un en vue.
En fait, Sylvain pense à son vieux complice musicien des Enfants Terribles et du Sylvester's Team, Jean-Marc Destrebecq. En effet, de 1965 à 1968, Jean-Marc a tenu la guitare (et l'harmonica) dans le premier groupe monté par Sylvain.
Sylvester's Team - De g.à dr : Jean-Marc Destrebecq, Gégé Heymbeeck, Freddy Nieuland et Sylvain Vanholme
Il a d'ailleurs participé aux premières répétitions du Wallace Collection dont il a failli faire partie. Mais deux faits majeurs sont intervenus pour faire échouer ce projet.
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D'une part, son père avait opposé un véto catégorique à cette nouvelle aventure, qualifiée d'hasardeuse ; d'autre part, le fait qu'il tienne la guitare rythmique ne lui aurait pas conféré un rôle déterminant dans le futur groupe. Et ce ne sont pas ses talents d'harmoniciste qui auraient pu contrebalancer le désir de Sylvain de faire entrer des cordes dans son band. Jean-Marc a donc été sacrifié sur l'autel de la raison.
Ceci dit, il a toujours suivi avec le plus grand intérêt la carrière incroyable du Wallace dès ses débuts. Non sans un petit pincement au cœur... de temps en temps… pour ne pas avoir fait partie de la saga.
Début 1970, Jean-Marc, malgré des responsabilités dans la gestion de plusieurs magasins de sports, décide de s'octroyer une période de break. Alors, quand que Sylvain lui propose de venir prêter main forte à Phil, c'est sans la moindre hésitation qu'il accepte. Son job principal consiste à collaborer à la bonne organisation des shows du groupe sur le plan technique. L'aventure durera, pour Jean-Marc, un peu plus de six mois.
Jean-Marc Destrebecq (1970) |
REVOLUTION - SPEAKEASY - THE WHO
Du 18 au 29 mai, une grosse semaine de travail à Londres attend le groupe. Tant pour participer à de nouvelles sessions d'enregistrement que pour donner quelques concerts dans plusieurs clubs de Londres. Mais le planning de Jean Martin prévoit un gala le 23 sur la base de Beauvechain. Les voilà obligés d'interrompre prématurément leurs activités en Angleterre. Comme il s'agit d'un gala organisé par la Force Aérienne, Martin peut une nouvelle fois compter sur le concours des militaires pour rapatrier ses boys.
Le vieux zinc atterrit dans l'après-midi sur la base. Au programme de la soirée, Adamo . La double prestation du chanteur belgo-italien et du Wallace est enregistrée par les caméras de la RTB. L'émission passera sur les antennes nationales le 1er octobre.
Le 26 mai, les membres du Wallace sont attendus au Revolution, l'une des boites les plus en vogue de Londres. Mais dans l'après-midi, ils sont invités à un drink organisé à l'occasion du mariage de Graham Bond, immense rock star de l'époque (l'un des précurseurs du British Blues au sein du Graham Bond Organisation), avec la chanteuse Diane Stewart. Lorsque les musiciens déboulent dans la rue du célèbre club londonien, ils tombent sur une file de Rolls-Royce, de Porsche, de Ferrari, de Jaguar, parquées les unes derrière les autres. Uniquement avec de jeunes gens au volant ! Incroyable spectacle. Les musiciens belges, serrés dans leur fourgonnette, se hâtent de quitter le quartier pour aller se garer quelques pâtés de maisons plus loin.
Le soir, le Wallace donne son concert au Revolution devant un public attentif constitué en majorité de professionnels. En plus de leur répertoire habituel, visiblement apprécié, ils se lancent dans un étonnant medley des grands hits des Beatles. La soirée se termine en compagnie des Four Tops, venus en tant que simples spectateurs, et qui invitent les musiciens pour une nuit des plus arrosées.
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Speakeasy
Le lendemain, au Speakeasy, lors de la balance son, Sylvain est en veine d'inspiration. Soudain, il plaque des accords sur sa guitare, griffonne quelques paroles sur un bout de partition et crée Phil. Le temps d'une demi-heure de répétitions, et le soir, le morceau était interprété pour la première fois en public.
Le jour suivant, le Wallace va vivre un grand moment d'émotion. On vient de lui apprendre que, parmi les spectateurs, se trouveront les musiciens du Who. À la question : comment un « petit » groupe belge se sent-il face à de tels monstres sacrés, à une époque où la pop music britannique est à son apogée dans le monde, Sylvain répond : nous étions tous un peu flippés. Je me sentais francophonisé dans un univers à cent pour cent anglo-saxon. Et ça, ça fout quelques complexes !
Cela dit, Sylvain souligne également les points forts de cette soirée mémorable . Les deux violonistes, sous amplification Semprini avec leur double chambre d'écho, ont étonné tout le monde. Sur le plan rythmique, Marc était redoutablement efficace au piano, autant que John à la basse. Et puis, Freddy assurait méchamment derrière. Enfin, modeste, il conclut : finalement, le plus faible, c'était moi !
Phil et Jean-Marc se rappellent que Keith Moon, le batteur des Who, était complètement saoul. Il offrait à boire à tout le monde. Il n'arrêtait pas de clamer son admiration pour le Wallace, mais surtout … pour Serge Ghazarian. Il lui a même offert un superbe bouquet de fleurs. On aurait dit qu'il en était amoureux. « Ceci est véridique, nous en sommes tous restés baba ». |
LE 13 JUIN 1970 : BRATISLAVA AVEC CLIFF RICHARD
Cliff Richard
Arrive juin. Le Wallace est invité à se produire dans le cadre du cinquième festival international de la chanson pop qui se tient en Tchécoslovaquie. Tous les chanteurs, chanteuses et groupes folkloriques que compte le pays, sont de la partie. La vedette en est Cliff Richard. Il faut savoir qu'à l'époque, David Mackay suivait de près la carrière professionnelle du chanteur. Il en a donc profité pour faire venir ses poulains belges à Bratislava.
Foules immenses, accueil délirant, liesse populaire. Il semble que la jeunesse issue du bloc communiste, sache mieux qu'ailleurs, accueillir les groupes de rock occidentaux.
Au cours de l'après-midi, lors des répétitions générales, le groupe s'était lancé dans l'interprétation de Bruxelles, extrait de l'album
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Jean-Marc se souvient de la formidable impression que Raymond produisit sur ses confrères musiciens, tous issus du sérail classique.
Planté sur le devant de la scène, face à cet immense stade et seul avec son violon, il s'est lancé dans une interprétation digne de Paganini. A l'issue de ce solo aussi brillant qu'inattendu, toute la fosse du grand orchestre qui accompagnait les chanteurs a réagi en tapant avec ses baguettes sur ses pupitres. La grande classe !
Raymond Vincent - photo © J.H.Degroot
Le soir, la ferveur, l'enthousiasme et l'admiration du public tchécoslovaque étonne encore un peu plus les musiciens. Ils renouent avec l'effervescence et le succès qu'ils ont connus à Lisbonne, au mois de mars précédent. Dès que résonnent les premières notes de Daydream, les spectateurs applaudissent et manifestent leur joie en fredonnant ce refrain désormais célèbre, symbole de rapprochement entre deux jeunesses qui ne se sentent pas concernées par des régimes politiques que tout oppose.
Après le spectacle, David Mackay et Freddy partent dîner en compagnie de l'interprète de Congratulations et de tant d'autres tubes. C'est ce soir-là, que Cliff proposera au Wallace de devenir ses accompagnateurs pour plusieurs concerts. Mais la proposition demeurera sans suite. |
ALEXANDER DUBCEK
Sylvain Vanholme (Bratislava, juin 1970)
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Lors des deux vols Prague-Bratislava et Bratislava-Prague, le hasard a voulu que les membres du Wallace reconnaissent à l'aéroport un visiteur particulier : l'ancien Président déchu Alexander Dubcek. Ce dernier, à qui on avait confié la mission d'entretenir un parc public de la capitale, prenait l'avion chaque matin de Bratislava pour se rendre à son travail.
Marc Hérouet : Oui, je tenais à rencontrer ce héros politique du Printemps de Prague, événement auquel j'avais assisté en direct à la mi-1968 en Tchécoslovaquie même. Nous avons évoqué Josef Kausitz, un ami commun, grand intellectuel qui en était réduit à travailler de nuit comme chauffagiste dans les caves du Château. Rencontre brève avec un homme affable et timide ayant avalé bien des couleuvres...
À l'époque, travailler dans un pays communiste équivalait à se faire payer en monnaie de singe. Il était donc indispensable de tout dépenser sur place. Ainsi les musiciens ont-ils dilapidé allègrement leurs couronnes en s'offrant les meilleurs hôtels, les meilleurs restaurants, de longues promenades en taxi. Ils n'ont pas plus lésiné sur le caviar ni surtout sur le champagne qui a coulé à flot durant tout le séjour. Ils ont fait la fortune des bars du coin, tenus par des étudiants. |
LA FATIGUE DE MARC HÉROUET
Ce voyage à Bratislava marque un tournant décisif dans la carrière de Marc Hérouet et inévitablement dans celle du Wallace tout entier. C'est au cours de cette période qu'il envisage de quitter le groupe. Il y a plusieurs raisons à ce choix : le récent décès de sa mère, la grave déprime de son père, l'ingestion de cocktails de médicaments pour tenir le coup. Son entourage proche, sa famille, ses amis le décrivent comme un garçon en perte de repères et de contrôle de soi… au point de devenir progressivement ingérable.
Le dernier soir, à Bratislava, Marc est approché par David Mackay qui s'inquiète de plus en plus de son état physique et psychologique. S'ensuit alors une sérieuse discussion.
Marc Hérouet
Marc Hérouet : Au cours de ce repas, je lui ai fait part de mes états d'âme. Je lui ai expliqué que j'en avais ras-le-bol du côté commercial du Wallace, des dissensions au sein du groupe. Bref je lui ai annoncé mon intention de partir. Il en a été attristé et m'a une nouvelle fois proposé de prendre nominalement la direction du groupe, proposition que j'ai évidemment refusée.
S'il est une règle qui prédomine dans le Wallace c'est bien de ne jamais étaler ses états d'âme ni d'évoquer ses problèmes personnels. |
Même si les autres membres du groupe sont partiellement au courant des souffrances que Marc endure, ils n'en laissent rien paraître. Il est probable que Mackay ait discrètement alerté Sylvain, Raymond ou Freddy. Pourtant et sans doute par pudeur, aucun n'a cru bon d'intervenir. Cela n'a rien d'étonnant lorsque l'on sait que les musiciens ne se fréquentaient quasiment jamais lors de leurs sorties quotidiennes.
Marc, Sylvain et John
Marc explique qu'en dehors de la musique, chaque musicien avait des centres d'intérêts forts différents. Ainsi lui, se passionnait-il, depuis toujours, par l'antiquité gréco-romaine. Je profitais autant que possible des temps libres pour visiter musées, monuments, nécropoles, bibliothèques, etc. Le sommet, si je puis dire, a été notre voyage à Athènes. J'en ai profité pour visiter l'Acropole, que je désirais arpenter depuis longtemps.
Sortir avec Freddy aurait plutôt tenu de l'accompagnement thérapeutique. Par contre, avec John Valcke, c'était le pied. C'était le type de compagnon idéal pour supporter la fatigue et l'ennui des tournées. Je garde également de bons souvenirs de sorties avec Phil, notre road manager...
Après tout, pragmatisme et réalisme ne sont-elles pas les meilleures voies à suivre dans ce genre de situation ? Quelles aides auraient pu apporter les musiciens, confrontés eux-mêmes à leurs propres difficultés ? |
DISCOGRAPHIE "COMPLÈTE"
JANVIER/JUIN 1970
Format PDF (7 pages)
Recherche et commentaires de Philippe Colinge
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Lire la suite : Le Crépuscule (3)
Biographie officielle rédigée par Jean Jième, extraite de
One-Hit Wonder - Wallace Collection.
Avec la collaboration de Philippe Colinge pour ses
recherches.
Remerciements à Marc Hérouet pour la mise à disposition de ses carnets de notes
ainsi qu'à Sylvain Vanholme, Christian Janssens, Jacques Namotte,
David Mackay, Jean Martin, Jean-Marc Destrebecq, Daniel Lempereur dit Phil, Claudette André.
Textes et photos sous copyright de leurs auteurs. Reproduction interdite sans autorisation
Sur Facebook : A collection of Wallace Collection
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DOSSIERS COMPLÉMENTAIRES
Biographie officielle des Seabirds
Biographie officielle du Sylvesters's Team
L'audition du Wallace Collection aux Gémeaux - octobre 1968

















































