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Le parapluie des vedettes - Huy 1968

 

Models sixties

JEAN-PAUL PRÉSENTE : LES GÉMEAUX

1966

 

gemeaux dancing

Après notre rencontre à propos du Club "Les Cousins", Jean-Paul Wittemans et moi avons convenu de nous revoir pour évoquer la période des "Gémeaux". Un nouveau rendez-vous est donc pris pour le 20 mars.

J.M. De la Grand Place de Bruxelles, tu es parti émigrer vers la commune d'Audergem ? Comment as-tu procédé pour débusquer la future salle des "Gémeaux"?

 

ariane au gemeaux

 

Jean-Paul : A la minute où j'ai fermé les « Cousins » mi-66, je me suis immédiatement mis à la recherche d'une nouvelle salle. Je ne savais pas très bien où chercher ? C'est Maryse, ma sœur, qui m'apprend un beau jour qu'elle est passée devant un cinéma au Boulevard du Souverain, le « Casino ». Elle a vu une affiche « à louer ».

 

Lorsque j'ai découvert le lieu, j'ai tout de suite été intéressé par le gabarit de la salle et touché par le charme de l'endroit. Il y avait encore l'écran perlé, les rangées de fauteuils vides, la cabine de projection avec ses deux énormes projecteurs en fonte. De véritables ancêtres. Hélas je ne pouvais pas les garder. J'ai fait appel à un Musée de cinéma à Liège où je les ai revendus.

 

J'ai fait venir René Moerenhaut, mon ancien garçon au « Cousins » qui s'est tout de suite montré enthousiaste. On a décidé de s'associer dans la nouvelle entreprise. Une fois le bail signé, j'ai reçu trois mois de loyer gratuit pour réaménager l'espace. Restait à trouver un nom et un thème pour la nouvelle boite.

 

Le nom m'est venu tout seul. J'étais en train de travailler au nouveau concept, lorsque je me suis rendu compte que ma date anniversaire du 18 juin était toute proche. J'ai vu ça comme un signe. Et comme je suis Gémeaux ! Tu imagines la suite ?

 

La joyeuse équipe : Ariane, Jean-Paul et René

 

 

CONCEPT : LE DÉCOR DU «  MOULIN ROUGE »

 

dancing les gemeaux

 

Jean-Paul : Après l'expérience moderniste « Cousins », j'avais envie de m'orienter vers un type de décor début de siècle. J'aurais aimé reconstituer un cabaret à la française. Mais je ne me voyais pas attirer mon public avec du French Cancan. J'ai dû composer avec ce qui était raisonnable. En accord avec le décorateur Claude Lombardo, j'ai gardé l'idée de la station de métro parisienne, de la petite place publique bordée de boutiques avec ses lampadaires désuets.

 

Lorsque les travaux ont été achevés, on avait l'impression de sortir d'une bouche de métro 1900 pour débouler sur une petite place pittoresque (la piste de danse) entourée de coins et de recoins sympathiques (les boutiques).

Seul espace que je n'ai pas modifié : le sas d'entrée, là où se tenait Jacky, le portier. Le temps pressait, je n'avais plus de sous. On a créé un vestibule-vestiaire dépouillé qui assure en fin de compte la transition entre la rue (le Boulevard du Souverain) et la salle Belle-époque.

 

Puis le bar, à l'enseigne du « Caf'conc » est devenu l'endroit où l'on cause, où la musique se fait moins envahissante que sur la grande piste de danse. J'avais également prévu une toute piste parquetée pour les amoureux ou les amateurs de slows langoureux.

J'ai ouvert les « Gémeaux » le 16 septembre 1966.

 

jean paul gemeaux

(Photo prise lors du premier anniversaire )

 

De g.à dr. Jacky , ancien portier des "Cousins" - René Moerenhaut, ancien garçon des "Cousins" devenu associé dans "Les Gémeaux" - Ariane de l'orchestre " Ariane et les-dix-vingt" - Jean-Paul, le boss déguisé en Toulouse Lautrec et Jeanine, la D.J.

 

Jean-Paul : Un an plus tard, lors du premier anniversaire des en septembre 67, je me suis déguisé en Toulouse Lautrec et tous les membres du personnel ont revêtu les costumes de l'époque des Folies Bergères et du Moulin Rouge avec plumes et paillettes.

 

J.M. La grandeur de la salle des « Gémeaux » fait déjà penser à ce que deviendront les discothèques du futur. Je pense au Mirano, un ancien cinéma également reconverti en boite de nuit ?

 

Jean-Paul : Oui à ceci près que le Mirano a pu se doter d'une infrastructure moderne en matière d'éclairage et d'acoustique. Les véritables problèmes que j'ai eu à résoudre résident dans la pauvreté des moyens techniques de l'époque. Tu sais qu'on a démarré avec un juke-box comme aux « Cousins ». Très vite, j'ai compris que les jeunes ne mettraient plus de tunes dans ces machines pour pouvoir danser. J'ai fait appel à un disc-jockey ou plutôt à  une disc jockey du nom de Jeanine. J'ai commencé par acquérir deux platines. Ensuite un copain m'a bricolé un machin qui ressemblait à une table de mixage.

 

Restait à résoudre le problème des haut-parleurs. J'ai acheté huit baffles que j'ai installés à divers coins de la salle. Mais je les voulais par terre. Je trouve que le son diffuse mieux s'il émane du sol. C'est une autre ambiance. Le tout est de prévoir un espace entre le sol et le socle. Sinon les basses cognent et les aigus sont atténués.

Quant à l'éclairage, pas besoin de light-show ou de laser….qui d'ailleurs n'existait pas encore chez nous. Je me suis contenté d'une grosse boule aux mosaïques réfléchissantes qui tournait sur elle-même et lançait ses éclats.

 

Une grosse partie de l'ancienne clientèle des « Cousins «  a suivi. J'ai eu la chance de pouvoir profiter du parking du GB d'Audergem situé juste en face de la discothèque. Ce qui fait que je n'ai jamais eu de problèmes de riverains. Et puis, le bourgmestre, Paul Delforge, m'avait à la bonne. Je lui amenais une sacrée animation dans sa commune.

 

J.M. Parle-moi des artistes belges et étrangers que tu as amenés sur la scène des « Gémeaux ».

 

shocking blue
pebbles gemeaux
polnareff au gemeaux

Polnareff - 19 septembre 1969

jean paul des gemeaux

 

En haut : la chanteuse de "Shocking Blue" - A droite au-dessus Luc et Fred des "Pebbles". A gauche : Michel Polnareff - A droite : Jean-Paul présente la chanteuse de "Middle of the road"

 

Il y a eu les « Shocking Blue », « Middle of the road », « Julie Driscoll », « Brian Auger », les « Tremoloes », Brian Auger (17/10/1969). Des tas de chanteurs et chanteuses françaises : Michel Polnareff, Pascal Danel, Les Parisiennes, Julien Clerc. Pour la partie belge, j'ai eu « Kleptomania », le « Sylvester's Team », les « Pebbles », « Ferré Grignard », les « Dollars », « Luigi », « Jimmy Frey ». Sans oublier « Ariane et les 10-20 » dont je continuais à m'occuper. Et puis évidemment les « Wallace Collection » au moment de leur succès mondial.

 

klepto au gemeaux

 

J.M. A propos des « Wallace », est-il vrai qu'ils ont répété chez toi durant plusieurs semaines, avant qu'ils ne partent enregistrer à Londres ?

 

Jean-Paul : En réalité, le groupe que j'ai accueilli chez moi ne s'appelait pas encore « Wallace Collection » mais bien « 16th Century ». Après mon expérience avec l'orchestre des « Cousins » je continuais résolument à rechercher une autre perle rare. Lorsque Sylvain Van Holmen m'a appris qu'il comptait travailler avec Raymond Vincent pour créer un groupe avec des cordes, j'ai tout de suite été intéressé. D'autant plus qu'on sortait du quatuor classique : batterie, guitares, basse.

 

Après trois semaines de répétition, ils m'ont demandé de venir les auditionner. Ils étaient là tous les six. Marc Hérouet, Freddy Nieuland, Sylvain, Raymond, Christian Janssens et Jacques Namotte, le violoncelliste. Ils m'ont fait écouter une bande démo qu'il venait d'enregistrer en studio. Pour dire la vérité, j'étais mitigé. Autant j'étais impressionné par la cohésion des guitares, clavier, cordes autant je l'étais moins par le choix des morceaux.

 

Jusqu'au moment où, tout à la fin, j'ai entendu pour la première fois « Daydream ». J'ai tout de suite annoncé la couleur. Je leur ai dit : «  ça c'est un tube » ! Je crois qu'ils ne s'y attendaient pas. La suite des événements semble m'avoir donné raison.

 

Quelques jours plus tard, ils ont contacté l'impresario Jean Martin qui est venu les écouter aux « Gémeaux ». Puis tout a été très vite. Martin est parti à Londres avec la bande démo sous son bras. Les musiciens ont suivi. C'est ainsi que Jean Martin est devenu producteur. Sur le moment j'ai été très fâché. Je considérais qu'il me les avait soufflés.

 

On s'est bien sûr réconcilié par la suite car il m'a fait le cadeau de me les amener aux « Gémeaux » au moment où « Day Dream » venait de sortir et cartonnait partout. Ils étaient devenus célèbres en un clin d'œil. Leur cachet avait quadruplé. Mais Jean m'a fait un prix. Entre gens du métier on se renvoie parfois l'ascenseur.

Leur prestation aux « Gémeaux » reste pour moi un moment inoubliable. Les six musiciens, très chics, avaient revêtus des redingotes blanches. Ils avaient vraiment fière allure. Ca a vraiment été une soirée fantastique. Particulièrement quand, à la fin de leur récital, ils ont entonné « Day Dream ». Je n'ai jamais vécu un tel enthousiasme de la part du public.

 

La salle a repris en chœur le refrain final et puis encore et encore. Les musiciens ne parvenaient pas à quitter la scène et étaient obligés de revenir sans cesse.

 

Dancing Gemeaux

 

J.M. En 1972 , tu quittes le monde de la nuit puisque jamais plus tu ne remonteras de nouvel établissement. A la place, tu deviens le directeur artistique du Centre Culturel d'Audergem. Pas de regrets ?

 

Jean-Paul : En bon Gémeaux que je suis, j'aime parler, communiquer, m'amuser, divertir les gens. N'oublie pas qu'à mes débuts je donnais déjà des cours de rock and roll. Aux « Cousins » comme aux « Gémeaux » mon plaisir a été de faire danser les gens dans des lieux que je voulais conviviaux.

 

J'avais deux autres objectifs : repérer les nouveaux talents et devenir producteur de disques. J'ai toujours eu du flair pour dégotter l'artiste qui allait percer ; mais ce sont toujours les autres qui ont tiré les marrons du feu. C'est moi qui ai réuni les musiciens des « Cousins » qui ai « senti » que Kili Watch allait marcher et c'est mon ami Kluger qui est parti avec le pactole. Idem pour les « Wallace » avec « Day Dream » dont Martin a tiré les bénéfices. Je te dis tout ça sans la moindre amertume dans la mesure où je n'aurais pu mener toutes ces trois carrières de front.

Dans un registre musical différent, je me suis occupé du chanteur « Luigi » ainsi que du groupe « Ariane et les 10-20 ». Sans atteindre le succès international, ces artistes ont plutôt bien marché et vendu pas mal de disques. Je ne désespère d'ailleurs pas de tomber un jour ou l'autre sur une autre perle rare.

 

Freddy Nieuland

Jean-Paul : Aujourd'hui, je compte produire mon propre fils, Nicolas. Ce serait en quelque sorte pour moi le bouclage d'une boucle. Il joue du piano, chante et compose. De plus c'est un remarquable arrangeur. Ces dernières années, avec divers musiciens autour du regretté Freddy Nieuland, il a participé à la création d'un album qui devait sortir cette année. Pour moi, ce serait magnifique si cet album pouvait être apprécié.

 

 

Au centre : Freddy Nieuland (drums, lead, chants)
A gauche en bas : Nicolas Wittemans (claviers et chants)
A droite en bas : Guido Steenbergen (guitare rythmique)
Au dessus à gauche : John Keysers (basse)
A coté avec le pull rouge : Jean-Marie Straetmans (percussions). Et au dessus de Freddy :  Stephane Adju (guitare solo)

Dossier réalisé par Jean Jième