ROCK BELGE / ALBUM SOUVENIRS
WALLACE COLLECTION (1969-1971)
1.L'ENVOLÉE VERS LA GLOIRE (PREMIÈRE PARTIE)
(Biographie officielle)
Textes et photos sous copyright de leurs auteurs.
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Sylvain Vanholme est certainement l'un des artistes les plus talentueux de sa génération. Chanteur, compositeur, musicien et producteur, il a tout essayé. Et la plupart du temps, il a réussi à imposer son style et sa personnalité. Tous les groupes avec lesquels il a travaillé ont connu leur période de succès.
Déjà dans les Seabirds à Ostende en 1962-63, il bâtissait sa réputation. Après des incursions dans les Enfants Terribles, et les Babs et les Babettes, on le retrouve bientôt dans le Sylvester's Team, avant qu'il ne fonde le Wallace Collection qu'il va parvenir à imposer sur le plan international.
En parcourrant son itinéraire de musicien, depuis le début des années soixante, on perçoit mieux les tenants et aboutissants qui l'ont amené à connaître la carrière que l'on sait.
Cartoon : Janbrun |
Wallace Collection© Jean Jième (juin 1969)
Christian Janssens, Sylvain Vanholme,Jacques Namotte,Raymond Vincent,
Marc Hérouet, Freddy Nieuland
Sylvain Vanholme (guitare solo) , Freddy Nieuland (batterie), Marc Hérouet (piano) et Christian Janssens(basse) font partie du 16th Century. Un jour Sylvain a une idée : combiner le jazz, la pop music et le classique en une formation unique. Une idée apparemment utopique mais qui se révèlera géniale. Sylvain part à la recherche de deux violonistes.
Sylvain : Je savais que le patron de l'Onyx club, Pol Clarck, éditait un fascicule qui reprenait les adresses des musiciens dans leurs diverses disciplines. Je me suis donc rendu dans son bistrot, situé en face du studio DES, muni d'un avis que j'ai accroché aux valves. J'en ai profité pour lui demander de me filer les adresses des violonistes et violoncellistes qui figuraient sur sa liste. A chacun, je leur ai envoyé un courrier stipulant mon souhait de les rencontrer.
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LA LETTRE QUI A TOUT FAIT DÉMARRER
Sylvain : Quelques jours plus tard, je suis contacté par Raymond Vincent. Au téléphone, il me dit qu'il est violoniste et premier prix du Conservatoire de l'Orchestre national.
Raymond Vincent n'en est pas non plus à sa première expérience en matière de disque puisqu'il a déjà sorti un single semi pop-classique sous le nom de Stradivarius. Pour contrebalancer le piano et les guitares électriques, Raymond s'adjoint les services de Jacques Namotte, violoncelliste.
  
Sylvain Vanholme, Raymond Vincent et Jacques Namotte
À partir de cet instant, Raymond Vincent n'aura de cesse de chercher le moyen d'électrifier également les deux instruments à cordes, ce qui apportera, à terme, ce son exceptionnel baptisé Wallace sound. D'emblée, Raymond Vincent fait écouter diverses mélodies, souvent très connues, puisqu'elles émanent du répertoire classique et font donc partie de la culture universelle.
Lors d'une des répétitions, Vincent propose à Sylvain d'écrire des paroles sur une adaptation pop du Lac des Cygnes. Le futur Daydream est en route.
Après plusieurs semaines de travail, le groupe se sent prêt. Sylvain fait appel à l'impresario Jean Martin patron du Secrétariat des Artistes. vec lequel il a souvent travaillé, notamment à l'époque du Sylvester's Team.
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Jean Martin- impresario
Jean Martin : Sylvain m’avait confié son idée de tenter une expérience musicale qui allierait rock, jazz et classique au sein d’une même formation. À son invitation, je débarque un soir dans leur local de répétition. J’avais encore dans l’esprit l’ancienne formule du Sylvester’s Team avec l’équipe constituée de Gégé, Jean-Marc, Freddy et Sylvain. Ici je me retrouve en face de Marc Hérouet, dont on m’avait vanté les qualités de pianiste de jazz.
Il y a aussi Christian Janssens, le plus jeune de tous mais déjà très coté et bénéficiant de la réputation enviable de « bassiste le plus précis de Belgique ». Christian, un gars plutôt discret et conciliant. À la batterie, bien sûr Freddy Nieuland, le visage hilare, plein de bonne humeur, plutôt sûr de lui.
D’entrée de jeu, j’ai été impressionné par leur esprit de corps et leur professionnalisme. On sentait que Sylvain en voulait. Lorsqu’ils se sont mis à jouer, dès les premières notes, je suis tombé en pâmoison ! J’étais fou de joie. Je leur ai dit d'emblée que je j'étais d'accord de prendre leur carrière en mains.
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L’ULTIMATUM DE SYLVAIN
Le deal de Sylvain est sans appel : " Tu nous trouves une firme de disques à Londres, un studio pourenregistrer et tu deviens notre manager. C’est à prendre ou à laisser ! »
Il faut être bien aventureux pour accepter de telles exigences. C’est pourtant ce que Martin prouve en proposant, après une semaine de réflexions, de produire, à ses frais, une maquette digne de ce nom. Il annonce qu’il ira la présenter aux firmes belges susceptibles de créer un contact avec leur maison mère à Londres. Après on verra.
C’est toujours mieux que rien, se dit Sylvain, qui accepte le deal. Quelques jours plus tard, plusieurs chansons sont enregistrées au studio DES.

Sylvain Vanholme
La prétention de Sylvain d’enregistrer dans des studios d’outre-Manche, apparaît plutôt surréaliste. Peu de groupes étrangers ont eu à ce jour les moyens de se payer ce genre de luxe |
En Angleterre, les syndicats d'artistes sont incontournables. Chaque studio dispose de musiciens appointés pour réaliser les maquettes et les masters. Or Sylvain a bien l’intention de n’enregistrer qu’avec ses propres musiciens. Problème, car dans ce cas, l’Union des artistes britanniques exige que leur soit versé un montant équivalent au cachet qu’auraient touché les six musiciens du studio.
Jean Martin n’est évidemment pas au courant de ce type de pratiques. Sinon, aurait-il relevé le défi lancé par Sylvain ? C’est toutefois un homme optimiste, qui a pour maxime : qui ne risque rien n’a rien.
Plus les jours passent, plus l’envie de se lancer dans l’aventure lui parait tentante. Martin la voit comme l’opportunité qu’il attend depuis longtemps. Il dira plus tard qu’il n’en dormait plus.
Sur le plan du business international, l'homme a peu d’expérience. Tout au plus, est-il habitué à faire tourner à l’Ancienne Belgique des vedettes françaises de Music Hall et à programmer des artistes au Festival de Ciney.
En revanche il n’a aucune compétence en matière de show-biz à l’anglaise. Et pour cause, il ne parle pas un mot d’anglais. Impossible donc d’imaginer parlementer avec des agents ou des producteurs comme il le fait depuis des années avec les Français.
Comment s’y prendre pour vaincre la forteresse anglaise, qu’il estime plus infranchissable encore que le mur de Berlin ?
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À L'ASSAUT D'EMI
Il décide pourtant de prendre le taureau par les cornes, décroche son téléphone et appelle la secrétaire d’Émile Garin, directeur d’EMI en Belgique, pour obtenir un rendez-vous. Une fois dans son bureau, il le met au courant de l’objet de sa visite. Garin le regarde d’un air incrédule. Encore une bonne blague belge !
Mais Jean insiste et lui demande le nom d’un de ses homologues anglais : il pourrait le rencontrer dans la capitale britannique et lui proposer de venir en Belgique pour découvrir le groupe. Il veut éviter d’envoyer une maquette à Londres. Il connaît trop bien le système et l’habituelle phrase : « Déposez votre maquette sur la pile, le comité d’écoute se réunit le mois prochain et on vous écrira ».
Il fait le pari que, s’il parvient à déplacer un producteur d’Angleterre pour rencontrer les musiciens, ceux-ci sauront provoquer l’impact émotionnel qu’il a lui-même ressenti, lors de leurs premières répétitions. Jean aime bien tenter le diable.
Face à sa détermination, Garin suggère : « Le seul type avec lequel j’ai des contacts à Londres est Harry Flower, le directeur préposé à la promotion internationale, un Australien.C'est lui qui nous recommande les nouveautés à promouvoir en Belgique. Appelle-le de ma part et essaye d’obtenir un rendez-vous ».
Martin arrive chez EMI, muni d’une simple carte de visite sur laquelle il est écrit : « I’m coming from Belgium just to meet Mr. Flower. Recommended by Mr Garin. Mais comme il n’a pas pris de rendez-vous, on le fait attendre. Finalement, on le fait pénétrer dans le bureau du directeur de la promotion extérieure. C’est le moment de vérité. »
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Martin : Je me lance alors dans une envolée lyrique mêlant des mots anglais, français, flamands et même allemands. Ahuri, il me regarde poliment, n’en croyant ni ses yeux ni ses oreilles. Je vois bien qu’il ne pige pas grand-chose à mon charabia. J’essaie alors de me faire comprendre par des gestes. Ce qui ne donne rien. Devant mon désarroi, il fait enfin venir quelqu’un qui parle un peu français.
Harry Flower finit enfin par comprendre que Martin propose qu’un représentant de chez EMI se déplace à Bruxelles pour venir écouter un groupe de musiciens aussi talentueux que… les Beatles !
Perplexe, intéressé ou bluffé par cette annonce surprenante, il appelle un certain David Mackay par le téléphone intérieur.
Mackay était, en 1968, un jeune producteur australien, qui venait de débarquer à Londres engagé par EMI. Bien qu’il se soit forgé une solide réputation dans son pays, il devait encore faire ses preuves au Royaume-Uni.
Mackay, très gentleman, promet à Martin de rapporter (pour la forme) sa proposition à son supérieur Sir Joseph Lockwood et de le tenir rapidement au courant.
Il ajoute, « puisque vous m’invitez, je viendrai un week-end. J'en profiterai pour visiter Bruxelles ». |
JOUR J - L'AUDITION AUX GÉMEAUX

L'audition décisive aux Gémeaux qui décida du destin du groupe (oct 1968)
Marc Hérouet-Collection
QUITTE OU DOUBLE !
Jean Martin passe à la phase deux de son plan : réaliser une audition du groupe dans les meilleures conditions professionnelles possibles.
Il prend contact avec Jean-Paul Wittemans, le mentor des Cousins, manager de l’orchestre Ariane et les 10/20 et qui exploite la discothèque Les Gémeaux, un endroit à la mode situé Boulevard du Souverain, à deux pas de l’actuel Centre culturel d’Auderghem.
Jean-Paul connaît bien Sylvain et Freddy. Il les a engagés tous les mercredis soirs dans son établissement sous le nom de Sylvester's Team pour animer ce qu'il appelle : ses soirées anglaises.
Tout le monde sait qu’il aurait bien voulu devenir leur impresario. Mais se serait-il engagé sur le plan financier, comme l’a fait Martin ? On peut se poser la question. En tout cas, il donne son accord pour que l'audition ait lieu au Gémeaux, un mercredi soir.
Arrive le jour J. Vers vingt-deux heures, Jean-Paul Wittemans monte sur scène et se lance dans une présentation dithyrambique des musiciens en faisant référence aux Beatles.
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L’accueil réservé aux musiciens reste discret.Mais dès les premières mesures attaquées au violon, relayées ensuite par les guitares, ce jeune public, plutôt BCBG se tourne résolument vers la scène. La surprise est totale. C’est le choc. Tant sur le plan visuel que sonore.
Martin jubile, il ne quitte pas Mackay des yeux.
Il était installé à plusieurs mètres de moi, sur ma gauche, je pouvais néanmoins lire la surprise sur son visage. Lorsque nos regards se sont croisés, il a levé le pouce vers le haut, enthousiaste. Il criait "Ok, Ok". C’était finalement la seule chose que je comprenais.
Après un medley des meilleurs morceaux des Beatles, le groupe marque une courte pose. Le public ne réagit pas, comme s’il était tétanisé. Puis viennent les cris et les sifflements approbateurs. Le groupe poursuit sur sa lancée.
Lire le dossier : L'audition aux Gémeaux.
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Freddy Nieuland - Les Gémeaux - octobre 1968 - Marc Hérouet-Collection

David Mackay 2009
David Mackay : Je ne me rappelle plus par quelles chansons ils ont commencé, mais j'ai directement été frappé par la cohérence et la dynamique du groupe.
Être ainsi confronté au mélange des influences à la fois classique et jazz au sein d’une formation pop, c'était exceptionnel ! J'avais l'habitude de produire des groupes de rock avec deux guitares, une basse et une batterie, sans plus. Ce qui vous limite quelque peu, surtout lorsque vous faites cela pendant un grand nombre d'années ; ce qui avait été mon cas en Australie. Et voilà que je me retrouvais tout à coup face à un univers musical totalement neuf !
C’était quelque chose de vraiment spécial et de très excitant. Sans oublier l’étonnante combinaison des cordes. Certes, la structure commerciale du groupe n'était pas encore tout à fait au point. C'était un encore un peu brut, mais la matière était là. J’ai pensé qu’il fallait partir de cet aspect brut, et l’amener vers plus de finesse.
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ABBEY ROAD - LE DÉBUT DE L'AVENTURE

Lorsqu'ils arrivent à Abbey Road, ils s'appellent toujours 16th Century - 6.1.196

Marc Hérouet
Freddy Nieuland

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Le 6 janvier 1969, les musiciens débarquent à Londres pour un séjour de trois semaines. Pour Sylvain, Freddy et Marc, rompus aux aléas de la vie d’artiste, cet éloignement de la mère patrie ne pose guère de problèmes. C’est moins évident pour les deux musiciens classiques, confrontés à la promiscuité d’un groupe pop. Quant au jeune Christian, il est si épris de sa petite amie, qu’il vit cette séparation comme une épreuve.
Sur une carte postale envoyée par Marc Hérouet à sa famille, on peut lire : « Notre arrivée chez EMI fut vraiment formidable! C’est comme dans un rêve ! Des gens terriblement sympas, des studios magnifiques, un building très moderne, et un programme mes amis !!! Je crois, sans trop m’avancer, qu’ils veulent faire les choses en grand. »
Et sans doute pour faire une petite blague, il ajoute : Figurez-vous que les Beatles ne peuvent pas enregistrer leur prochain 45 T chez EMI à cause de nous ! Leur studio est loué pour notre orchestre. Incroyable, mais vrai ! (*)
Tous les gens d’EMI étaient au courant de notre arrivée et David nous a montré un article disant que le tout grand patron serait là lui-aussi. Il paraît que c’est exceptionnel.
(*) Les Beatles pouvaient bien entendu enregistrer quand ils le voulaient, et c'était aux autres de s'adapter. Par ailleurs, en janvier 1969, ils commençaient les laborieuses "Get Back Sessions" (qui deviendront le film et l'album Let It Be) dans les studios de Twickenham, et à aucun moment il n'y a eu de session prévue pour le groupe à Abbey Road au cours de ce mois de janvier.
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QUAND SYLVAIN RENCONTRE HANK MARVIN
Mackay, bien avant que ne débarque le Wallace , a fait courir le bruit qu'un groupe venant de l'étranger, allait casser la baraque. Il a déjà fait écouter la bande démo à de nombreuses personnes de la maison C'est ainsi que tout le staff de la firme, y compris les différents artistes présents dans les studios, brûlent de les rencontrer.
C'est notamment le cas des Shadows, qui à l'époque sont toujours pour EMI des artistes de premier plan, et plus particulièrement d'Hank Marvin, curieux de tout et en recherche musicale et instrumentale permanente.

Sylvain Vanholme à Abbey Road
Sylvain Vanholme raconte qu'en se rendant aux lavatories, il dépose sa Fender dans un coin du local. Fraîchement repeinte par Christian et décorée de dessins psychédéliques, elle a fière allure et présente un look vraiment exceptionnel.
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 Hank Marvin
Soudain, à ses côtés se glisse un grand type avec d'immenses lunettes. Sylvain reconnaît Hank Marvin, l'idole de ses seize ans , l'artiste qui lui a donné l'envie de jouer de la guitare et qu'il a le plus imité. Lorsque Sylvain veut reprendre sa Fender, Hank s'adresse à lui :
C'est votre guitare ? Elle est vraiment spéciale !
Est-ce que je pourrais vous l'emprunter quelques instants ? Je suis venu poser pour des photos et la guitare que le studio me propose est vraiment quelconque ? Merci.
Une heure plus tard, un commis est venu restituer la Fender. Sylvain l'a prise en main et a sans doute pensé que le hasard faisait bien les choses. Et dire qu'il doit exister quelque part une photo de Marvin posant avec ma guitare dans un magazine ou peut être sur une pochette de disques ! |
SEMAINES INTENSIVES DE RÉPÉTITIONS
Dès le 8 janvier, commencent d'intenses répétitions qui plongent instantanément les musiciens dans la réalité. Au terme d'une première journée harassante, en compagnie de David Mackay, ils sont invités à dîner chez Ken East, le grand Directeur d'EMI. Du jamais vu ! Aux dires de Marc et de Sylvain, les rapports humains entre musiciens, producteur et membres de l'équipe technique se passent dans une incroyable bonne humeur et une saine euphorie.
Sylvain Vanholme : Je me suis tout de suite bien entendu avec David. Je peux même dire qu'une réelle complicité s'est établie entre nous. David était avant tout un homme plein d'humour. Et comme moi j'aime bien blaguer, ça a facilité nos rapports. Il a tout mis en place pour nous mettre à l'aise et nous confronter aux contraintes techniques qui nous attendaient. Par exemple, on a dû s'habituer à enregistrer avec un casque sur les oreilles, on n'y était pas habitués.
Marc Hérouet : Travailler sous la conduite de techniciens de la trempe de Geoff Emerick (ingénieur attitré des Beatles depuis le printemps 66) a été le pied absolu. Il faut bien reconnaître que nous n’étions pas au courant des nouvelles techniques d’enregistrement. Quant à Mackay, il savait parfaitement nous gérer et adopter les bonnes décisions. Nous lui faisions totale confiance dans le choix des morceaux et lorsqu'il fallait trancher en matière de lyrics et d’arrangements.
Cerise sur le gâteau, les musiciens disposent d'un matériel professionnel inouï pour l'époque. Tour à tour, Marc a la possibilité de s'exercer sur un clavecin électrique, un gros Steinway de concert, un piano à clous sur lequel Ob-la-di, Ob-la-da avait été enregistré quelques mois plus tôt et même sur un mellotron.
Comment, baignés dans un tel environnement, qui nous rappelait à chaque instant que nous vivions un moment exceptionnel de notre vie, n'aurions-nous pas donné le meilleur de nous-mêmes ?

Freddy Nieuland à Abbey Road
Durant trois semaines les musiciens ne quitteront les studios que pour manger et rentrer dormir à leur hôtel. Le rythme de travail, ajouté aux pressions diverses, devient à certains moments insoutenable. Les premiers essais techniques sur le plan du son se révèlent laborieux. Les réglages micros de la batterie prennent un temps fou. Freddy, comme à son habitude, ne sait pas se taire et ses commentaires crispent les autres.
Durant des heures, chacun des plus infimes éléments de la batterie est amélioré. Ici, un morceau de couverture est découpé pour étouffer le bruit trop sourd d’une grosse caisse. Là, un bout de ruban adhésif bloque une vibration intempestive due à la vis d’une cymbale.
Puis les musiciens se penchent sur les guitares et le piano pour en affiner les réglages. Après les heures passées sur la batterie de Freddy, tous se demandent combien de temps prendront les accordements du violon de Raymond Vincent ?
Heureusement, le savoir-faire des techniciens de l’équipe est sans limite. Ainsi, il suffira d’un petit micro adapté à la caisse de résonnance pour mettre en valeur le son mélodieux. Et le violoncelle? Les oreilles attentives et les doigts experts l'accordent avec la même subtilité.
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Lors des premières bandes enregistrées, chaque musicien découvre avec étonnement la puissance et la richesse de son instrument.
Reste aux techniciens à se concentrer maintenant sur le choix des micros en rapport avec les différents timbres de voix de Freddy, Sylvain et Marc. Chaque réglage technique est répertorié, classé et enregistré. Inutile de préciser que le résultat final se révèle à la hauteur de l'immense patience et des remarquables efforts consentis.
 
Raymond Vincent et Jacques Namotte
à Abbey Road
Marc Hérouet : Nous étions bel et bien dans les studios d'enregistrement les plus perfectionnés au monde où rien ne fut jamais laissé au hasard.
Mi-janvier, les musiciens en sont à la moitié de l’album. Fait unique ! Le 23, Ragtime Lilly, l’unique composition de Marc à figurer sur le futur LP, ne requiert qu’une seule prise. Sur la bande, on entend la voix de Geoff Emerick qui annonce la prise.
Marc propose alors à David de laisser figurer cette annonce sur le disque; ce qu’il accepte volontiers. L’après-midi, c’est au tour de Fly Me To The Earth à être mis en boîte.
Dans l’introduction de Baby I Don't Mind, Marc Hérouet rapporte qu’il avait placé des balles de ping pong dans l’enceinte des touches de son piano. Ce qui donnait un son du genre tagadagadagadag. Un autre jour, Sylvain et Freddy se sont mis à chanter dans la table d'harmonie d'un piano pour mieux faire résonner leurs voix. D’autres tentatives, parfois complètement expérimentales, ont également été menées dans la chambre d'écho, située en-dessous du Studio 2.
Les musiciens ne voient personne, ou si peu. Le soir, les sorties sont plutôt rares. Ils sont trop fatigués pour faire la java. En journée, pendant les sessions, pas question de faire venir les petites amies. Dès le départ, Sylvain a été très clair à ce sujet, pas de gonzesses !
Marc Hérouet et Christian Janssens à Abbey Road
Voilà qui ne va pas manquer de créer tensions et grincements de dents chez certains ! Mais c'est comme ça ! Pourtant il y aura une exception à la règle. La seule femme admise pendant qu'ils répètent sera… la maman de Jacques Namotte.
Dissimulée derrière un paravent, la brave dame tricote. Jamais elle ne lèvera la tête pour regarder les musiciens au travail. Jamais elle ne dira un seul mot. De temps en temps, Jacques recule sa chaise, se penche vers celle de sa mère distante de quelques mètres et lance discrètement : Alles goed, Mama ? Elle hoche à peine la tête et continue tranquillement à croiser ses mailles.
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LE CHOIX DE DAYDREAM
Si personne ne se souvient du jour précis où Daydream a été mis en boîte, il paraît vraisemblable que ce fut au cours de la première semaine de répétitions. Ce qui est certain, c'est que ce morceau comme d'autres, a fait l'objet de plusieurs sessions en re-recording (le 8 pistes facilitait énormément les opérations). Ce n'est que plus tard que les cordes, les percussions, le fifre de Sylvain, les voix et les claviers supplémentaires ont été rajoutés.
Lorsque le morceau fut sur le point d'être achevé, David Mackay trouva original d'ameuter tout le personnel commercial et administratif d'EMI, directeurs en tête, à venir se joindre aux chœurs de la finale. Ce jour-là, plus de quatre-vingt personnes se présentèrent et entonnèrent ensemble le désormais célèbre hymne qui, bientôt parcourra le monde
Parmi les quatorze morceaux enregistrés à Londres, Mackay déclarera plus tard que dès le départ il a considéré Daydream comme un hit probable. Sans doute a-t-il dû hésiter un moment entre deux options? Celle de miser sur l'album d'un groupe expérimental génial, ou celle d'investir sur une mélodie facile à retenir et chantée par une voix exceptionnelle.
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David Mackay et Marc Hérouet- Collection Herouet
Marc : Une seule de mes compositions figure sur l'album. Mackay m'a dit que Hank Marvin avait écouté certains de mes morceaux et les avait appréciés. Mais EMI ne les a pas jugés suffisamment commerciaux.
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16th CENTURY DEVIENT LE WALLACE COLLECTION

L'envolée vers la gloire

The Wallace Collection museum
16th Century, le patronyme du groupe, ne convient pas à Mackay. Il n’est pas le seul. Les musiciens se mettent à explorer plusieurs pistes de noms faisant référence à la musique classique.
Tout près des bureaux d’EMI, se trouve le musée de Sir Wallace, The Wallace Collection. David Mackay signale qu’on y trouve exposées de très belles toiles de maître de la période classique flamande.Pourquoi ne pas associer les grands peintres flamands avec la branche classico-rock ?
Aussitôt dit, aussitôt fait !
Lorsque le groupe rentre de Londres, Jean Martin réunit les musiciens et leur fait comprendre qu’au train où vont les choses, il faut passer à un stade professionnel.
Dorénavant, ils devront être disponibles vingt-quatre heures sur vingt quatre et assumer leur statut d’artiste. Pas de problème pour Freddy, Marc et Christian qui n’ont pas d’emploi. Mais pour les autres c’est plus délicat. Ainsi Sylvain doit-il remettre sa démission à la compagnie d’assurances qui l’employait jusqu’ici tandis que Raymond et Jacques s'organisent pour obtenir un congé sabbatique à l’Orchestre national.
À l'époque, c'est une décision, lourde de conséquences. Un musicien ne quitte pas son boulot comme ça du jour au lendemain. D'autant plus qu'aucun orchestre pop belge, à part les Cousins , n'est jamais vraiment parvenu à gagner sa vie avec la musique.
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DAYDREAM-BABY I DON'T MIND

Daydream avec Baby I Don't Mind en face B, sort en single sur le marché britannique, avant d'être distribué en France, Italie, Espagne, Portugal, Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Brésil, Argentine, Grèce, Turquie, Uruguay, Australie et Nouvelle-Zélande. Les éditions américaine et canadienne qui paraîtront quelques mois plus tard, proposeront par ailleurs un mix légèrement alternatif de Daydream et Baby I Don't Mind.
Du jour au lendemain, Freddy Nieuland devient LA voix du Wallace. Le succès inespéré de la mélodie surprend tout le monde. Qui aurait cru, parmi les musiciens, que c'est elle qui serait choisie par EMI pour lancer l’album ?
Au bout de quelques semaines, les ventes augmentent de manière exponentielle. Si l’euphorie prime dans un premier temps, le soufflé retombe peu à peu. Car le manager Jean Martin, Sylvain, Marc, Christian et Freddy se rendent compte que Daydream est en train de classifier le Wallace Collection dans une catégorie qui n’a rien à voir avec un groupe de pop-rock.
Marc Hérouet, avec le franc-parler qu’on lui connaît, n’hésite pas à dire que le succès de Daydream fut sans doute la pire et la meilleure des choses qui ait pu arriver au groupe. On était conscients du potentiel commercial de ce morceau. Pour David, il n’y avait aucun doute ce morceau a été la locomotive de notre succès.
Il est incontestable que les milliers d’exemplaires vendus de par le monde ont lourdement pesé dans la décision des responsables commerciaux du label de poursuivre sur leur lancée.
Désormais, EMI ne jurera plus que par Freddy et insistera auprès des musiciens pour qu’ils sortent de nouvelles compositions du même acabit. Il s'agit là d'un sacré tournant dans le développement de la carrière du groupe et plus particulièrement dans celle de Freddy.
L'album Laughing Cavalier ne sortira qu'un peu plus d'un mois plus tard, au début avril.
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LAUGHING CAVALIER
(par Philippe Colinge)
Publié le 4 avril 1969
France: Odéon 2C 062-04306 (stéréo)
Angleterre : Parlophone PMC 7076 (mono); PCS 7076 (stéréo)
Les quatorze chansons originales qui composent le premier album du Wallace Collection nous font découvrir la variété musicale d’un groupe tantôt pop, tantôt jazzy, tantôt classique.
Face A.
L'album démarre sur les chapeaux de roue avec Get That Girl, une composition de Sylvain qui n'aurait pas dépareillé un 45 T de Sylvester's Team, période 1966-67. Les voix de Sylvain et de Freddy, le violon électrifié de Raymond Vincent et la rythmique basse-batterie nous mettent d'emblée en condition et nous plongent dans un univers sonore atypique.

Wallace Collection - 1969

Jacques Namotte et Sylvain Vanholme
The Sea Disappeared, un titre aux sonorités étonnantes, et le thème récurrent du Laughing Cavalier nous mènent directement à Get Back. Pour l'anecdote, en ce même mois de janvier 1969, un autre groupe enregistrait un autre Get Back sur le toit de l'immeuble d’Apple à Londres. Sylvain ou David Mackay ont-ils été au courant de l’événement ? Une chose est certaine, c'est cet autre Get Back que l'Histoire retiendra.
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Ragtime Lily, le morceau de bravoure de Marc Hérouet, nous fait découvrir un pianiste versatile, qui maîtrise parfaitement son art. La voix de Sylvain, filtrée, donne l'impression qu’elle sort d'un vieux 78 T. Après ce ragtime très début de siècle, direction la Russie avec Natacha. Le public anglophone a-t-il seulement saisi cette touche d'humour typiquement vanholmien que contient la phrase Come with me dans mon petit lit… ?
Après un Merry-Go-Round, qui, avec ses voix filtrées et sa mélodie circulaire (normal, pour un carrousel) donnerait presque le tournis, la première face du LP s’achève avec What's Goin' On, un formidable boogie
que l'on pourrait qualifier de country classic, tant ce morceau mélange avec brio différents styles qui, aux mains du groupe, cohabitent de manière totalement naturelle. Ce titre est ensuite celui de l'immense classique de Marvin Gaye; deux titres homonymes de tout grands morceaux de l'histoire du rock sur cet album! Avec aussi Misery. Les solos d'harmonica et de violon pizzicato, plus de nouvelles onomatopées chantées par Sylvain, rendent ce titre à nul autre pareil.
Face B.
Fly Me To The Earth, (qui sera publié ultérieurement en 45 T), connaîtra une belle carrière en Italie, au point que l'album y sera réédité avec la mention Fly Me To The Earth, imprimée en grand sur le recto de la pochette.
Peru fait appel à un instrument plutôt rare, l’ocarina, et évoque le déclin de la civilisation Inca lors de la conquête du pays par les Espagnols.
Poor Old Sammy, nous conte l'histoire d'un homme qui a vendu son âme au diable. Un long et inquiétant intermède musical donne l’impression d’émerger d'un film d'horreur, jusqu’au moment où surgissent les premières mesures du riff, à présent familier, de Baby I Don't Mind.
Le survitaminé Misery (un autre titre de chanson commun avec les Beatles) permet de valoriser l'excellent travail de basse de Christian Janssens.
Le thème du Laughing Cavalier fait alors son retour, pour l'avant-dernière fois, et est immédiatement suivi du morceau du même nom, un titre très bref (moins d'une minute), qui évoque tant Mona Lisa que le célèbre Cavalier Riant (celui de Frans Hals), invité par le groupe à le rejoindre mais qui doit pour cela quitter le… Wallace Collection, où il se trouve (Leave the Wallace Collection behind). Subtil moment d'autopromotion pour le groupe.
Le thème de Laughing Cavalier est à peine revenu pour un ultime tour de piste que résonnent déjà les premières notes familières du désormais célèbre Daydream.
Si l'année 1969 reste marquée par un nombre important d'albums majeurs, rares sont ceux qui offriront une telle palette de styles et de genres aussi variés que ceux qui cohabitent sur Laughing Cavalier.
Petit détail cocasse, dans le courrier des lecteurs du magazine Panorama voici l’avis tranché d’un anti popfan liégeois qui écrit : J’ai lu dans votre article sur le Wallace Collection que deux musiciens du groupe font partie de l’Orchestre National. Je trouve tout bonnement scandaleux que des artistes capables d’exécuter de la vraie musique gaspillent sciemment leur talent à jouer du pop. Ce genre, s’il en est, n’a aucun rapport avec l’art. ( !!!)
PASSAGES TÉLÉ
"What's Goin' On" live dans "Tous en scène" le 5 septembre 1969 : http://www.youtube.com/watch?v=E-jhjLmgKc8
"Fly Me To The Earth" tourné au début 1969 et
diffusé à la TV hollandaise le 27 septembre en playback: http://www.youtube.com/watch?v=V9-PHwaVg3M/
Un tout petit extrait d'une version live de "Peru" en 1969 http://www.youtube.com/watch?v=OTWK0wKFlLc
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FREDDY NIEULAND DEVIENT LA VOIX DU WALLACE

Freddy Nieuland, la voix du Wallace © agence Guyaux

Freddy Nieuland (collection privée) |
(Propos de Claudette André, ex-épouse de Freddy, recueillis par Jean Jième (2010)
Lorsqu'il est rentré de Londres, Freddy avait beaucoup changé. Je pourrais même dire qu'il était devenu quelqu'un d'autre. Il semblait avoir acquis une forme d'autorité et de prestance que je ne lui connaissais pas. Ça a été très bizarre pour moi ; j'ai dû m'y faire.
Cela dit, quelques semaines plus tard, lorsque la firme EMI a annoncé qu'elle mettait le paquet sur Daydream, et donc sur le seul morceau de l'album chanté par Freddy, j'ai constaté que son sentiment d'infériorité était en train de muter vers un complexe de supériorité. Il est devenu encore plus silencieux à la maison.
Le problème, c'est qu'il n'a pas réalisé que son succès allait en énerver plus d'un. Il n'a pas compris que la notoriété et le succès engendrent d'inévitables jalousies. De plus, ses anciens démons et vieux complexes ont resurgi. Freddy n'a jamais voulu admettre qu'il y a toujours un prix à payer à la rançon du succès. Il a commencé à prendre la grosse tête.
J'ai tout de suite réalisé l'enjeu et les conséquences de ce qui venait de se passer. Les choses n'auraient pas dû tourner de la sorte. Freddy n'était pas suffisamment mature pour admettre qu'il avait en quelque sorte usurpé la place des autres. Après tout, le Wallace c'était avant tout Sylvain, Raymond et Marc. Lui, Freddy n'était que le batteur et accessoirement le choriste de service. Décrocher la première place dans le groupe n'était pas dans l'ordre des choses. Mais tout à la joie de ce succès qui devenait mondial, Freddy ne s'est pas rendu compte du danger. Il a mis un doigt dans l'engrenage… la suite démontrera qu'il y laissera les deux mains et les deux bras.
Autant Freddy prenait le gros cou et allait clamer partout que la voix sur Daydream c'était la sienne, autant il continuait à vouer à Sylvain une énorme admiration. Devant lui, il faisait gaffe ; il le craignait. Sylvain pouvait lui demander ce qu'il voulait, il courait sur le champ pour lui faire plaisir. Il acceptait tout de lui, même de se faire gueuler dessus à la moindre bévue. Sylvain était son modèle, son mentor.
En réalité, Freddy souffrait à l'intérieur de lui-même. Mais en silence. Sans jamais en parler, sans jamais en révéler le pourquoi ?
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BACK TO LONDON
2 au 28 avril 1969
CONCERT AU WIGMORE HALL

Wigmore Hall
EMI a planifié une campagne de promotion à Londres en vue de présenter le groupe à la presse et aux divers porte-parole et correspondants de l’industrie musicale. La journée du
premier
avril est consacrée à d’intenses répétitions en vue du concert prévu le lendemain.
Le 2 avril, trois cents personnalités du show-business anglais sont invitées au Wigmore Hall, une ancienne chapelle, aménagée en salle de concert. L’objectif : témoigner de l’originalité de la musique du Wallace en un lieu qui cadre parfaitement avec leur style classico-pop.
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Pour la circonstance, EMI ne lésine pas sur les moyens et va jusqu’à louer une Rolls-Royce pour leurs premiers contacts avec la presse.
Si la prestation se déroule parfaitement et les critiques sont élogieuses, les retombées médiatiques s’avèrent plutôt minces. Pas de couverture radio significative.
Le manque d’enthousiasme des médias britanniques va refroidir l’ardeur des décideurs de la firme de disques. Il est probable que Wigmore a servi de test de crédibilité et, d’une certaine manière, a contribué à sceller la destinée du groupe. Pragmatique, EMI a dû en conclure que la rentabilité s’effectuerait davantage sur le continent qu’en Angleterre.
Malgré tout, la firme décroche un passage du Wallace sur la chaîne London Weekend Television du groupe ATV dans l'émission «Simon Dee Show» qui recueille une audience de dix-huit millions de téléspectateurs.
À cette l'époque, pour passer sur les antennes, il ne suffit pas d'apporter son 45T ou son album. Il faut obligatoirement passer en direct. Qu'à cela ne tienne, tout comme à Wigmore Hall, leur prestation s'avère impeccable. Il aurait fallu chercher la petite bête pour discerner une différence entre le 45 tours et l'enregistrement en live.
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RENCONTRE ÉCLAIR : LENNON-McCARTNEY
Du 5 au 8 avril, le producteur David Mackay reprend les rênes. De nouvelles sessions d'enregistrement et des overdubs sont réalisés dans les studios d'Abbey Road.
Le 10, le Wallace Collection est pris en charge par une équipe de la télévision suédoise qui filme le groupe devant le Memorial Wellington ainsi que dans le jardin-parking d'Abbey Road. Les images serviront de support pour une émission programmée le mois suivant.
Christian Janssens : C'était un clip qui devait illustrer la chanson Fly Me To The Earth.
Tandis que le son était envoyé sur un magnétophone portable, nous étions censés courir les uns derrière les autres dans une sorte de sarabande à l'indienne.
Marc Hérouet : On était tous très étonnés de voir des tas de filles, en attente sur le trottoir. Soudain, une grosse bagnole s'immobilise devant le portail du studio. Des cris fusent. Au même moment, Fly Me To The Earth passe sur l'électrophone.
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Abbey Road
On voit sortir John et Paul, qui se précipitent à l'intérieur du bâtiment. Au moment, où ils passent à côté de nous, Lennon s'arrête un instant, jette un coup d'oeil sur la pochette du LP qui était par terre à côté de moi et me fait hello.
Ils m'ont fait forte impression parce que je n'imaginais ni Paul ni John d'aussi grande taille. Dans la journée, on les a à nouveau croisés dans les couloirs des studios. Ils ne se parlaient guère et avaient l'air soucieux. Il faut dire qu'ils vivaient une fameuse crise existentielle...
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CARNET DE ROUTE POUR AVRIL
Le 11, ils donnent un concert au Lyceum Ballroom de Londres, en avant-première de Tyrannosaurus Rex.
C'est ce jour-là, que la nouvelle tombe : Daydream est passé numéro 1 des ventes de disques en Belgique.
Le 13, en studio, le groupe peaufine Tic Toc, Dear Beloved Secretary, We Are Machines, Since You're Gone For Evermore et réenregistre les voix sur Daydream, en français cette fois, pour ce qui deviendra Rêverie. Dans les années 6o, il était courant que les tubes majeurs soient réenregistrés dans diverses langues, afin d'assurer une meilleure pénétration sur les marchés locaux.
Pour prendre un exemple récent, Mary Hopkin, protégée de Paul McCartney qui l'avait lancée l'année précédente sur Apple Records, n'avait pas hésité à enregistrer également son mégatube Those Were The Days en italien, en allemand, en espagnol et en français.
Finalement, plusieurs autres morceaux sont encore réalisés afin de constituer une réserve de titres à sortir lorsque le groupe sera en tournée à l'étranger.
LES WALLACE : DE FAMEUX BLAGUEURS
De joyeux lurons |
Il est bien connu que les musiciens, acteurs, chanteurs sont de grands enfants, toujours prêts à faire la fête, à déconner et à faire des blagues. Plaisanteries, taquineries, canulars ou blagues de potache, tout y passe.
Le 14, le boss de la promotion d'EMI, un Écossais d'origine, confirme à Jean Martin qu'il a obtenu le feu vert pour que le Wallace effectue un direct dans une télé à Aberdeen. Comme il s'agit de sa ville natale, il se propose d'accompagner le groupe lui-même pour que tout se passe de manière parfaite.
Sur le quai de la gare, les musiciens ont rassemblé valises et instruments, ce qui représente un volume considérable. Lorsque le train s'immobilise, l'Écossais, par courtoisie, prend une valise au hasard et la charge dans le compartiment.
Sylvain, sans doute d'humeur blagueuse ce jour-là, fait signe aux autres musiciens de ne pas intervenir. Ceux-ci laissent donc le numéro deux d'EMI charger toutes les valises et instruments dans le wagon. Ce que ce dernier effectue sans broncher. Very Scottish !
Le jour suivant, ils participent à l'émission avec la double interprétation de Baby I don't Mind, Daydream et de What's goin' on ?
A leur retour d'Aberdeen, Martin revoit le boss de la promo qui lui serre la main et, avec un petit sourire, lui dit d'emblée : Jean, vous avez un groupe formidable. Puis il ajoute : Mais pour moi, il peut aller au diable.
Par la suite, David Mackay et Ken East sont intervenus pour calmer l'incident, mais le mal était fait.
Marc Hérouet dira plus tard : De fait, cette gaffe a plombé notre lune de miel avec la firme.
Cartoon : Janbrun
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24 avril : télé à Liège.
25 avril : grande soirée à l'Auditorium Mail, organisée par la firme Parlophone (division d'EMI) en l'honneur du Wallace Collection et de la sortie de leur premier album Laughing Cavalier. Sur le carton d'invitation on peut lire que les auteurs de Daydream interprèteront en live plusieurs plages de leur album.
26 avril : télé à Bruxelles.
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Biographie officielle rédigée par Jean Jième, extraite de
One-Hit Wonder - Wallace Collection.
Avec la collaboration de Philippe Colinge pour ses
recherches.
Remerciements à Marc Hérouet pour la mise à disposition de ses carnets de notes
ainsi qu'à Sylvain Vanholme, Christian Janssens, Jacques Namotte,
David Mackay, Jean Martin, Jean-Marc Destrebecq, Daniel Lempereur dit Phil, Claudette André.
Textes et photos sous copyright de leurs auteurs. Reproduction interdite sans autorisation
Sur Facebook : A collection of Wallace Collection
https://www.facebook.com/groups/524779044262107
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DOSSIERS COMPLÉMENTAIRES
Biographie officielle des Seabirds
Biographie officielle du Sylvesters's Team
Jean Martin, impresario
L'audition du Wallace Collection aux Gémeaux - octobre 1968
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