Connaissez-vous l'expression figée «applaudir des deux mains» ? Elle est assez stupide, puisqu'on imagine mal un manchot se livrant à cette activité !
Mais si on abandonne un instant notre sens logique, appliquons cette anomalie de notre langue à ce merveilleux DVD de la très, très grande DUSTY SPRINGFIELD.
Cette édition est due à des professionnels américains de haut niveau, ceux de la firme américaine Reelin' In The Years, qui pioche de plus en plus dans le patrimoine audiovisuel européen, pour notre plus grand plaisir.
Ce DVD ne comprend que des chansons datant des plus grandes années de gloire de cette immense artiste, dont un Lennon (parmi tant d'autres) était un fan avéré.
Après quelques années d'abord assez obscures au sein des Lana Sisters, puis en trio folk avec les Springfields - qui ont assez bien marché, au point de se tailler une petite réputation aux États-Unis - Dusty se réinvente totalement en 1963, côté look (de quelconque, elle se métamorphose soudainement en diva souriante au regard charbonneux qui tue, sous les coiffures blondes évolutives et abondantes) et côté répertoire, résolument pop et rhythm and blues désormais. En novembre, elle devient une star en solo avec I Only Want To Be With You , le premier tube d'une série impressionnante.
Dusty montre toujours une maestria de chanteuse racée, de styliste hors pair, de vocaliste planant au-dessus du lot dans divers genres.
Au départ, notamment avec ce premier titre solo précité, elle s'impose dans le genre qu'on pourrait appeler «big ballad», avec des passages casse-gueule qu'elle franchit, dans son interprétation, avec l'aisance d'un petit cabri sautant au-dessus des crevasses les plus profondes. La version d' I Only Want To Be With You présentée ici est tirée de sa toute première TV étrangère: Ontmoeting met Russ Conway (!), à la TV hollandaise,le 23 janvier 1964 (dont on extrait aussi Once Upon A Time ).
On doit ces deux trouvailles au grand spécialiste des archives TV rock bataves, Richard Groothuizen: un gage de sérieux. |

Les compilateurs n'ont pas ménagé leurs efforts, allant chercher des documents américains. Comme le fameux Ed Sullivan Show et ce Shivaree dont certains d'entre nous, dont votre serviteur, purent se délecter dans les années 60 grâce à une RTB occasionnellement bien inspirée...par feu Nicolas Dor. Le DVD recèle même des passages... australiens ! Le Bandstand de là-bas, réplique évidente du fameux American Bandstand américain de Dick Clark.
Certains morceaux sont interprétés en live, comme à l'occasion de deux NME Poll Winners Concerts , de 1965 et 1966. Lors de ce dernier, elle démontre son talent multiforme avec deux morceaux de bravoure, aussi éloignés que possible sur le plan stylistique: You Don't Have To Say You Love Me , une ballade transalpine lyrique et passionnée à l'origine, magistralement reprise aussi par le King Elvis. Et juste après, sa lecture de Shake , de Sam Cooke! Le grand écart, et la grande classe.
À ce propos (Dusty et la soul), je m'inscris un peu en faux contre cette assertion souvent répétée selon laquelle Dusty était une négresse blanche, avait une voix noire, etc.
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